Comment je ne suis pas devenu moine, Jean-Sébastien Bérubé, Futuropolis

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Comment je ne suis pas devenu moine, Jean-Sébastien Bérubé: face à son rêve d’occidental

Après une chronique d’album trash et débile, je vous avais prévenu que je vous proposerai un album plus intello, un bon Futuropolis comme on aime. En suivant cette auto-biographie d’un bédéaste québécois converti au bouddhisme dans son voyage pour devenir moine, il n’y a pas autre chose. Mais vous verrez qu’il y a tout de même matière à débattre avec cet album, sur le fond, comme sur la forme.

Le bouddhisme aux sources

Jean-Sébastien Bérubé, bédéaste canadien, a fait le choix de devenir bouddhiste. Cette religion sans en être une lui semble une source de spiritualité plus intéressante que les religions occidentales. A tel point, qu’il est prêt à devenir moine. Mais pour cela, il est préférable qu’il se rende sur place, au plus près des grands maîtres tibétains, à Katmandou au Népal. Surprenant tous ses proches, Jean-Sébastien entreprend le voyage, qui le mènera aussi au Tibet. Mais il n’est pas certain qu’il trouvera sur place ce qu’il espérait trouver en s’y rendant.

Jean-Sébastien Bérubé: l’honnêteté intellectuelle

Je crois qu’il faut commencer par mettre cette qualité au crédit de l’auteur, Jean-Sébastien Bérubé se montre d’une telle transparence qu’au fil du livre, il passe petit à petit pour un occidental rêveur en pleine crise de mysticisme. Je suis certain que ce n’était pas son intention au début de son voyage, mais il a osé assumer ses doutes et même ses erreurs. Un auteur qui accepte de se montrer colérique, déçu, pitoyable, c’est une chose rare. Que cela lui soit rendu, il le mérite. Il se met en danger, avec ce récit.

Parce qu’elle est le problème, en fait?
Bérubé a appris le Bouddhisme à Montréal, dans le fantasme d’une plus grande pureté des grand maîtres tibétains. Un positionnement construit notamment en rejet de la société occidentale et de ses grandes valeurs, mélange de capitalisme et de christianisme. Or, il a découvert que les grands esprits n’en étaient pas moins des hommes et à ce titre, beaucoup plus décevant que leur image lointaine. Il découvre des hommes biens, mais aussi énormément de profiteurs, de menteurs, de gens si pauvres qu’ils sont prêts à tout pour trouver un peu d’argent, même à travestir ou utiliser le bouddhisme. Cela va devenir comme une sorte de mantra pour Bérubé au fil de son voyage: « ce n’est pas ça le Bouddhisme« . Et il avait sans doute raison. Mais les religions sont créations des humains, pour les humains. Elles sont à leur image. Parfois positives et inspirantes, souvent outil de manipulation et d’emprise. Il n’y a aucune pureté là dedans. Que de la normalité, de l’humanité.

Un reporter de premier ordre

Au delà de son propre rapport à  la religion, il faut bien reconnaître que Jean-Sébastien Bérubé s’avère un reporter de premier ordre. Un témoin parfait pour nous donner à voir la vie quotidienne de ces pays de l’Himalaya, que nous ne connaissons finalement que peu, nous autres occidentaux, au delà des mythes des années 70.

Son passage au Tibet, par exemple, est très inspirant au sens où il donne la parole à ceux qui ne l’ont pas, sans taire les critiques qui sont faites sur la société tibétaine d’avant la Chine. On se doute de quel côté penche son coeur et sa raison, mais l’auteur dresse toujours des portraits très complets et sans complaisance des lieux qu’il visite et des personnes qu’il rencontre.

Un sacré voyage assurément, que cet album.

Comment je ne suis pas devenu moine: le problème du dessin

Futuropolis publie une introduction très intelligente. Une préface de Jean-Louis Tripp, son professeur de bd, que nous connaissons bien en France pour sa co-réalisation de Magasin Général avec Régis Loisel.
Il explique comment Bérubé a été victime d’une tendinite du poignet qui l’a empêché de dessiner. Comment il a du réapprendre le dessin de sorte à ne plus subir les troubles musculaires.

D’une certaine façon, cela vient expliquer le seul gros reproche qu’on puisse faire à  ce livre: son dessin tremblant.
Entendons-nous, un dessin jeté, qui cherche plus un aspect croquis, pour une sorte de carnet, de journal autobiographique, c’est assez cohérent. Mais là, le dessin est vraiment extrêmement tremblant, alors même qu’il n’a pas du tout été réalisé sur le vif. On pourrait donc prendre cela pour un défaut rédhibitoire. Sauf si on considère le parcours du combattant par lequel est passé l’artiste pour se réapproprier son dessin.

Sauf si l’on se tient au fait qu’il livre une histoire passionnante, qui ne souffre jamais de ce dessin si particulier.

Quelle place tolérer entre dessin et histoire?

C’est l’enjeu secondaire de cet album. Est-ce qu’on considère qu’une bonne bd peut être une bonne histoire accompagnée d’un dessin pas tout à fait aboutit.
A mon sens oui, si l’artiste bénéficie d’un talent autre, indispensable, la rencontre entre ces deux ingrédients: le sens de la narration. Celui qui le fait nous capter pour nous entraîner dans son univers et dans ses réflexions. Et ça, croyez bien que le sens de la narration, Jean-Sébastien Bérubé n’en manque pas.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

17.5/20

Titre: Comment je ne suis pas devenu moine
Auteur: Jean-Sébastien Bérubé
Editeur: Futuropolis
Date de publication: Février 2017
Nombre de pages: 240
Prix: 29€

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