Sauvage- Biographie de Marie-Angélique Le Blanc, Morvan, Bévière, Hersent, Delcourt

Sauvage

Titre: Sauvage- Biographie de Marie-Angélique Le Blanc
Scénaristes: Jean-David Morvan, Aurélie Bévière
Dessinatrice: Gaëlle Hersent
Editeur: Delcourt
Collection: Mirage
Date de publication: Décembre 2014
D’après l’oeuvre de Serge Aroles

Il y a des livres qu’on laisse parfois passer sans véritables raisons. Un livre, ça se lit aussi dans un contexte, dans un état d’esprit. C’est aussi notre propre tonalité qui va rendre possible notre adhésion à la proposition qui nous est faite. J’avais rencontré Sauvage à sa sortie, mais je l’avais laissé passé sans grande attention. Un "moui bof", en somme. Retrouvé pendant l’été, j’ai finalement eu envie de voir ce qu’il valait. Et j’ai bien fait de ne pas persister dans mon état d’esprit.

  1. Dans les forêts de la Marne, une sauvageonne est trouvée. Une fille, dont personne ne sait d’où elle vient, qui semble avoir vécu dans la forêt, mais qui pourtant semble douée de compréhension. Le vicomte de Songy, qui l’a pris sous son aile, pense qu’il est possible de faire quelque chose d’elle… Elle finira par parler, par dire son prénom: Marie-Angélique. Voici son histoire, ou du moins, celle qu’on peut imaginer…

ENTRE ENQUÊTE ET ROMAN

Jean-David Morvan et Aurélie Bévière, tous deux fort intéressés par cette historie d’enfant sauvage, se sont donc servi d’un livre de Serge Aroles pour écrire leur histoire. Car Marie-Angélique a existé, elle n’est pas une invention. Mais forcément, les sources disponibles pour comprendre qui elle était ne sont pas légion. Quelques pages à la fin de l’album nous font l’état des recherches. Mais tout l’intérêt de ce livre là, de cette adaptation, c’est que les deux scénaristes ont aussi choisi d’imaginer les pans inconnus de la vie du personnage. Ceux qu’il était impossible de retrouver.
Et la rencontre entre ces deux réflexions donnent un livre vraiment agréable à lire.
La construction de l’histoire est vraiment excellente. Les auteurs alternent les chapitres entre la vie de Marie-Angélique en institution, et les époques où elle n’avait pas encore été retrouvée. Chaque partie vient compléter l’autre, vient la soutenir. Les questions se posent, que très rapidement, les réponses nous sont apportées. A peine est-on frustré que la délivrance vient. C’est une structure narrative très efficace, vraiment très bien pensée, qu’il est important de mettre en avant. J’ai beaucoup aimé aussi le travail qui est fait sur la mémoire et la culpabilité. Cette capacité qu’a notre cerveau à oublier, à occulter, ce qui nous est insupportable. Réflexe de survie, et en même temps, lent empoisonnement, comme le montre l’histoire ici.

ENERGIE ET DELICATESSE

Avec cet ouvrage, je fais aussi la rencontre de la dessinatrice Gaëlle Hersent, dont je n’avais rien lu jusque là. Et je dois dire que j’ai vraiment apprécié son travail. Elle navigue toujours entre la précision et l’impression. Ses traits e sont jamais parfaitement exécutés, il y a une rugosité en eux. Et pourtant, la finesse de son dessin apporte un bel équilibre. L’encrage est présent sans être écrasant, ce qui permet aux couleurs de s’épanouir en douceur. Et puis il y a la nervosité du dessin, la dynamique des scènes d’action. Nous avons là une artiste très polyvalente, dont il sera intéressant de suivre la carrière.

Si vous avez envie de découvrir une belle histoire, très joliment exécutée, qui saura vous emporter dans les méandres de l’Histoire de France, venez découvrir ce personnage historique qu’est Marie-Angélique, l’enfant sauvage.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

17.75/20

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Nain tome 5- Tiss du bouclier, Jarry, Démare, Soleil

Nains tome 5

Série: Nains
Tome : 5
Titre: Tiss du Bouclier
Scénariste: Nicolas Jarry
Dessinateur: Nicolas Demare
Coloriste: Digikore Studios
Editeur: Soleil
Date de publication: Août 2016

Fin de saison pour la série Nain, série dérivée de la série Elfes. Oui, ça fait trois fois séries dans la même phrase, mais j’aimais bien l’idée d’empilement que cela génère. Pas facile d’exister dans ces circonstances pour la série Nains. Plus difficile encore de terminer, pour une série concept. Souvent on reproche aux création de ce genre de brader leurs conclusions. Tenez-vous le pour dit, ce n’est pas le cas avec Nains, qui termine sa saison 1 avec peut-être son meilleur album.

Elle s’appelle Tiss. Son père était le capitaine de la garde de la Forteresse Etat naine d’Arkar’um. Sa mère est morte en couche en donnant vie à son petit frère, pendant une bataille épique contre des viandards qui assiégeaient la citadelle. En ce jour, Tiss n’exista plus aux yeux de son père  qui ne voyait plus que son fils, le futur guerrier. Mais le garçon se brisa la jambe et devint boiteux. Le père, désespéré, délaissa sa famille. Mais Tiss, elle, se fit un serment. Celui de devenir garde du bouclier à la place de son frère. Pour sa famille.

UNE HEROINE TRANSGENRE

Bravo Nicolas Jarry. Alors que cet été, le cinéma hollywoodien essayait de donner des héroïnes dont les petites filles pourraient êtres fières, sans jamais y parvenir, lui, a réussi le contraire dans cet album. Tiss est un personnage fantastique. Jamais elle n’est caricaturale, elle est écrit avec la plus grande finesse. C’est une femme, oui, et la question de la place des femmes dans la société est posée du début à la fin de cet album, mais jamais le scénariste ne cède à des clichés sur le sexe féminin. Et en même temps, il n’en fait pas non plus un homme avec des seins. Il écrit un personnage abîmé par la vie, un personnage prit par une missions qu’il s’est donné, et qui par ailleurs est une femme. Sans que cela ne soit un prétexte, d’ailleurs, vous ne verrez jamais ses seins ou ses fesses. Il n’y a pas de sexualisation du personnage. Vraiment, c’est un personnage très bien écrit. On s’attache immédiatement à elle, dans sa quête de devenir quelqu’un aux yeux de son père. On s’attache à elle face aux brimades sociales qu’elle subit. Puissent les lecteurs comprendre que malheureusement, ce que vit Tiss n’est pas qu’une histoire, que c’est aussi le quotidien de millions de femmes qui doivent faire leurs preuves plus que les hommes, dans notre propre pays.
Voilà ce qu’il faut, ô, chers éditeurs de chez Soleil. De la Fantasy intelligente, qui porte un message, une réflexion sur le monde, et qui ne craint pas de l’afficher. Monsieur Jarry (nous ne nous connaissons pas), j’espère que vous aurez l’audace de reproduire ce genre de situations pour la saison 2 de Nains.

Une deuxième saison qu’on imagine déjà portée sur la question de l’héritage, de la transmission. Maintenant qu’on a un regard sur les cinq albums, on comprend un peu le schéma directeur. Alors même si je regretterai certains personnages de la première saison, j’ai déjà hâte la prochaine.

UN DESSINATEUR AUSSI SOLIDE QU’UN BOUCLIER

J’avais déjà lu un album dessiné par Nicolas Demare. C’était le quatrième tome de la série Oracle, et s’il m’avait déjà plutôt convaincu, je dois dire qu’il montre une belle maturité sur ce nouvel opus. Une forme d’assurance, sans doute due à ses plus de dix années d’expérience dans le métier. il s’insère dans une tradition de dessin réaliste chère à Soleil depuis sa création, avec Philippe Pellet, Thierry Demarez, par exemple. C’est un artiste qu’on sent à l’aise dans les tous constituants du dessin, et à toutes les échelles. Même si son trait fin apporte un peu de distance, de froideur, il travaille avec suffisamment de précision pour que cela ne nuise jamais à l’expressivité de ses personnages. Et ses scènes de batailles sont rendues avec tellement de précision, et des cadrages tellement bien choisis qu’on a l’impression de les vivre au premier plan.

Bref, dit autrement, ce cinquième tome de Nains conclue parfaitement la première saison de la série, et s’avère une lecture tout à fait passionnante en pur one-shot. Les quelques éléments de l’intrigue globale d’Elfes qui sont ajoutés satisferont les amateurs de grands plans. Personne n’a donc de raisons de passer à côté de cet album, du moment qu’on aime la Fantasy.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

17.75/20

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Les gouttes de Dieu tome 33, Agi, Okimoto, Glénat

Les gouttes de dieu tome 33

Série: Les gouttes de dieu
Tome: 33
Scénariste: Tadashi Agi
Dessinateur: Shu Okimoto
Editeur VO: Kodansha Ltd.
Editeur VF: Glénat
Date de publication VF: Juin 2014

J’accélère mon rythme de lecture sur Les Gouttes de dieu. Ca veut dire que j’ai deux tomes empruntés en même temps à la maison, le 33 et le 34. L’idée, c’est de vraiment bien tenir le rythme pour arriver à la fin de la série. Et tant pis si je ne passe cet avis qu’un mois après son écriture, et le second, presque deux mois après.

En quête du 10e Apôtre, Isseï tomine a rejoint l’île d’Hawaï pour y vivre une expérience de plongée en apnée profonde. Mais pour obtenir d’outrepasser les règles d’apprentissage, le célèbre critique doit d’abord aider sa professeure de plongée à se sortir d’un mauvais pas. Shizuku, lui, a décidé de cibler sa recherche en Bourgogne, et c’est accompagnée d’une jeune styliste à la recherche de la même image que lui, qu’il chemine.

LES TRAVERS DE LA SERIE…

Ce tome 33 vient clairement donner à voir les éternels travers de la série.
On a compris, je crois, ce qui différenciais les deux personnages. Oui Shizuku est dans la rencontre, dans le don de soi, dans l’échange. Et oui, Isseï est dans le jusqu’auboutisme, l’exploitation des femmes… C’est lassant tant c’est redondant. Sur ce genre de tomes, qui n’apportent en vérité rien aux personnages sur le fond, je ne cache pas que je m’ennuie.
Si on ajoute à cela l’arrivée dans l’intrigue de Shizuku, d’une némésis commune avec la styliste, du genre méprisant et imbu qui aura à changer d’avis avant la fin de l’album convaincu par la brillance de son adversaire, alors on a vraiment tous les poncifs possibles sur la série.

Et côté dessins, Shu Okimoto n’ayant pas de grandes descriptions à mettre en scène, là encore, on s’ennuie quelque peu ferme.

 

Passons donc rapidement au 34e tome, histoire de savoir enfin, qui des deux adversaires l’emportera sur ce dixième apôtre. En l’état, c’est toujours aussi difficile de le savoir.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

14/20

 


Macaroni!, Zabus, Campi, Dupuis

Macaroni!

Titre: Macaroni!
Scénariste: Vincent Zabus
Dessinateur: Thomas Campi
Editeur: Dupuis
Date de publication: Avril 2016

Zabus/ Campi. Voilà bien un duo d’auteurs dont j’ouvre désormais les albums les yeux fermés. Ok, bon, je les rouvre ensuite pour lire. Mais vraiment, ces deux là m’ont tellement plu sur leurs précédentes collaborations, que désormais je suis pleinement en confiance. Il m’a fallu attendre l’été pour lire leur dernier opus, et ce n’est toujours pas cette fois qu’ils me décevront.

Roméo, adolescent typique, se retrouve obligé de passer une semaine chez son vieux grand-père qu’il n’a jamais trop connu, tandis que son père règle des affaires dans la même région. Pourquoi ne pouvait-il rester avec sa mère à la place? Mystère. En tous cas, le vieux rital a un caractère de cochon, et Roméo peut grommeler de tout son saoul. Il faudra quand même cohabiter.

UNE HISTOIRE D’HOMMES

Trois générations qui se connaissent finalement très mal. Un petit-fils qui n’a jamais trop vu son grand-mère, un père qui n’a jamais trop parlé à son fils. Vincent Zabus oblige ces trois là à se rencontrer et à se découvrir. Et il le fait tout en douceur, sans jamais brusquer le lecteur. Autant le dire, Macaroni! est une lecture extrêmement plaisante. La lecture est tellement fluide, que vous refermerez le livre avec un petit goût de trop peu en bouche.
Et pourtant, entre temps, vous aurez rencontré trois personnages qui chacun dans leur style, sauront vous marquer. Roméo est ado, mais pas le modèle braqué agaçant, non. C’est l’ado sensible et intelligent. Ca fait du bien. Son père, lui, manque un peu de courage, mais son bon fond est évident, on sent l’éducation du père derrière, alors on lui pardonne ses failles. Et donc, il y a le grand-père, lui qui trône au centre de la couverture de cet album. Lui qui est le sujet principal de cette histoire, tant dans son présent que dans son passé.

Ottavio, c’est en lui-même un formidable moteur d’histoire, puisqu’il permet autant de traiter de sujet très intimes, sur la relation de couple, sur les espoirs de jeunesse, que de parler de l’immigration italienne en Belgique après la Seconde Guerre Mondiale ou les conditions de travail dans les mines de la même région. On traite petite et grande histoire en même temps, pour moi, c’est vraiment un travail de référence qui nous est offert là.

Mais je ne vous ai pas parlé des femmes encore… Parce qu’elles sont là, comme l’indique la couverture. Et sous trois versions, un peu comme les hommes. Il y a la petite jeune qui fait le trait d’union avec la culture du grand-père, qui fait l’interprète pour Roméo. Il y a la mère absente. Et puis la grand-mère fantomatique. Celle de la couverture. Celle qu’on devine par les quelques mots que prononce Ottavio, et les silhouettes que dessine Thomas Campi. Jusqu’à la conclusion du récit qui balance tout. Elle n’est plus là, mais on découvre toute la place qu’elle prend dans cette histoire. Et ça nous touche…

 

Et puis il y a le dessin de Thomas Campi. J’ai beaucoup parlé du scénario, une fois encore, et je ne rendrai pas justice au travail du dessinateur, c’est dommage. Pourtant, c’est bien lui qui est le vecteur des émotions de cet album. J’aime le trait de cet artiste. Tout en finesse, il est légèrement tremblotant, comme s’il était à fleur de peau. Un bon état d’esprit pour une histoire qui cherche à nous faire ressentir les émotions de ses personnages. Il n’en fait jamais trop, des traits, Thomas Campi. Ce ‘est pas le genre qui noircit sa page de hachures. Non, l’obscurité, les ombres, c’est par la couleur qu’il les traite. Une couleur bien marquée, avec des aplats francs. Et des ombres légères qui se superposent… Et puis il y a ces souvenirs, que l’artiste intègre directement dans les pages du récit, sur les cases montrant le présent. Je ne sais pas comment il s’y est pris, mais les effets sont très plaisants, et les cases où il donne à voir en plein ces moments sont encore plus touchants avec cette méthode. C’est vraiment un artiste très intéressant.

Bon, normalement, si vous lisez ces lignes, c’est que je vous ai convaincu ou maintenu dans votre bonne opinion de cet album. Voilà encore une belle lecture à faire en cette année 2016, il serait dommage de rater une histoire aussi profonde, aussi sensible et aussi touchante.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

18/20

Macaroni!_ planche


Blueberry tome 15- Ballade pour un cercueil, Charlier, Giraud, Dargaud

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Série: Blueberry
Tome: 15
Titre: Ballade pour un cercueil
Scénariste: Jean-Michel Charlier
Dessinateur: Jean Giraud
Editeur: Dargaud
Date de publication: 1974

 

Non, je n’abandonne pas mes vieux classiques de prédilection. Mais forcément, avec deux chroniques de moins par semaine, il est beaucoup moins aisé de les caser. Mais pourtant, je ne les oublie pas. Et j’espère pouvoir un jour terminer la série Blueberry, comme j’y suis parvenu pour Thorgal.

Blueberry, McClure, RedNeck et Chihuahua Pearl sont donc abandonné au fond d’une grotte par les rebelles sudistes de Kimball, partis mettre la main sur le trésor confédéré dont Trévor, le mari de Pearl, détient le secret. Mais la jeune femme sait pertinemment que son mari ne reviendra pas la chercher, et elle pousse donc Blueberry à se remettre en chasse. Et heureusement, parce que Kimball s’est assuré que les soldats du gouverneur Lopez retrouvent les fugitifs.

UNE CONCLUSION DENSE

Alors non, disons le tout de go, il ne faut pas commencer Blueberry avec ce  quinzième album. Il est le dernier du triptyque mexicain qu’a écrit Jean-Michel Charlier pour son héros. Alors forcément, même s’il y a un résumé au début du livre, c’est vraiment pas le meilleur moment pour s’y mettre.
Mais si vous êtes un lecteur de la série, si vous avez adoré le personnage de Chihuahua Pearl, vous voulez forcément savoir comment se termine cette histoire.

Elle se termine donc intensément. Charlier nous gratifie d’une histoire en 61 planches, et les cases sont fichtrement remplies, en cases, en dessins et en texte. On peut tout de même, sans faire offense au grand maître, s’interroger sur l’équilibre des trois parties. Cette dernière évolue vraiment de rebondissement en rebondissement, et il y a tellement de parties prenantes, de lignes narratives distinctes, qu’il faut à la fois serrer et proposer beaucoup de pages pour tout faire tenir en un seul album. Pour ma part, je vais être honnête, j’ai été un peu lassé par cet effet d’accumulation, de tromperie sur tromperie, de pièges à surmonter en aléas dangereux… Jusqu’aux dernières pages, Charlier multiplie les coups de théâtre, de sorte à ce que le statu-quo de son héros soit complètement remis en question.

Du coup, cet album aurait plutôt tendance à me donner envie de lire la suite, plutôt qu’à m’appesantir sur lui, c’est quand même dommage. Et puis bon, il y aura le retour de Chihuahua Pearl… Et je crois savoir qu’il sera encore très bon.

GIRAUD INEGAL

Oui, cette chronique sera la chronique de l’irrévérence, des critiques formulées aux deux grands maîtres. Attention, Giraud reste un monument de la bd, et la série Blueberry avec. Mais personnellement, sur cet album, j’ai trop perçu de grands écarts de style graphique entre certaines cases. Certains gros plans sont extrêmement élégants, d’autres très grossiers. JE ne me souviens plus ce qu’en disait l’ouvrage publié par Dargaud et qui traitait de la série d’un point de vue analytique, mais pour moi, Giraud n’est pas constant. On sent la pression, sans doute, et la volonté surtout de tenter des choses, de ne pas rester figé dans son dessin. Mais sur un seul et même album, je trouve ça dommage, pour ma part.

 

Voilà, critique piquante, sans nul doute, mais honnête et je l’espère, argumentée.

D’autres que moi ont-ils eu les mêmes ressentis sur cet album?

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

16.75/20

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Azimut tome 3- Les anthropotames du Nihil, Lupano, Andreae, Delcourt

Azimut tome 3

Série: Azimut
Tome: 3
Titre: Les anthropotames du Nihil
Scénariste: Wilfrid Lupano
Dessinateur: Jean-Baptiste Andreae
Editeur: Delcourt
Date de publication: Janvier 2016

Delcourt par le passé, a toujours su cultiver dans son catalogue, des séries vraiment à part, complètement barrées, poétiques. Le travail de Turf en a longtemps été la démonstration. Lupano et Andreae ont repris le flambeau, cette fois chez Vents d’Ouest. Et même si je pense n’avoir presque rien compris des références de l’album, j’ai encore pris un plaisir immense à cette lecture.

Les humains s’apprêtent à se faire la guerre de toute part.
Si Manie a réussie à rester jeune pour un temps infiniment long, la banque du temps entend que ce temps accordé lui soit restitué. Alors des humains vont devoir mourir. Et cela pèse sur le moral de la jeune femme qui réalise la portée de ses actes. Même sans savoir que sa propre mère entend prendre part au massacre, surtout si sa fille peut en être la victime. Et pendant ce temps, le pôle nord est toujours au sud. Comment voulez-vous que tout tourne rond?

OSER LE LACHER PRISE

Bon sang, sortir un résumé personnel de cet album, quelle gageure! Il y a tant de choses qui se passent, tant de points de vues à mettre en avant… Voilà, j’ai fait mon choix, les lecteurs de l’album me diront s’ils s’y retrouvent.

Il m’a fallu renoncer à faire un résumé précis, exhaustif. Il y a un tel foisonnement d’idées dans ces pages qu’il est impossible de toute leur accorder leur juste place. Le lâcher prise, c’est bel et bien le maître mots de ce livre. Je n’ai même plus cherché à comprendre quelles références se cachaient dans chaque scènes. On les sent présentes, on sent que Wilfrid Lupano, le scénariste, nous donne à réfléchir dans chaque case, dans chaque choix de nom… Mais impossible de tout identifier…
Ce qui nous donne peut-être une de ces rares histoires qui va parler différemment à chaque lecteur. Une histoire qu’on aurait intérêt à partager, afin de voir ce que l’autre en a compris, pour mieux comparer avec ses propres compréhensions. Une de mes scènes préférées, c’est la rencontre avec les porteurs du Livre. Je vois bien la grosse référence aux religions dites "du Livre", Judaïsme, Christianisme et Islam. Je me régale de les voir représentés avec une cage sur la tête, porte ouverte. Un questionnement sur la liberté de pensée, sans nul doute. Mais même dans leur discours, je ne saisis pas tout, et je pense qu’il y a matière à réfléchir longuement.
Mais vous savez quoi? Ne pas tout comprendre n’est pas grave, avec cette histoire. Il suffit de se laisser porter avec ce grand n’importe quoi, laisser son esprit délirer avec les créations du scénariste. Et le voyage sera des plus agréables, soyez en sûrs.

Les audaces graphiques, c’est aussi un des points forts de cette série. Andreae donne toute la mesure de son talent, dans la mise en scène, dans l’illustration des concepts barrés de son complice. La scène de la rencontre avec les primordiaux est un pur régal une parfaite association entre le texte et le dessin. On imagine le dessinateur s’être amusé à développer le chara-design des personnages, et le scénariste rebondir dessus. Il y a une complicité évidente entre ces deux là, une alchimie incroyable. Et puis les couleurs, je n’ai pas encore parlé des couleurs de cet album? Chaleureuses, douces… Comme le dessin, la couleur vient apporter une ambiance incroyable, parfaite pour nous dérouter de la première à la dernière page.

Car oui, cet album déroute, cette série perturbe. Mais pas pour de mauvaises raisons, c’est par son intelligence, par sa beauté, sa poésie. Si vous êtes prêts à un tel voyage, je vous confirme que ce troisième tome de la série Azimut saura vous emporter avec brio.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

18/20

Azimut tome 3_ planche


Meta Maus, Art Spiegelmann, Flammarion

Meta Maus

Titre: Meta Maus
Auteur: Art Spiegelman
Éditeur vo : Pantheon books
Éditeur vf : Flammarion
Date de publication vf : Janvier 2012

Oui, je suis très en retard. Alors que je place Maus en tête de mon panthéon de là bd mondiale, j’ai attendu plus de quatre années pour lire ce livre, où l’auteur lui-même décrypte son œuvre. Aucune raisons particulières, je pense… Le fait de ne jamais l’avoir vu en bibliothèque avant sans doute… Et de ne pas avoir fait l’effort de l’acheter de mon côté. Mais me voilà donc face à la bête. Au pavé un peu impressionnant. Retour dans la grande œuvre…

Art Spiegelman est un auteur connu et reconnu. Maus a reçu le prix Pulitzer, événement d’exception. Cette histoire de son père, de sa vie pendant la seconde guerre mondiale, et sa déportation à Auschwitz aura marquée de nombreux lecteurs. Mais pas autant que l’auteur lui-même. Mais, psychanalyse par l’art, catharsis d’un jeune homme alourdi par le poids d’un passé qui n’était pas tout à fait le sien. Dans Meta Maus, Spiegelman revient sur la conception du livre, sa relation à sa famille, ses inspirations bd… Doté d’un dvd compilant de nombreux documents, audio, vidéo ou écrit.

ANALYSER L’ANALYSE

Mise en abîme… Ce n’est jamais facile de commenter le commentaire d’une œuvre. Plus encore quand elle est aussi riche émotionnellement et intellectuellement que Maus.
Vous me pardonnerez donc de ne pas entrer en profondeur dans l’explication. Je serais toujours en deçà de l’auteur, cela n’aurait guère de sens.

Alors que dire de ce livre? Qu’il représente un complément parfait à l’œuvre qu’il déconstruit. Par la diversité de ses supports, le livre les images, les vidéos, on multiplie et croise les regards. L’entretien qui constitue le livre est passionnant. Dense, exigeant aussi. Notamment quand il aborde la création et la démarche artistique, il faut parfois s’accrocher. Spiegelman intellectualise beaucoup sa pratique, depuis fort longtemps. Même moi je ne suis pas certain d’avoir compris tous les paragraphes qui traitent de ce sujet. Mais sur la globalité, le propos est passionnant. L’auteur n’était pas si expérimenté que cela, lorsqu’il entreprit son œuvre, et pourtant dès cette époque, il fait montre d’une maturité incroyable. Parfaitement conscient des écueils qui s’offraient à lui, face à une telle tâche. Rappelons que traiter la question du génocide des juifs en bd était alors une totale nouveauté, dans un genre qui ne se voulait pas vraiment sérieux puisque "comics".

Il faut prendre son temps pour lire Meta Maus, pour digérer tout ce qui s’y trouve. On ne le lit pas d’une seule traite. Le contenu multimédia incite aussi à cela.
Mais si vous avez aimé l’œuvre originelle, vous saurez prendre ce temps. Si vous ne retournez pas lire là bd au milieu de cette lecture-ci.


Ladyboy vs Yakuzas tome 5, Toshifumi Sakurai, Editions Akata

Ladyboy_vs_Yakuzas tome_5

Série: Ladyboy vs Yakuzas
Tome: 5
Auteur: Toshifumi Sakuraï
Editeur VO: Futabasha Publishers Ltd.
Editeur VF: Editions Akata
Date de publication VF: Février 2016

Nous voilà à la fin de cette série dont je ne pensais pas passer le tome 1. Provocante, violente, dérangeante, les qualificatifs qu’on peut employer à son propos peuvent êtres pris dans deux sens tout à fait opposés. Soit comme des reproches, soit comme des qualités. L’ambiguïté, l’auteur la cultive toujours un peu, mais on aura bien compris que son but final était de dénoncer beaucoup de choses à travers ce "conte" outrancier. La conclusion est toujours un moment difficile à aborder, voyons comment Toshifumi Sakuraï s’y prend.

Il y a de moins en moins de pervers sur l’île. Un nouveau groupe vient de tomber suite aux manipulations de Georges, le pervers qui "protège" Kozo. Une autre personne vient aider le yakuza transformé en femme, son propre père. Mais Kozo ne veut rien avoir à faire avec lui, ce pervers qui a brisé sa vie. Pourtant, c’est bien sur lui qu’il va devoir s’appuyer pour éviter de mourir violé par les derniers rescapés désireux de s’enfuir de l’île au plus vite.

C’EST MEEUUUGGNNNNOOONNNN!

Oui, il est presque mignon, ce tome 5. C’est assurément le moins provocateur, le moins sexuellement violent. Je fais la précision, parce que sinon, côté meurtres de masses, là, ça ne s’arrête pas.
Mais au moment de conclure, l’auteur vient travailler plus encore la relation de Kozo à son père. Une relation évidemment compliquée, mais finalement assez bien traitée sur la longueur de ce cinquième tome. Le personnage en devient assez crédible, et la conclusion à ce sujet là est assez juste et plutôt touchante.
Sinon, la conclusion liée à l’île, et en l’occurrence au personnage de Georges est assez grotesque, dans sa parodie de jeux vidéos. On ne croît pas un instant au plan qu’il a monté, à sa faisabilité réelle. Ce qui fait qu’on a le sentiment que l’auteur presse artificiellement le pas pour se débarrasser des pervers. Alors évidemment, il y a une part d’humour trash, comme pour le personnage du boss yakuza. Mais justement, là, pour une fois, c’est peut-être beaucoup trop gros. Ca m’a sorti un peu de l’histoire pour tout vous dire. Même si c’est raccord avec le personnage de Georges, et donc cohérent avec l’histoire elle-même.
Il aime bien, je pense, le côté un peu grandiloquent, Toshifumi Sakuraï… Ca lui permet de laisser son dessin s’exprimer plus aisément.

Au final, Ladyboy vs Yakuzas s’avère une série bien plus intéressante et pertinente que ce que j’en pensais au premier tome. Il invite le Japon à se pencher sur sa façon de gérer les personnes en faiblesses psychologique, à ne pas tomber dans les réactions trop simplistes. D’une certaine façon, c’est presque un appel à l’accompagnement éducatif ou psychologique, derrière les gesticulations et les horreurs que l’auteur nous sert au premier plan.
Je ne regrette pas de m’être laissé convaincre de poursuivre ma lecture. Merci, les éditions Akata.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

16/20

Ladyboy_vs_Yakuzas tome_5_ planche

 


Letter 44 tome 1- Vitesse de libération, Soule, Albuquerque, Glénat Comics

Letter 44 tome 1

Série: Letter 44
Tome: 1
Titre: vitesse de libération
Scénariste: Charles Soule
Dessinateur: Alberto Albuquerque
Coloristes: Guy Major, Dan Jackson
Éditeur VO : Oni Press
Éditeur VF: Glénat Comics
Date de publication VF: Juin 2015

Je passe relativement à côté des publications Glénat Comics depuis sa création. J’avoue un temps avoir boycotté les titres au vu de la personne qui en était en charge. Mais depuis l’arrivée d’Olivier Jalabert aux commandes, je n’ai plus d’excuses. Alors j’ai décidé de tenter le coup, après avoir vu passé de bonnes critiques sur cette série. Et j’ai bien fait de sortir de ma posture.

Stéphan Blades est le 44e président des Etats-Unis d’Amérique. La veille de la cérémonie d’investiture, son prédécesseur lui a laissé une lettre, adressée au 44. Francis T. Carol y explique pourquoi il a lancé son pays dans de nombreux conflits à travers la planète. Parce qu’au fond du système solaire, une structure aliéna été repérée, et que des hommes et des armes ont été préparés sous couvert de la guerre, dans le plus grand secret, pour une éventuelle riposte armée.
Comment savoir ce qui se cache là-bas ? Attendre le rapport de l’équipe envoyée en secret à la rencontre de cet inconnu.

POLITIQUE AMÉRICAINE ET SCIENCE-FICTION

Charles Soule livre une histoire passionnante et inattendue.
Impossible de ne pas voir en Blades et Caroll des versions alternatives d’Obama et Bush jr. L’auteur nous offre une relecture des enjeux de politique américaine, dans une alternative science-fictionesque. Les conflits injustifiés ? Le système de santé au bord de la rupture? Et si tout avait un sens caché. C’est une proposition extrêmement intelligente. Qui lui permet d’interroger par là-même les obligations d’un président, son rapport possible à la vérité, à sa liberté de parole et d’action. Le type bien peut-il faire mieux que le président honni?
Et pour couronner le tout, on a donc la structure Aline et le vaisseau d’exploration Clarke. J’ai beaucoup aimé la façon dont Soule développe cette petite communauté, comment il les fait vivre ensemble malgré le temps long du voyage. Des questions justes, des réponses pertinentes, et une grosse dose de mystère autour de la nature et des intentions des entités extra-terrestre.

UN DESSIN QUI FLIRT AVEC LA CARICATURE

C’est la première production d’Alberto Albuquerque que je lis, et pour parler vrai, son dessin n’est pas tellement de ceux que j’apprécie habituellement. Mais son trait un peu grossier, un peu épais, vient donner une dimension caricaturale qui vient aussi nous dire que nous ne sommes pas dans notre univers, que cette histoire contient une part de satyre. Et s’avère donc tout à fait pertinent sur ce titre au delà de ce que je peux moi, en penser.

Ben voilà un comics intelligent et fun à suivre! Je vais aller me renseigner maintenant sur les délais de parution, si un autre tome est déjà sorti en VF. Vous ne devriez pas tarder à retrouver ici l’univers de Letter 44.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

17.5/20

Letter 44 tome 1_ planche


Kersten médecin d’Himmler tome 2- Au nom de l’humanité, Perna, Bedouel, Glénat

Kersten médecin d'Himmler tome 2

Série: Kersten médecin d’Himmler
Tome: 2
Titre: Au nom de l’humanité
Scénariste: Patrice Perna
Dessinateur: Fabien Bedouel
Coloriste: Florence Fantini
Editeur: Glénat
Date de publication: Septembre 2015

Alors que je n’attendais rien de cet album, j’avais été vraiment touché par le premier tome de Kersten. J’avais le sentiment de découvrir un point d’Histoire inédit, ce qui est assez rare, me concernant, vis à vis de la seconde guerre mondiale. Il m’a fallu un peu de temps pour mettre la main sur le second opus en bibliothèque, mais je ne regrette pas l’attente.

En Suède, un petit groupe commence à se former afin que soit réévaluée et connue la situation de Félix Kersten et ses actes pendant la guerre, auprès d’Himmler. Une position qui l’a mise assez souvent en danger de mort, mais qui lui a permis de sauver de nombreuses personnes, et même des juifs, et même alors que le Reich s’écroulait sous les bombes soviétiques.

ON S’INCLINE

Devant une telle personne, on ne peut que s’incliner. Parce que je vous rappelle quand même que cette histoire est véridique, que Kersten a bien eu l’influence qu’on lui prête dans cet album… C’est tout de même énorme de voir à quel point un des pires dignitaires nazi était prêt à toutes les compromissions vis à vis de son idéal théorique, juste pour que son médecin le soigne plus efficacement… On ne va peut-être pas se plaindre qu’Himmler n’ait pas été en toutes circonstances un bourreau fanatique, mais ça change le regard sur la "pureté" idéologique nazi, qui était bien souvent de faible tenue.
Que dire de plus que sur l’album précédent? Je ne sais trop. Sans doute que l’aventure est toujours aussi passionnante à suivre. Qu’on frissonne devant la clairvoyance de certains officiers nazis qui aurait pu tuer Kersten à de nombreuses reprises.

Fabien Bedouel livre une prestation de même tenue sur les deux tomes. Sans que son dessin ne m’enthousiasme particulièrement, il s’avère bien plus personnel que nombre de dessins de bd historiques. Il est bien secondé par sa coloriste, dont le maniement des aplats et des ombres vient renforcer l’intensité des scènes.

 

Les grands amateurs de seconde guerre mondiale dans mon genre ne peuvent donc passer à côté de ce diptyque. Belle histoire, intense, intéressante, on ne demande pas mieux à une bd de ce genre là.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

17/20

Kersten médecin d'Himmler tome 2_ planche


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