L’accablante apathie des dimanches à rosbif (La BD du Mercredi)

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Titre: L’accablante apathie des dimanches à rosbif
Scénariste: Gilles Larher
Dessinateur: Sébastien Vassant
Editeur: Futuropolis
Date de publication: Janvier 2008

Lorsque j’ai publié la chronique consacrée à Frères d’Ombre, chez Futuropolis, et que je me suis enthousiasmé pour le travail du dessinateur, on m’a signalé qu’il œuvrait déjà sur un album dont j’avais déjà vu passer le nom, l’accablante apathie des dimanches à Rosbif. Un titre rébarbatif, une couverture aussi engageante qu’un dimanche après midi sous la pluie, je me suis dis que les auteurs n’aidaient quand même pas les commerciaux et les libraires, pour le coup.

Brice Fourrastier est humoriste. Du genre connu, qui rempli les salles et fait rire la France. Mais Brice Fourrastier vient de mourir. Fini la rigolade. Il avait à peine dépassé la quarantaine et le voilà dans un cercueil. Un cancer, foudroyant. Ca lui est tombé dessus comme ça, par hasard, un jour, dans le cabinet du médecin. Que faire quand il nous reste trois mois et qu’on est un humoriste qui plie les français en quatre? Quelle bonne blague…

Je ne vais pas m’étendre sur le résumé de ce bouquin, vous aurez comprit l’idée. C’est un thème fort que nous propose Gilles Larher sous l’appellation déprimante qu’il a prit comme titre: la mort. Celle qui est planifiée, prévue. Le compte à rebours final qui s’enclenche. Alors certes, la vie est une maladie mortelle qu’on attrape à la naissance, mais globalement, on n’a jamais conscience du temps qu’il nous reste. Brice Fourrastier, lui, si. Alors il commence par déprimer, envisager le suicide, n’importe quoi. Et puis il se prépare, travaille sa dernière sortie, comme artiste, comme homme. Il se prend même à quelques sentiments amoureux. C’est juste sublime. J’ai fais une pause, une ligne au dessus. J’ai pris le livre, je l’ai feuilleté. Je suis revenu à un passage qui m’a accroché, qui m’a redonné envie de lire un peu… Et j’ai lu, jusqu’à la fin. Pourtant, les débuts sont rudes. Outre la scène de l’enterrement (oui, on commence par la fin), il y a ensuite une séquence « humour » avec une scène du spectacle de Brice. Et là, j’avoue, c’est culotté de la part du scénariste. Car il n’y a pas plus clivant que l’humour. Un même artiste sera un génie pour certains, un gros cons pour d’autres. J’ai eu du mal, ça ne m’a pas fait rire. Un sketch, c’est un rythme, des tonalités, c’est parfaitement contrôlé pour être déclamé. Pas pour être lu. Sacré pari que de prendre le risque de perdre ses lecteurs dès le début. Pourtant, je me suis accroché, et j’ai pris une énorme claque. Larher parvient à nous parler de la mort d’une façon magnifique, bluffante, émouvante. Pourtant, Fourrastier n’a rien d’un héros, mais on est avec lui, dans ses doutes, ses projections sur sa psy, devant ses parents en train de leur annoncer la nouvelle. C’est émouvant, mais ce n’est pas triste. Et ça, ça justifie amplement que vous veniez lire cet album.
Bon, le scénario m’a claqué le beignet, d’accord, mais le dessin? Après tout, c’est pour lui que je suis venu…
Je préfère Sébastien Vassant dans le style adopté sur frères d’ombre. Plus aboutit, plus riche, plus précis. Mais pourtant, ses choix graphiques restent fantastiques sur cet album. Il adopte un trait beaucoup moins précis, très hachuré, découpé sur un fond noir le plus souvent. Du pur noir et blanc. Un style très enlevé… Si ça le fait aussi bien, je pense que c’est parce que de cette façon, il crée une forme de distance entre les personnages et le lecteur qui rend la lecture plus supportable. Un dessin parfaitement réaliste aurait sans doute été plus plombant que celui-ci qui abuse pourtant de la couleur noir. C’est sombre, mais dynamique. Finalement, c’est comme le scénario. Les deux se sont bien trouvés.

Merci Sébastien Vassant de contribuer à une nouvelle grande claque dans ma gueule. Ca fait deux fois, quand même, depuis le début de l’année. Faudrait voir à recommencer. Trèves de blagues, je ne suis pas au niveau en la matière, cet album est brillant. Je n’ai qu’un regret, qu’il ne soit pas dans MA bibliothèque à moi, que je doive le rendre rapidement. J’ai envie de l’ouvrir, de saisir un passage, de le refermer et de méditer. C’est un ouvrage mémorable, pour moi.

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16 réflexions sur “L’accablante apathie des dimanches à rosbif (La BD du Mercredi)

  1. cristie 13/03/2013 09:50

    Bon il faut être clair je vois un titre comme ça ainsi que cette couverture et je me sauve en courant et j’apprends quoi ? Que tu t’es pris une claque dans la Bip avec ce truc ? Faudra que je
    vienne te lire plus souvent !!

  2. Yaneck Chareyre 13/03/2013 09:58

    Mais oui, clairement, le titre est tout pourri, et la couverture pas inspirante. Mais comme quoi, il fallait passer outre…

    MErci de ta confiance.

  3. Yaneck Chareyre 13/03/2013 15:51

    Là, je pense que c’est un ouvrage qui peut toucher nombre des participants de la BD du mercredi. Vraiment, je crois que pile ce que vous pouvez aimer…

  4. Noukette 13/03/2013 23:14

    Mais on frôle la perfection là !!! Et puis savoir que le scénario t’a claqué le beignet, j’avoue que ça me suffit !!

  5. Yaneck Chareyre 14/03/2013 07:34

    Belle expression ^^

    Je dois dire que je regrette de m’être laissé piéger par le titre un peu chiant d’apparence, et d’avoir tant tardé à le lire.

  6. Yvan 14/03/2013 18:03

    C’est un ouvrage même plus que mémorable pour moi. Je n’ai jamais tant pleuré en lisant une BD… cette BD m’a véritablement secoué !!!

  7. Yaneck Chareyre 14/03/2013 18:21

    Je comprends parfaitement. Rien que d’y penser, j’aimerai l’avoir sous la main pour aller m’y replonger un moment…

  8. sebastien vassant 21/03/2013 16:42

    Merci énormément pour ces deux chroniques, ô combien élogieuses ! jérôme et Gilles se joignent également à moi… à très bientôt !

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