Quand vous pensiez que j’étais mort (Lundi One-shot)

Quand vous pensiez que j'étais mort

Titre: Quand vous pensiez que j’étais mort
Auteur: Matthieu Blanchin
Editeur: Futuropolis
Date de publication: Janvier 2015

 

Ce livre, j’escomptais vous le proposer début janvier. Autour du dix, quelque chose comme ça. Mais les meurtres de Charlie Hebdo sont passés par là, et traiter un sujet comme celui proposé par Matthieu Blanchin demandait un peu de sérénité. Etonnamment, tout ce qui se rapportait à la mort, au totalitarisme, s’est vu subitement repoussé dans mon calendrier de publication. Et pourtant, je tenais à vous faire découvrir cet album. Ca a pris un peu plus de temps mais le voilà. Le relire fût exigeant, mais nous y voilà.

 

Matthieu Blanchin est dessinateur de Bande Dessinée, co-créateur notamment de la série Martha Jane Cannary chez Futuropolis. Mais en 2002, Blanchin tombe dans le coma à cause d’une tumeur cérébrale. Il s’en est remis, et voilà qu’il prend le temps de nous décrire tout ce qu’il a vécu. Pendant son coma, et ensuite. Comment il s’est reconstruit, par quels moyens. Plongée dans l’intimité la plus grande qui puisse être pour un humain.

 

Je ne vais pas vous cacher que ce livre est particulièrement ardu à lire. Long, parfois cryptique à certains passages, il demande une disponibilité très grande et un fond personnel assez positif. Mais j’y reviendrai. Je veux d’abord dire qu’il FAUT, lire ce livre. Malgré sa complexité, il faut lire ce témoignage de Matthieu Blanchin, tant il est vrai, tant il est marquant. Qu’il nous parle de ses ressentis et visions issus du coma, ou des imperfections du système médical français, à traiter ce genre de cas, on doit entendre ce qu’il nous dit. Pas forcément pour tout valider. Vous découvrirez un étrange chef indien de Normandie, dont les enseignements semblent vraiment à questionner. Les plus scientistes d’entre vous auront sans doute du mal avec certaines théories de « guérison » qui ont accompagné l’auteur. Et ceux qui détestent la psychanalyse seront largement chatouillés.
Mais il me semble qu’il faut percevoir tout cela de manière plus globale. La vérité n’est pas en question, dans ce récit. Ce qui compte, me semble-t-il, c’est le voyage entrepris par Blanchin, son processus de guérison. Il est particulièrement intéressant de voir ce qui a fait sens pour lui, ce qui l’a aidé. Ou au contraire ce qu’il a vécu négativement.
Cette volonté de donner à comprendre, l’auteur l’applique d’ailleurs dans la construction même de son livre. Il commence par une grande partie consacrée à ce qu’il a vécu lors de la première crise qui l’a plongée dans le coma. C’est long, c’est étrange, parfois difficile à comprendre, mais comme ce sont les ressentis rapportés par lui, ces pages ont du sens. Elles sont expliquées ensuite, par l’épouse de Matthieu, qui livre sa perception à elle des évènements. Et on découvre comment notre esprit peut déformer les évènements vécus dans un état de non-conscience pour justifier des visions vécues. TOUT a un sens. Alors les certitudes de Blanchin sont-elles réelles ou ne sont-elles que sa perception modifié de certains faits, là est la question, que le lecteur est en droit de se poser. C’est même tout l’intérêt de ce livre.

Il aura fallu longtemps à Matthieu Blanchin pour mettre en scène ce récit. Imaginez, plus de douze ans ce sont écoulés ente les évènements et la sortie de ce livre. Mais cette longue période de maturation lui permet de nous offrir des planches exceptionnelles. Elles sont indéniablement une autre forme de communication pour l’auteur. Chaque case, c’est lui. Chaque dessin, chaque trait, c’est lui. Il ose, il casse les codes, propose ce qui doit lui sembler le plus pertinent pour mettre en scène son vécu, au delà de toute autre considération. Cela ne rend pas le livre plus facile à lire, mais cela ne fait que renforcer l’idée que l’on se trouve face à un superbe témoignage personnel.

 

Bon, je vous imagine circonspects, après une telle chronique. Je ne nie pas que je le reste tout autant. Je ne sais pas si j’irai relire un tel album, mais je suis heureux de l’avoir lu. Je suis heureux qu’il ait pu être publié, tant ce récit est fort. Difficile, oui, mais nécessaire pour comprendre de l’intérieur des réactions de notre corps qu’aucun d’entre nous ne souhaiterions vivre. Une caméra embarquée dans le psychisme humain au pire moment de sa vie. Un tel voyage ne peut pas se refuser.

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4 réflexions sur “Quand vous pensiez que j’étais mort (Lundi One-shot)

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