Les voyages d’Ulysse, Sophie Michel, Emmanuel Lepage, René Follet, Daniel Maghin Editeur

Les voyages d’Ulysse: une promesse personnelle, une oeuvre universelle

Une promesse personnelle? Une histoire de famille même! Une maman scénariste, un papa bédéaste, une sœur au prénom déjà placé dans un album, un frère qui ne demandait que ça. C’est aussi une admiration, celle d’un dessinateur pour un autre dessinateur. C’est enfin une œuvre universelle, inspirée directement de l’Odyssée, qui va venir faire vibrer chacun d’entre nous d’une façon différente. Vous embarquez?

A la recherche d’un artiste et d’une muse

Jules Toulet est peintre. Perdu dans une grande ville de la Méditerranée orientale, il cherche une femme. Une source d’inspiration. Une part de lui-même.
Salomé Ziegler recherche un peintre. Un vieil homme qui dessinait l’œuvre d’Homère comme personne.  C’est un bout de son passé qu’elle tait, qui repose avec lui.
Jules et Salomé se rencontrent. Elle a un bateau, lui a un carnet du fameux peintre. Ils peuvent donc s’aider dans leur quêtes respectives.

Une quête des autres autant que d’eux-mêmes.

Les retrouvailles de deux artistes

Les voyages d’Ulysse, c’est une œuvre qui possède une véritable histoire, je vous l’ai déjà évoqué. Il me semble incontournable de commencer par cette fantastique collaboration entre deux peintres de talent, Emmanuel Lepage et René Follet.
Lepage exprime depuis longtemps son admiration pour cet illustrateur bédéaste. Mais l’homme se fait âgé, il convenait de ne plus trop retarder la collaboration. Alors après La lune est blanche, réalisé avec son frère photographe, Lepage réalise un récit construit autour des œuvres anciennes ou inédites de l’artiste, qui devient un personnage de fiction, sous les traits du peintre Ammôn Kasacz. Follet avait illustré des albums sur les anciens grecs, avec Emmanuel Lepage il pousse l’exercice et livre de nouvelles illustrations parfaitement bluffantes. L’énergie, le symbolisme, des images de Follet forment un véritable jeu de piste autant qu’un métronome au fil du récit. Et que dire de la violence qu’il parvient à nous renvoyer, la puissance de ces guerriers et de leur univers… Comme nos yeux se régalent.

Emmanuel Lepage revient à la fiction

Après plusieurs albums de reportage, qui ont largement contribué à développer sa popularité dans les milieux bédéphiles, Emmanuel Lepage revient à la fiction. Et d’une certaine façon, on sent que son trait se libère plus encore. On sent qu’il autorise son imaginaire à prendre son envol et il se lâche dans des pages juste époustouflantes. Il conserve sa pleine maîtrise de l’aquarelle, mais pas que. On sent qu’il a multiplié les supports, les techniques, les outils, pour proposer des ambiances différentes, des temporalités différentes. Entre pages à l’économie, sur fond uni avec des traits qu’on imagine de craies grasses, ou peintures imposantes nous plongeant dans les éléments déchaînés, Les voyages d’Ulysse est un pur bonheur visuel. Surtout quand on associe le travail du breton à celui de son partenaire belge.

Les voyages d’Ulysse: de l’intime au coeur des mythes

Mais si les dessins d’Emmanuel Lepage et René Follet sont sublimes, c’est parce qu’une femme, une scénariste, leur en donnent l’opportunité.
Rappelons donc que cette fois-ci, Emmanuel Lepage n’est PAS le scénariste. Comme dans Oh les filles, c’est son épouse, Sophie Michel, qui écrit l’histoire. On imagine une collaboration poussée, mais il ne faudrait pas diminuer la qualité de son travail sous prétexte qu’elle écrit pour et avec un auteur complet. C’est presque une suite. Celle des Voyages d’Anna, paru il y a plusieurs années déjà. Jules Toulet fait le lien entre les deux livres. Comme on le fait entre deux enfants, Anna et Ulysse, pour qui ces deux livres ont été écrits.

La grande force de ce récit, c’est indéniablement sa capacité à mêler la grandeur du mythe, celui de l’Odyssée à cette quête passionnée et intime que mènent Salomé et Jules.
Les deux personnages ne sont pas les mêmes. Ils ont leur propre route et trouvent l’occasion d’un bout de chemin en commun. J’ai BEAUCOUP AIME que Sophie Michel ne tombe dans aucune facilité scénaristique. N’escomptez pas une histoire balisée, ne pensez pas que vous avez deviné la fin en lisant une partie du récit. L’homme peut être faible, la femme forte. Ou chacun, les deux à la fois. Et tellement plus encore, grâce à la scénariste.

Vous allez découvrir ce qui anime chacun d’entre eux, vous allez découvrir que leur errance physique est avant tout une errance psychique. La réponse à une somme de stimulis particuliers, d’expériences de vie. Ce qui fait leur point commun, avec une capacité à l’imaginaire largement cultivée. Par les mots, pour elle, par le dessin, pour lui. Tiens donc… une femme scénariste, un homme dessinateur…. Quelle part d’eux-même, dans ces deux personnages, au final?

Les voyages d’Ulysse: rien de moins qu’un petit bijou

J’ai été en retard, j’ai mis du temps à venir à cet album. Sans aucune bonne raison. Qu’est-ce que je regrette de ne pas avoir pu le faire figurer dans mon top 2016. Une histoire magnifique et intelligemment écrite, deux artistes dessinateurs complémentaires et brillants.
Vous êtes plus en retard que moi? Alors ne tardez plus et osez monter à bord de l’Odysseus.

Emmanuel Lepage vous parle de cet album, entre autres choses, dans Pastille Bayday:

Titre: Les voyages d’Ulysse
Scénariste: Sophie Michel
Dessinateurs: Emmanuel Lepage, René Follet
Editeur: Daniel Maghen Editeur
Date de publication: Septembre 2016

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s