Le Spirou de Frank Pé et Zidrou- La lumière de Bornéo, Dupuis

Spirou par Frank Pé et Zidrou: de beaux ressentis mais la raison ne suit pas

Voilà un album qui a fait du bruit en 2016. Voir Zidrou, un des scénaristes emblématiques du journal de Spirou reprendre enfin le personnage mythique, c’était déjà quelque chose. L’associer à Frank Pé, dessinateur vénéré par de nombreux artistes et fans pour son oeuvre inspirante, sur un scénario taillé pour lui, c’était vraiment faire le bonheur des afficionados.
Et il est indéniable que cet album possède une « lumière » propre qui vient vous percer de part en part. Mais une fois l’album fermé, demeure un sentiment d’inachevé problématique.

Un Spirou, une ado, un cirque

Spirou est viré! Il quitte le journal Le Moustique quand sa rédactrice en chef tente de censurer un de ses reportages consacré à une puissante entreprise ravageant la forêt palombienne. Mais Spirou n’aura guère le temps de paresser. Noé, un vieil ami montreur d’animaux en cirque, lui demande de s’occuper quelques temps de sa fille, qui vient de lui arriver tout droit du Canada sans qu’il ne la connaisse vraiment. Au grand déplaisir de l’adolescente.
Dans le même temps, une partie du monde se passionne pour les toiles de peinture d’un artiste méconnu au talent génial. Quand l’autre partie, le Comte de Champignac en tête, se préoccupe d’une étrange invasion de champignons noirs inconnus.

Frank Pé et Cerise: le duo envoutant

Les commentateurs sont unanimes, je ne dépareillerai pas, la partie graphique de cet album est une immense réussite.
le trait développé par Frank Pé semble nous offrir une parfaite synthèse entre classicisme « franco-belgien » et modernité. Il capte l’essence humoristique de l’école de Marcinelle, tout en présentant des cases richement détaillées.
Et je me rends compte que je j’ai même pas parlé de ses peintures, celles qui sont l’objet de l’intrigue et qu’il peint lui-même… Délicates, saisissantes, envoutantes….
Je ne peux pas taire non plus son incroyable sens de la mise en scène, ses cadrages magnifiquement orchestrés, comme si l’on assistait à une véritable symphonie menée par un chef d’orchestre de talent. Avec un énorme travail sur les plans, sur les angles de vue, il crée régulièrement l’illusion du mouvement au sein même des cases.

Cette maîtrise impressionne mais ne rebute pas. Frank Pé nous entraîne, nous prend avec lui nous fait vivre tout un panel d’émotions.
Mais il n’est pas tout à fait seul pour cela. Quand bien même il nous propose un superbe travail, il est secondé avec talent par Cerise, à la mise en couleur.  Elle semble comprendre parfaitement les ambiances voulues par l’auteur à tel point qu’on dirait qu’il n’y a que lui. C’est le paradoxe du travail du coloriste. C’est quand il se confond avec le dessinateur qu’il prend le plus de valeur. Et comme Frank Pé, Cerise évolue avec brio entre les aplats classiques du franco-belge et les couleurs nuancées d’une mise en couleur plus numérique.

Modernité et référence. Décidément, les deux qualificatifs les plus adaptés aux prestations graphiques époustouflantes de cet album.

Il ne reste qu’une source de doute: le scénario de Zidrou

Alors, avant de polémiquer, de pinailler, replaçons mon sentiment global. L’histoire proposée est plaisante. Mélange de fantastique, d’art et d’aventure au coin de la rue, le scénario de Zidrou renouvelle Spirou tout en offrant exactement ce dont Frank Pé a besoin pour s’épanouir.
J’ai aimé tout ce qui fait de Spirou et Fantasio de vrais adultes. Je ne suis pas fan de la version de Tome et Janry pour rien. J’ai aimé voir Spirou flirter, j’ai aimé les références à une potentielle homosexualité du duo de héros, c’était toujours inspiré, toujours bien mené. Il y avait une ado et des adultes et ça Zidrou le retranscrit bien. Ca me va.

Mais alors, qu’est-ce qui coince?
Plein de petites choses qui viennent gâcher la satisfaction globale.
La plus importante concerne toute l’intrigue liée aux champignons noirs. En toute sincérité, cette trame ne sert strictement à RIEN, si ce n’est à donner du temps de jeu au Comte de Champignac, passage obligé ou presque de tout bon hommage à la série. Mais en réalité, Champignac n’interagit presque jamais avec les héros et Zidrou ne livre aucune clé d’explication sur un quelconque lien entre les champignons et la « lumière de Bornéo« . On imagine qu’il y a un lien, mais il n’est jamais fait. Aucun indice ne vient même forcer le lecteur à interpréter pour comprendre. C’est la trame « gaguesque ». Et ça fait le taff, c’est même le pire… Ces passages sont drôles. La machine inventée par le Comte est fantastique, inspirante. Le club des mycologues de choc est une EXCELLENTE idée, mais ce n’est jamais mis en lien avec la trame principale. Ce sont des histoires parallèles qui jamais ne se rejoignent. Je ne comprends pas que l’éditeur qui a suivi l’album ne l’ai pas fait remonté.

Et puis il y a ces éléments peu exploités, comme la blessure de Fauvette, évoquée dans l’intro, dans une case, qui semble motrice pour le personnage mais qui ne sera jamais utilisée. Il y a la dimension fantastique qui n’est absolument pas expliquée. Pourquoi ces pouvoirs, pourquoi Fauvette parvient-elle à entrer en contact avec, quid de l’Okapi blanc? Aucune explication n’est livrée. Comme si ce n’était pas important. Et il est vrai qu’il n’est pas forcément important de tout comprendre. Mais on est dans un one-shot, dans une bd. Quand le moteur de l’intrigue ce fait sur un élément il faut le résoudre.

La licence poétique ne peut pas être l’excuse de tous les raccourcis scénaristiques.

Après tant de pinaillages que faire du Spirou de Frank Pé et Zidrou?

Il faut le lire, bien entendu. D’abord parce qu’il est superbement illustré et ensuite parce que le fond du scénario convient à merveille.
Mais voilà, on était proche du petit bijou, il y avait tout le potentiel pour et le scénariste semble se perdre en cours, pris dans les hommages au personnage et à son dessinateur.

Il me restera un petit goût d’inachevé autour de ce livre. Il est très bon alors qu’il aurait pu être excellent. Voir plus.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?
17/20

 

Série: Le Spirou de…
Titre: La lumière de Bornéo
Scénariste: Zidrou
Dessinateur: Frank Pé
Coloriste: Cerise
Editeur: Dupuis
Date de publication:  octobre 2016

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4 réflexions sur “Le Spirou de Frank Pé et Zidrou- La lumière de Bornéo, Dupuis

  1. Ce livre aurait été excellent si ça n’avait pas été un Spirou, tout simplement. Le côté « hommage » pourrit, dilue, gêne l’intrigue.

  2. Maintenant que tu le dis, la trame liée à Fantasio ne sert non plus à rien. Comme celle de Champignac… Donc je suis d’accord avec toi ^^
    Sauf que reste Spirou qui lui, tient à mon sens sa place.

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