Geronimo, Matz, Jef, Rue de Sèvres

Géronimo: un bon indien, un indien vivant!

S’il est un nom de chef indien que l’on connaît, en France, et plus encore dans le monde de la bande dessinée, c’est bien celui de Geronimo. Mis en scène dans de nombreux westerns, comme Blueberry, l’homme-médecine Apache est une star. Mais pourtant, son histoire réelle reste bien trop méconnue, tant le sort des nations indiennes est tenu à l’écart de nos livres d’Histoire.
Alors cette biographie signée Matz et Jef chez Rue de Sèvres est l’occasion idéale pour enfin découvrir qui était cet homme qui ne mourut jamais sous les balles des blancs.

Les trahisons de l’homme blanc, l’étincelle qui mit le feu aux poudres

Goyahkla est l’homme-médecine des Apaches menés par le chef Mangas Coloradas. On dit de lui qu’il parlait avec Usen, le dieu des Apaches. Que sa sagesse était immense.
C’est lui qui sentit venir la trahison. Alors que sa tribu s’était installés pacifiquement auprès des mexicains pour l’hiver, ceux-ci profitèrent de l’absence des guerriers pour massacrer femmes et enfants. Goyahkla leur voua une haine éternelle. Aux côtés de Mangas Coloradas, il entra en guerre avec l’homme blanc. C’est à la guerre qu’il reçut son nouveau nom, Geronimo. Qui s’accompagna d’une certitude pour l’Apache: jamais il ne mourrait sous les balles des blancs. Usen le lui avait dit.

Géronimo: Le point de non-retour

Quand on se lance dans une biographie, se pose immédiatement une question essentielle: que conserver de la vie d’une personnalité? Quels éléments passer sous silence? A partir de quand prendre en compte son vécu comme constituant la matrice de l’homme ou la femme que l’on connaît?

Matz a donc fait un choix radical. Il a décidé de ne se consacrer qu’à la dernière partie de la vie de Geronimo, celle où il entre en guerre personnelle contre les mexicains.
C’est sur cet évènement que commence cet album. Le scénariste choisi de se priver de toute explication de caractère issue de son enfance ou de ses premières années d’adulte.

En quelques mots, il se contente de nous placer l’importance du personnage au sein de sa tribu. Son caractère prophétique, sa capacité à parler avec son dieu, qui va l’amener à de nombreuses situations impossibles à comprendre pour de bons cartésiens tels que moi. L’homme était-il suffisamment intelligent et fin psychologue pour avoir plusieurs coups d’avance sur ses ennemis? On ne le sait pas, Matz ne tranche pas. Il se contente de raconter ce que la légende dira ensuite. Il ne refuse pas le fantastique. Mais il ne cherche pas à le mettre en avant ou à lui donner un sens. Il ne recherche aucune explication de ce côté là.

La fin d’un monde, le début d’un nouveau

Matz va préférer, me semble-t-il, poser régulièrement la question qui fâche: sont-ce les actes de Geronimo qui l’ont mené à sa perte ou bien avait-il raison de mener la lutte armée contre un envahisseur prêt à commettre toutes les bassesses?

Évidemment, en adoptant le point de vue unique de Geronimo, Matz répond en partie à la réponse. Il en vient, subtilement, à nous faire prendre l’homme-blanc pour ce qu’il était en Amérique alors: un envahisseur tenant plus du nuage de sauterelle que de l’humanité. Ne faisons pas les malins, nous autres européens. Ces gens là étaient européens d’origines, ce sont nos cousins, c’était donc aussi notre point de vue de l’époque. L’homme blanc a commis un génocide en Amérique.
Non, ça, c’est moi, pas Matz qui le dit. Mais je pense que je ne fais que poursuivre sa réflexion.

Et d’ailleurs, c’est sans doute ce qui va faire renoncer Geronimo, le faire se rendre. Cette idée que son monde était finiet qu’il ne pourrait plus vaincre l’envahisseur et sa culture de rapace.

Jef, face aux grandes contrées de l’Ouest américain

Il n’y a pas à dire, Jef semble se régaler, avec cet album. C’est du moins ainsi que j’interprète la façon dont moi, je me suis régalé.
Il y a des illustrations sublimes dans ce livre. Les paysages de l’Ouest américain, surtout quand ils sont martyrisés, font de formidables tableaux pour le dessinateur.

Je ne suis habituellement pas un grand fan de la façon dont il dessine les visages, entre réalisme et caricature. Mais l’inspiration qui se dégage de ces planches vous incite rapidement à passer outre. On est emporté par l’Histoire en mouvement et par le destin tragique de cet homme que Jef réussit parfaitement à incarner.

Geronimo, une matière à penser le passé

Alors on se prend à rêver. Et si les Indiens l’avaient emporté? Ou si les blancs avaient coopéré plutôt que massacré les natif-américains, que ce serait-il passé? Que serait l’Amérique aujourd’hui?
Merci à Matz et Jef pour ce voyage dans une Histoire que l’on ne connaît pas assez précisément ici en Europe. Mais qui pourtant a eu un impact gigantesque sur le destin du monde.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

17.5/20

Titre: Geronimo
Scénariste: Matz
Dessinateur: Jef
Editeur: Rue de Sèvres
Date de publication: Mars 2017

 

Les indiens dans la bande dessinée

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