KZ Dora, Robin Walter, Des ronds dans l’O

 

KZ Dora: L’avancée scientifique, quel qu’en soit le prix

Pour la chronique BD du jour, petite plongée dans un univers très connu mais qui recèle encore des particularités peu connues: le système concentrationnaire nazi. Les camps de concentrations étaient aussi des camps de travail et on met rarement en avant le travail qui y était effectué par les prisonniers. Robin Walter, en mettant en scène les souvenirs de son grand-père, vient nous donner à voir à quel prix la technologie allemande progressa pendant la Seconde Guerre mondiale.

Vivre et mourir, sans jamais se voir

Pierre Walter a voulu rejoindre l’Espagne pour s’enrôler dans la France Libre. Malheureusement il ne parvint jamais à la frontière et fût déporté en camp de concentration. Il a été envoyé au KZ Dora, un camp de travail où les prisonniers fabriquaient les installations destinées à produire les fusées V2, les armes qui allaient changer le cours de la guerre au profit de l’Allemagne Nazie. Prisonniers, scientifiques, gardiens, tous vivent à proximité les uns des autres. Sans jamais avoir été aussi éloignés.

Robin Walter: donner la parole à tous

KZ Dora possède une véritable particularité qui lui donne toute sa pertinence. Nous sommes d’accord, les camps de concentration, c’est sans doute un des sujets les mieux documentés aujourd’hui, tout média confondu. Et en bande dessinée, tout a déjà été fait.
Sauf prendre le parti pris adopté par Robin Walter, l’auteur de cet album (un diptyque à l’origine): donner la parole aux victimes comme aux bourreaux.

KZ Dora va vraiment s’attacher à suivre les différents acteurs du lieu dans leur vie quotidienne et à leur donner une véritable incarnation. Sans chercher à excuser, Robin Walter semble avoir voulu donner à comprendre notamment le camp allemand. Alors qu’il aurait pu se concentrer sur la parole de son grand-père et donc des prisonniers, il veille à nous donner des éléments qui nous permettent non pas de nous attacher à eux, mais de percevoir leurs motivations.

Michael, le scientifique allemand, n’a rien d’un nazi. Il est juste totalement obnubilé par sa quête de réussite scientifique et cela l’empêche de penser à ce qui l’entoure. Science sans conscience, vous connaissez le proverbe. Mais le personnage est donc crédible. Il est banal, il est nul, il n’a rien d’un montre. Il est ordinaire dans son refus de voir la barbarie.
Et puis il y a Hans, le jeune allemand qui va devenir lieutenant SS et garde au camp de Dora. Un jeune homme qui constate les vrais soucis de l’Allemagne mais va se laisser guider vers les mauvaises réponses.  Un jeune homme qui va voir tous ses amis se faire tuer par les soldats russes et qui va se venger sur les prisonniers à sa merci. C’est une, ordure, ses gestes restent inexcusables, mais Robin Walter leur donne du sens, les inscrits dans un cadre sociétal et psychologique.

On ne nait pas monstre, on se laisse aller à le devenir.

KZ Dora: un album en noir, noir et blanc

Robin Walter ne craint pas de travailler en couleurs. Il l’a fait à plusieurs reprises, notamment sur ses albums Prolongations, toujours chez Des ronds dans l’O. Pour KZ Dora, il a voulu travailler en noir et blanc. J’imagine pour conserver une forme de gravité à son propos, ce qui serait parfaitement entendable. Tout du moins, me semble-t-il, c’est l’effet que cela procure.

Il dessine finement, Robin Walter. Je ne m’étais pas assez attardé sur son dessin jusque là et je dois dire que j’ai plutôt apprécié son trait. Mais… Mais j’ai beaucoup moins aimé son encrage. Oui, l’apposition de l’encre noire sur les traits de base. Ce n’est pas un accessoire, cette étape là (j’invite ceux qui souhaitent en savoir plus à suivre le blog de l’excellent Phil Cordier qui traite de cet exercice). Et je trouve que l’artiste a fait des choix qui écrasent un peu la finesse de son coup de crayon. On a des noirs écrasants dans les aplats et des détails de visages qui envahissent l’espace parce qu’encrés avec trop d’intensité.  Cela relève du détail, puisque ça ne nuit pas à la lecture, mais il me semblait important de mettre en avant cet aspect technique de la bande dessinée dont on parle en fait assez peu.

KZ Dora: pour ne rien publier

Le devoir de mémoire est une exigence bien agréable à remplir avec cet album. Mais je pense que l’auteur nous invite à ne rien oublier du contexte, qui amena à ses cruautés extrêmes. Il y a des peuples qui ont été embrigadés, qui ont fait les mauvais choix, collectivement ET individuellement.
Pour ne pas que cela puisse se reproduire il faut surtout éviter de ramener nos générations devant les mêmes mauvais choix.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?
17/20

Titre:  KZ Dora
Auteur: Robin Walter
Editeur: Des ronds dans l’O
Date de publication: Mars 2015
Nombre de pages: 224
Prix: 24€

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s