Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB (Mardi chronique)

Moi-Rene-Tardi-prisonnier-de-guerre-au-stalag-IIB

Titre: Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB

Auteur: Jacques Tardi

coloriste: Rachel Tardi

Editeur: Casterman

Date de publication: Novembre 2012

 

C’est grâce à Olivier du blog A la magie, que j’ai découvert l’opération Priceminister- La bd fait son festival. Une mise en valeur des titres de la sélection d’Angoulême 2013, un album contre une chronique, plus un album par personnes parrainées (ce que j’ai totalement zappé, sinon j’aurai fait de la promo). J’ai donc eu le plaisir de recevoir une bd très en vue ces derniers mois, qui a obtenu d’excellentes critiques, le dernier Jacques Tardi. Exit la Première Guerre Mondiale, son terrain de jeu habituel, on passe à la Seconde, pour une histoire totalement personnelle puisqu’elle met en scène le père de l’artiste.

Alors que Adolf Hitler remilitarisait l’Allemagne, et que tous les gouvernements démocratiques jouaient le pacifisme pour satisfaire leurs peuples respectifs, René Tardi, jeune homme vaillant, décida d’intégrer l’armée française, de s’engager. Il n’en voulait pas, de la guerre, mais elle lui semblait inévitable, alors il préféra prendre les devant, et s’y préparer. Puis vint l’invasion de la Pologne, la drôle de guerre, la débâcle. Assis dans un char, René Tardi combattit comme il pu, essayant tant bien que mal de faire son devoir malgré le commandement défaillant. Mais il fût fait prisonnier et la France, ce pays qui se croyait invincible, plia le genou face aux nazis. René Tardi, comme presque deux millions d’autres soldats français, fût envoyé dans un camp de prisonnier, le Stalag IIB, en Poméranie. Voici son histoire, celle des perdants de 40, qui ne furent jamais entendu dans leurs souffrances à la fin de la guerre. Dialogue posthume entre un père et son fils. Entre celui qui a vécu l’horreur, et son descendant.

Évidemment, un sujet fort, un grand auteur, cet album ne pouvait pas être mauvais. Je ne prenais pas grand risque en choisissant cet album, mais au moins fût-ce un plaisir que de le lire. L’œuvre est grande, elle est surtout réussie et passionnante. Il y a deux aspects, à retenir, l’histoire du père, et la présence du fils. J’expédie un peu vite la question graphique, je l’avoue. Mais en même temps, Tardi est arrivé à son apogée, son dessin est d’une fiabilité et d’une constance impressionnante, que dire de plus?

Le père, donc, d’abord. Cette histoire a vraiment le mérite de mettre en lumière les souffrances des prisonniers de guerre. Certes, ils n’étaient point enfermés dans des camps d’extermination, mais on est bien loin de l’ambiance de la série Papa Schultz. On mourrait, dans ces camps, de maladie, de sous-nutrition, de la cruauté des allemands, de la lâcheté de ses semblables. René Tardi a passé cinq années au Stalag, et ce ne furent à aucun moment de douces vacances. D’autant que Vichy ne tarda pas à abandonner ses soldats, qui devinrent une formidable main d’œuvre corvéable à merci pour compenser l’absence des hommes allemands au travail. Le descriptif de la vie dans le camp, issu de carnets remplis par l’intéressé avant sa mort, à la demande de Jacques, fait froid dans le dos mais éclaire notre mémoire de la force des souvenirs qui ne peuvent s’oublier tant ils ont imprégné la chaire et l’âme des captifs. Mais le titre de l’album est un brin trompeur, car finalement, il ne s’agit pas que la question de l’emprisonnement qui est traitée. Un deuxième tome est prévu, et finalement il manque cette notion de tome 1. Car en fait, c’est l’histoire de la génération descendante des poilus dont il est question. Cet album débute avec la paix, la jeunesse de René, et se termine avec l’évacuation du camps par les allemands. Mais il reste encore du chemin à parcourir, et sans doute des conséquences à traiter. Le retour de cette génération sacrifiée, qui ne connût pas grand chose d’un pays qui pensait avoir souffert plus qu’eux. Mais peut-être que le second tome recevra un titre différent qui tiendra compte de cette partition du scénario.  Que dire de plus… J’ai été emporté, j’ai eu peur pour les prisonniers, j’ai rêvé avec eux de leur évasion, souffert de leurs privations. En d’autres termes, j’ai été emporté aux côté de René Tardi pendant quelques heures.

Et puis, il y a Jacques. L’auteur, mais un des personnages de l’histoire, puisque c’est lui qui interroge et accompagne son père au grès des évènements, à la manière d’un fantôme de Noël de Dickens. On pense aussi à Art Spiegelmann qui s’était illustré aux côtés de son père dans Maus, mais pas dans les scènes d’époques. Et pour tout dire, je ne suis pas au clair avec ce choix de Jacques Tardi, et ce que représente ce gamin. Les raisonnements à l’emporte-pièce qu’il formule, s’ils sont censés correspondre aux interrogations de l’auteur à cet âge là, me font comprendre le pourquoi de son anarchisme actuel. Mais ne serait-il pas plutôt le porteur des interrogations des contemporains de René, des familles restées au pays et qui n’assumèrent pas que le pacifisme global fût la principale raison du succès d’Hitler? J’ai un peu de mal avec ce parti pris de l’auteur et je pense que le tome suivant me sera très utile pour éclaircir ce point.

Bon, vous l’aurez compris, je recommande évidemment au plus haut point cet album, très immersif et qui nous permet à nous européens de nous replonger dans une partie peu connue de notre Histoire. C’est une œuvre utile que nous propose Jacques Tardi, indispensable.

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5 réflexions sur “Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB (Mardi chronique)

  1. Yaneck Chareyre 19/03/2013 09:19

    Mais j’espère bien mon cher, j’espère bien… Elle vaut vraiment le coup. Et en même temps, Tardi, c’est plus que de la valeur sûre.

  2. Pingback: Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB #1 | Bedea Jacta Est

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