Blast tome 1- Grasse carcasse (Mardi chronique)

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Série: Blast
Tome: 1
Titre: Grasse carcasse
Auteur: Manu Larcenet
Editeur: Dargaud

 

J’ai du mal à commencer la chronique de cet album. Blast est le petit dernier de Larcenet, un album attendu, reconnu, vilipendé. Un chef d’œuvre ou un navet, suivant les avis.
Et toute ma difficulté, c’est que je ne sais pas où situer cet album moi-même. Je crois sentir quelque chose, percevoir un côté génial à cet ouvrage, sans jamais que ce sentiment ne se dégage pleinement. J’ai des questions, des doutes, mais guère de certitudes sur ce premier tome.
La seule certitude, peut-être, c’est le fait que Larcenet dispose d’une énorme confiance chez Dargaud pour publier une telle bd. 204 pages, noir et blanc, quelques couleurs via des dessins d’enfants, et un héros qui semble être tout ce qu’il y a de plus dégoûtant.
Gros, énorme, impressionnant. Polza Mancini était critique gastronomique à ce que l’on apprend. Mais quand on le rencontre, dès le début, il est entre les mains de la police. On lui reproche des actes sur une femme. On ne sait pas quoi. On sait juste que la femme en réchappe de peu. On imagine cela horrible. Deux flics le cuisinent. Ils ont pour ordre de le faire parler. Un maximum. Bien qu’ils disposent de toutes les preuves nécessaires pour l’inculper. Mais faire parler Polza, visiblement, c’est entrer dans son monde. Et il laisse la porte bien ouverte.

Non, vraiment, je ne sais pas quoi penser de cet album. Larcenet noie beaucoup le poisson vis à vis de l’intrigue principale. Tout du moins, c’est l’impression que ça donne, car la vie de Polza dans ces pages ne permet pas de comprendre pourquoi il est là, ni ce qu’il a fait. Mais, disent les flics, ça va aider à comprendre pourquoi il l’a fait. J’en viens à me demander s’il ne vaut pas mieux mettre de côté tous les albums suivants, et tout lire d’un coup. Parti pour au moins cinq tomes il me semble, ça ferait mille pages à lire, et ce serait écœurant. Mais là, il manque des choses.
Alors parlons de ce qu’il y a. Et c’est bien le contenu réel de l’album qui ne me permet pas d’écarter la thèse du coup de maître de la part de Larcenet.

Il y a la mort. Très rapidement, Larcenet ouvre presque sur ce thème. La mort du père. Un homme atteint du cancer, diminué. Un homme représenté avec une tête d’oiseau décharné, un peu comme dans l’aventure rocambolesque de Vincent Van Gogh. Certains oiseaux semblent symboliser la mort, pour Larcenet. Les planches qui ont trait à ce point sont puissantes, marquantes. On sent que c’est un sujet qui le touche, comme on le sentait déjà dans le combat ordinaire. Sur ces pages là, la mort nous saute à la figure. Le malaise est lattent. Et encore, moi, je n’ai que peu connu la mort jusque là.

Il y a le retour à la nature, à la terre. Mais point d’humour ici, dans ce voyage hors de la société, pas plus que de discussions conjugales, comme dans le retour à la terre, ou le Combat. C’est dans la solitude, sans romantisme aucun, que cette fois-ci Larcenet nous fait faire le voyage. La nature, espace de liberté s’il y a solitude. Polza veut vraiment se couper de tout, pas reconstruire en milieu vert la société qu’il quitte. Mais si souvent, le retour à la nature exprime l’idée que l’homme est bon « au naturel », là, ça ne semble pas être le point de vue développé par Larcenet. Que met-il derrière tout cela, je ne sais pas pour l’instant.

Et puis, quelle réflexion veut-il porter sur la drogue? Car le blast, c’est ce qui arrive à Polza après une overdose de d’alcool et de médicaments. Donc, moi, j’assimilerai le blast au « trip ».  Surtout que le second blast lui vient après une grosse perte de sang, sous l’effet de l’alcool. Donc, je ne pense pas me tromper, mais ça ne me dit pas pour autant ce que Larcenet veut nous dire.

Vous le constatez, il y a largement de quoi réfléchir dans cet album. Mais cela repose beaucoup sur le « et si? », sur les intentions supposées de Larcenet. Peut-être nous creusons nous trop la tête, et peut-être que cet album est vide, sans intérêt et prétentieux sur la forme comme sur le fond. J’ose croire que ce n’est pas le cas. Mais je crois aussi que c’est à la lecture de la suite que l’on pourra vraiment déterminer ce qu’il en est vraiment de cet album là.

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7 réflexions sur “Blast tome 1- Grasse carcasse (Mardi chronique)

  1. Michaël Lefebvre 13/04/2010 21:41

    Je suis ravi de…ne pas être d’accord avec toi sur bien des points, cela va nous permettre d’en parler!
    Je crois que loin de « noyer le poisson » de l’intrigue, Larcenet remonte plutôt à son stade alevin (pour continuer la métaphore « poisson »). On le sait Larcenet est très influencé par la
    psychanalyse, Blast b’y échappe pas. C’est même une BD psychanalytique. La mort du père et le flashback de son enfance en sont des bons exemples, comme la base de l’histoire (l’interrogatoire)
    Le personnage ne part pas dans la nature pour se cacher mais bien pour se trouver.
    Après on peut critiquer cette approche, le freudisme est contestable. C’est une autre question!

    http://penseesdunfrancaisenhongrie.over-blog.com/article-bd-blast-t1-grasse-carcasse-manu-larcenet-46677347.html

  2. benjamin 14/04/2010 11:45

    J’ai entendu tout et son contraire à propos de cet album. Au moins là la critique est construite.
    Je suis de ton avis sur le fait que cet album nous mène on ne sais où.
    Je trouve que la force de Larcenet est tout de même de nous faire avaler un album de plus de 200 pages sans que l’on sache grand chose et en étant tout de même embarqué.
    Au niveau du fond, il y a multitude de chose à dire, dans tout les sens, mais à mon avis, le mieux c’est d’attendre la suite en espérant que cela nous éclaire ^^.

  3. Lunch 14/04/2010 12:14

    L’album fait débat, c’est un fait. Et je dirais même que c’est la marque des plus grands.
    Comme le souligne Benjamin, ce n’est pas donné à tout le monde de faire avaler au lecteur 200 page avec autant de facilité et de légèreté, malgré la lourdeur dramatique du récit (et du
    bonhomme).

    Moi je suis totalement emballé par l’album.

  4. valérie 19/04/2010 17:24

    Je suis d’accord avec toi. J’ai beaucoup aimé mais j’ai un peur peur que la suite ne tienne les promesses et soit un peu creuse. Mais pour le moment, je préfère faire confiance à Larcenet.

  5. Yaneck Chareyre 19/04/2010 18:04

    Pour l’instant, en effet, il faut lui faire confiance. Mais à mon avis, ce n’est pas un très grand risque.

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