Tu seras un saumon mon fils, tome 1, Shohei Sasaki, Editions Akata

 

Si vous connaissez un peu le monde du manga en France, vous savez que l’éditeur Akata est réputé pour ses choix de publication carrément iconoclastes. Vous ne vous êtes peut-être pas remis de Ladyboy vs Yakuza, un manga totalement borderline mais néanmoins particulièrement intéressant au final. Voici donc une nouvelle série qui va vous surprendre, Tu seras un saumon mon fils, par Shohei Sasaki. Une série qui commence par un concours de branlette ne devrait pas vous laisser indifférent….

Tu seras un saumon mon fils tome 1: une lecture au Xe degré

Shion est un collégien pas comme les autres. Parmi sa bande de potes, il est le champion incontestable de longueur de projection de sperme. Mais avec le remariage de sa mère et l’arrivée de jumeaux, il est obligé de suivre la famille pour aller vivre à la campagne. Un coin paumé où Shion se fait brimer d’entrée de jeu par un plus âgé que lui. Pris de colère, il entreprend une fugue et se masturbe au bord d’une rivière. Il l’ignore, mais son sperme va féconder un oeuf de saumon. Trois ans plus tard, le destin de Shion va changer à jamais.

Ca vous vend pas du rêve un pitch pareil?

Alors? Je vous avais pas dit que ça envoyait du lourd, Tu seras un saumon mon fils?
Je suis certain que vous hésitez déjà à poursuivre votre lecture, peut-être même que vous m’avez déjà quitté.
Vous auriez tort. Parce qu’au delà du ton complètement provoc et « what the fuck« , ce premier tome recèle en fait nombre d’interrogations plus que pertinentes qu’il serait dommage de ne pas saisir au vol.

La métaphore familiale du saumon

La plus importante, c’est bien entendu la question de la famille moderne au Japon. Shohei Sasaki met en scène une famille complètement dysfonctionnelle autour de Shion. Une mère qui ne pense pas réellement à son fils, un couple recomposé qui ne cherche absolument pas à faire cohabiter les différentes parties de la famille… Si Shion « part en couille » (oui je trouve la formule adaptée, dans cette chronique), c’est sans doute de ce fait là.

Et que représente Salman, cet enfant Saumon? La possibilité de créer une nouvelle famille, pas forcément adaptée aux normes, mais pas plus dysfonctionnelle que la précédente. On est limite sur un couple gay adoptant un enfant, en fait, sous une forme métaphorique. Oui, parce que Shion ne sera pas tout seul dans cette épreuve. Et c’est rudement bien fait.

Parce que Ginji, ce deuxième personnage accueillant Salman, il est lui aussi issu d’une famille complètement démontée. Il vit avec son grand-père qui lui cogne dessus, sans que l’on sache réellement où sont ses parents.

Et là encore, l‘épanouissement risque fort d’advenir par la présence de ce saumon humanoïde….

De l’usage de la trame par le mangaka

Voilà une dimension dont nous avons fort peu parlé sur ce blog jusqu’à présent.
Qu’est-ce que c’est une trame? C’est en fait une feuille de plastique transparente sur laquelle sont imprimés des maillages de points noirs plus ou moins resserrés. Les mangaka les utilisent pour créer ombres et textures. Démonstration en vidéo ci dessous:

En l’occurence, Shohei Sasaki utilise une trame particulière, constituée d’un motif carrelé, dont j’ai du mal à percevoir la pertinence dans la composition de ses pages. Cela crée souvent un effet de pixellisation qui n’apporte pas de bénéfice à la compréhension de l’histoire ou à l’instauration d’une ambiance particulière. C’est juste… Sans intérêt…

Et c’est dommage parce qu’au delà des trames, les dessin de Sasaki sont tout à fait satisfaisants. Les dessins mangas qui ne sont pas à la hauteur, ils me font sortir du bouquin au bout de 4 pages (testé récemment sur une autre sortie d’un autre éditeur). Et ce n’est pas du tout le cas avec ce dessinateur là.
Je comprends qu’on puisse vouloir tester des effets, mais il n’est pas interdit de revenir à une forme de classicisme quand ça ne marche pas…

Savoir dépasser la branlette

J’imagine l’éditeur d’Akata se frotter les mains avec un air machiavélique en riant du bon tour qu’il nous joue encore à nous lecteurs, en nous offrant un manga volontairement trash, mais bourré de fond pour qui saura dépasser les provocations bien présentes de l’auteur.

Pour ma part, je vous incite chaudement à le faire d’autant que la série n’est qu’en deux tomes. Une prise de risque somme toute fort limitée.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?
16.75/20

Série: Tu seras un saumon mon fils!
Tome: 1
Auteur: Shohei Sasaki
Editeur VO: Kodansha Ltd
Editeur VF: Editions Akata
Date de publication VF: Avril 2017

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