Le building, Will Eisner, Rackam

Il y a des ouvrages qu’un bédéphile se doit d’avoir lu, tant ils ont marqué l’univers de la bd. La plus grosse partie de la bibliographie de Will Eisner mérite ce traitement. Alors plongeons dans le passé et redécouvrons avec plaisir un album touchant autant que profond.

Le building: petit moment de poésie urbaine

Un immeuble à New York. Il trônait au carrefour de deux avenues, un vieux bâtiment de 80 ans d’âge. Un jour, il est détruit, pour faire place à une tour flambant neuve. Au pied de cette tour, quatre fantômes apparaissent. Quatre personnes ayant vécu auprès de ces lieux, liés d’une manière ou d’une autre à la vieille tour. Voici leur histoire. L’homme qui ne s’occupa pas assez des autres. La femme qui choisit la vie raisonnable. Le musicien qui ne fût jamais professionnel. L’homme d’affaire à qui il manqua toujours quelque chose.

La simplicité touchante d’un quotidien banal

Autant le premier titre vous a vendu du rêve, autant, ce deuxième casse tout non?
C’est la très grande force de Will Eisner. Quelle que soit son oeuvre, il possède un sens incroyable pour rendre merveilleux, passionnant, émouvant, des actes quotidiens qui à priori ne devraient enthousiasmer personne. Dans le cas présent, ce sont même des histoires terribles, tragiques, qui nous sont présentées. Mais à la fin il nous reste toujours un léger sourire, un contentement. On se sent bien, on sent l’accomplissement de l’histoire. On est heureux pour les personnages. On a partagé leur vie, on est entré en empathie et on est content pour eux. Malgré tout.

C’est ça Will Eisner. C’est un dessin qui nous fait entrer en résonance avec les personnages, autant qu’une histoire qui nous fait vibrer.

L’art de la narration selon Will Eisner

Lire Le building, c’est prendre toujours beaucoup d’émotion. Mais relire Le Building, c’est percevoir comment la construction des pages nous a permis d’entrer en harmonie avec l’histoire.

Will Eisner n’aime pas la case. Ou du moins, il n’aime pas les gaufriers, genre trois rangées de trois cases. Il n’aime pas non plus cette idée que l’action doive avancer de gauche à droite, dans le sens de la lecture, au sein de la case.

Eisner, c’est un dynamiteur de codes. Sa page, c’est quasiment une case unique, dans laquelle viendraient se greffer d’autres cases secondaires. Le dessin principal mort toujours sur l’espace inter-iconique (le blanc entre deux cases). Le dessin vient englober toutes les cases dans un espace unique.
Mais ce n’est pas que ça. Eisner, c’est aussi l’art de gérer la séquence et l’enchaînement des cases. Il les mêle, les entremêle, crée une continuité de mouvement que notre cerveau va épouser, comme si nous nous créions notre propre film d’animation. Le mouvement n’est jamais là, mais il est partout.  Eisner nous guide, nous dicte le tempo et nous emporte avec lui. Un modèle du genre.

Le Building: un classique qui n’a pas vieilli

Audacieux, simple, touchant, le Building n’est pas une lecture vieillotte qu’on sortirait de la naphtaline avec un regard pincé. C’est une leçon de bande dessinée, dans ce que ce média a de plus fort pour faire voyager l’imaginaire du lecteur.
Et comme cet album fait partie d’un plus large cycle de trois, dites vous que vous avez encore de belles lectures à faire avec Will Eisner.

Titre: Le building
auteur: Will Eisner
Editeur VF: Rackam
Date de publication: Octobre 1999

 

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