L’amour est une haine comme les autres, Stéphane Louis, Lionel Marty, Grand Angle

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L’amour est une haine comme les autres: Le « picnic » doit rester passé de mode

L’amitié était-elle possible entre noir et blanc dans la Louisiane de l’entre-deux-guerres? Telle est la question posée par le bédéaste Stéphane Louis qui délaisse une nouvelle fois ces crayons pour reprendre la casquette de scénariste. Il propose pour ce nouvel opus une plongée dans les relations inter-ethniques américaines du passé, qui ne manque pas de résonner amèrement dans notre présent.

Les enfants, ça ne pense pas à mal, mais quid des adultes?

Abe et Will sont amis. Abe est très intelligent, alors il aide son ami Will pour qu’il ait de meilleurs résultats à l’école. Mais rien de tout cela ne doit se savoir. Parce qu’Abe est noir et que le père de Will, riche propriétaire, adore réaliser des « picnics », « pick a niger » durant lesquels il pend des noirs aux arbres. Pourtant, ces deux là refusent de se lâcher, même devenus adultes. Mais le secret ne pourra pas perdurer éternellement.

Stéphane Louis: le dessinateur est un scénariste malin

C’est une belle histoire que nous propose Stéphane Louis pour son nouveau scénario. Une belle amitié, une belle leçon aussi pour dénoncer les extrémismes racistes de tous bords qui empêchent les jeunes générations de ne faire qu’une, comme la race humaine à laquelle nous appartenons tous. On prend beaucoup de plaisir à suivre les deux héros, de la première à la dernière page.

Mais ce que je retiens en premier lieu, c’est que Stéphane Louis est un roublard. Il propose une première scène extrêmement forte, qui trace le futur qui adviendra de l’amitié entre Will et Abe, avant de nous montrer comment elle s’est développée.
Du coup, notre esprit de lecteur est marqué, formaté, par la tonalité de cette première scène. Tout au long du récit, on garde cette scène en mémoire, en se demandant comment on va y arriver. Ce qui va bien pouvoir advenir. La pression, ce n’est donc plus le scénariste qui la développe, c’est le lecteur, tout seul, comme un grand, derrière son album. C’est techniquement très intelligent et cela montre bien que le dessinateur Stéphane Louis est aussi pleinement un scénariste. Donc un bédéaste, qu’on aimerait bien voir en solo sur un album (ok, on lui accorde de prendre une coloriste chère à son coeur).

Pourquoi prendre un dessinateur quand on est dessinateur?

Parce que donc, les dessins sont l’oeuvre de Lionel Marty et pas de Stéphane Louis. L’artiste propose un dessin très dynamique, qui apporte un vrai souffle à cette aventure du quotidien. Il y a de l’énergie dans son dessin. On pourra toutefois regretter que cette dynamique passe trop souvent par le sacrifice des décors de second-plan. D’autant que lorsqu’il les place dans les cases, l’artiste se montre tout à fait convaincant.

Mais donc, pourquoi Stéphane Louis n’a-t-il pas pris les crayons lui-même sur cette aventure. Une scène ou deux (les filles dans la rivière, par exemple) sentent la référence graphique à Stéphane Louis, à plein nez.
Je n’ai pas la réponse à ma question pour l’instant, si l’artiste souhaite nous faire part des dessous de cette collaboration, j’aurai plaisir à vous proposer sa réponse en rajout dans cet article.

On peut imaginer, d’abord, le plaisir de bosser avec un dessinateur qu’il aime. Raison plus qu’honorable. On peut aussi penser qu’il n’avait pas le temps matériel pour dessiner plusieurs albums dans un même délai. Ce qu’il ne faudrait pas, du moins ce serait dommage, ce serait que le bédéaste n’ose pas y aller. Parce qu’il en a visiblement les moyens.

Maintenant, on voit bien les apports graphiques de Lionel Marty sur cet album. Il possède un trait beaucoup moins rond que celui de son partenaire, plus anguleux, ce qui convient bien au propos parfois sombre de cette histoire. Sa façon de travailler les ombres pour durcir son trait, est un plus non négligeable là encore.

L’amour est une haine comme les autres, ça fonctionne

Donc si on peut se demander « Pourquoi? », ce n’est sûrement pas pour dénoncer une collaboration. Le duo d’auteurs livre une jolie copie, une histoire où leur deux travail s’imbriquent avec harmonie.
Deux? Pardon, je néglige le troisième partenaire, Véra Daviet, la coloriste, qui livre de bons choix, notamment en terme de teintes, pour soutenir l’ambiance du récit.
On en reprendra volontiers un peu, d’une telle collaboration.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

16.75/20

 

Titre: L’amour est une haine comme les autres
Scénariste: Stéphane Louis
Dessinateur: Lionel Marty
Coloriste: Véra Daviet
Editeur: Grand Angle
Date de publication: Février 2017
Nombre de pages: 72 pages
Prix: 16.90€

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