Udama, chez ces gens-là, Zelba, La Boîte à Bulles

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Udama: L’esclavage n’a pas tout à fait disparu en France

Voilà un album qui vient piquer les conscience. Le publier est donc déjà, de base, une excellente idée.
Son autrice, Zelba, vient nous rappeler que cette immigration que de nombreux français condamnent, constitue aussi un formidable réservoir de main d’œuvre facilement exploitable. Un double langage qu’elle démonte avec soin en nous mettant à la place de ceux que nous ne regardons jamais habituellement.

Les bourgeois, c’est comme les cochons…

Hervé et Claire habitent les beaux quartiers de Paris. Ils viennent d’avoir une petite fille, Rose, mais moins de dix semaines après la naissance, Claire veut retourner travailler. Hors de question qu’elle sacrifie sa carrière pour un enfant. Alors ils embauchent une baby-sitter. Udama, une malienne, mère de deux enfants. Elle devra être présente de 8h à 19h tous les jours de la semaine.
Maintenant qu’elle fait partie de la « famille », Udama va découvrir à quel point ses patrons sont en souffrance. Mais ne va-t-elle pas se noyer avec eux?

Dépression post-partum et compétition professionnelle

Il n ‘y a pas à dire, Zelba gâte les profils des deux personnages de Claire et Hervé.
Elle évoque avec eux deux situation à mon sens symptomatique de notre époque, la dépression post-partum et les inégalités hommes-femmes au travail.
Evidemment, on a un contexte très parisien, qui est quand même assez particulier en France. Mais je pense qu’on peut sans mal généraliser les situations évoquées.

Pour la dépression, elle me semble évidente. Claire refuse tout contact sexuel avec son mari, son corps la dégoute. On sent qu’une accroche ne s’est pas faite avec son enfant et qu’elle ne fait que fuir en retournant travailler.
Mais cette fuite vers le travail n’est pas qu’une question de dépression, c’est aussi le symptôme de ce que vivent de nombreuses femmes cadres aujourd’hui en France. Cette angoisse qui demeure et qui n’est pas injustifiée du tout, que le congé maternité va les amener à perdre ce qu’elles ont construit. On sait que les écarts de salaires hommes-femmes sont aussi liés à ces pauses de carrière.  Mais on sent bien que Claire n’assume pas réellement tout ça, qu’elle ne vit pas bien cette pression. C’est la compétition incessante, que le management a tendance à développer dans les entreprises. Quelques cases suffisent à l’autrice pour en donner l’illustration.

Résultat? Un couple qui se délite, un mari rejeté par sa femme, une femme incomprise et au coeur de leurs exactions, une personne, Udama. Mais pas si innocente que ça.

Udama: Un personnage principal ambivalent

Entendons-nous bien. Oui, Udama est totalement victime de l’absence totale de considération de ses employeurs. Ils n’ont que faire de sa vie à elle, seule la leur a de l’importance (on nuancera entre Claire et Hervé, qui n’ont pas les mêmes réactions à ce sujet). Ils la savent en situation de faiblesse, avec un gros besoin d’argent, sans possibilités de refuser leurs demandes égoïstes. A tel point que des demandes bien moins acceptables vont s’exprimer. Ils n’ont pas de considération pour son intégrité.

Victime d’accord, mais Zelba, l’autrice, ne la présente pourtant pas comme un ange et ça c’est intéressant. C’est la grande force de ce récit. Udama va faire le nécessaire pour nourrir ses enfants et solutionner ses problèmes. Quitte à marcher sur moins motivée qu’elle.
C’est vraiment l’illustration d’un modèle de société, dans lequel la solidarité n’a pas de sens. Elle devrait bénéficier aux plus faibles, elle devrait faire sens pour eux. Mais pour eux non plus elle n’a pas de signification. Bravo à Zelba pour avoir su nuancer son personnage et le rendre au final très juste, très humain.

Un bémol, la conclusion

Si j’ai passé un bon moment de lecture avec Udama, j’aurai tout de même un regret sur la toute fin du récit, qui me semble tomber un peu par surprise.
Je parle, sans en dire trop, de l’évolution du couple. Qui finit par se retrouver dans une situation tout à fait inattendue au vu du reste de l’histoire. On ne comprend pas pourquoi Claire change. Est-ce parce qu’elle a eu le sentiment d’être allée trop loin? Difficile à dire. Pour moi l’autrice rate un peu cette dernière scène qui aurait mérité d’être introduite plus en amont dans le récit pour que le lecteur comprenne bien ce qu’il se passe.

En conclusion, allez-y!

Si vous ajoutez à ce propos vraiment intéressant, traité avec juste la pointe de piquant qui stimule l’esprit, un dessin bien en place qui fait la part belle aux personnages et à leurs émotions, vous avez donc un album vraiment plaisant à découvrir pour ce début d’année 2017.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

16.75/20

 

Titre: Udama, chez ces gens-là
Autrice: Zelba
Editeur: La Boîte à Bulles
Collection: Hors-champ
Date de publication: Février 2017
Nombre de pages: 112
Prix: 20€

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2 réflexions sur “Udama, chez ces gens-là, Zelba, La Boîte à Bulles

  1. Merci pour cette critique qui cerne assez bien ce que j’ai voulu raconter ! Quant à la fin, j’espère que plusieurs lectures sont possibles… 😉

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