Les chiens de Pripyat tome 1- Saint Christophe, Aurélien Ducoudray, Christophe Alliel, Grand Angle

 

les-chiens-de-pripyat-tome-1Les chiens de Pripyat tome 1: Ducoudray dans l’art de l’invisible

Nouvel opus pour Aurélien Ducoudray, LE scénariste de 2016, qui n’attend décidément pas longtemps pour venir nous impressionner encore.
Il nous emmène cette fois au cœur de la zone irradiée de Tchernobyl, pour une histoire qui joue avant tout sur la menace invisible que nous, lecteurs, percevons fort bien.

Il y a le bon et le mauvais chasseur…

La centrale nucléaire de Tchernobyl a explosé. Toute la population de la ville et largement autour, a été évacuée et ne reviendra jamais. Mais toutes ses personnes sont parties en ne laissant pas que des objets derrière elles. Elles ont aussi laissé leurs animaux de compagnie. Le pouvoir soviétique, craignant de voir se développer des meutes sauvages susceptible de propager les radiations, décida d’offrir une grosse somme à tout chasseur ramenant la tête d’un chien de la zone interdite. Kolia, 16 ans, avec son père, amènent un petit groupe d’amis à eux pour cette chasse miraculeuse. Mais le jeune homme va découvrir bien plus, au milieu des ruines, que des canidés privés de maîtres.

Les chiens de Pripyat tome 1: Quand le lecteur en sait plus que les personnages

Il m’a fallu deux bonnes lectures pour réussir à placer des mots sur le sentiment qui m’avait saisi dès le début de ma lecture. Aurélien Ducoudray, le scénariste, me semble réussir un sacré tour de force. Il place une bonne part de la tension de son livre, hors de celui-ci.  Ou de manière invisible à ses personnages. Car rappelons-le, Kolia et les amis de son père sont en plein Tchernobyl. Au coeur d’une des zones les plus irradiées au monde. Mais ça, c’est une information que seuls nous lecteurs, possédons. Eux, ignorent le danger qui les assaille déjà de toute part. Alors, une alchimie étonnante se crée, une véritable empathie pour les personnages, que l’on sait condamnés à court ou moyen termes, tant ils sont en train d’emmagasiner de la radioactivité en eux.
Ces personnages renvoient au destin des liquidateurs, ces hommes (je crois, majoritairement) envoyés pour mettre fin à l’incendie et boucher le réacteur béant, sans que personne ne leur dise rien du danger mortel auquel ils faisaient face.

Quelle tristesse, donc, de voir ces personnages vivre et évoluer dans ce lieu qui va les tuer. Aurélien Ducoudray redonne vie à des images fantomatiques que nous avons tous vu. Ces fantômes, évoqués à plusieurs reprise, que nous sommes donc en partie. Témoins impuissants de leur sort funeste.
Disons-le, il y a encore là le signe d’une grande intelligence d’écriture de la part du scénariste. Il implique immédiatement le lecteur dans son histoire, l’oblige à avoir peur de ce qui arrivera aux personnages et l’oblige à assister à ce lent assassinat. Curiosité morbide, sentiment d’humanité, je ne sais à quelle partie de nous il est fait appel. J’espère à la meilleure.

Et au delà, que trouve-t-on?

J’ai largement mis l’accent sur cette astuce d’implication que je trouve brillante, mais Les chiens de Pripyat, ce n’est pas que ça. C’est, comme toujours avec Aurélien Ducoudray, une galerie de personnages extrêmement bien troussés, qui permettent chacun d’écrire sur les difficultés des populations soviétiques de cette époque. Le père de Kolia vous glacera le sang par sa cruauté, son rapport violent à tout autre que lui. Pravda, c’est le stress post-traumatique des anciens de la guerre soviéto-afghane. Spoutnik, l’alcoolisme qui permet de vivre envers et contre tout. Autant de thèmes qui parcourent toujours la vie des populations de l’ex-URSS.
Et puis il y a Kolia. Vent de fraîcheur sur cet univers morbide. Seize ans, pétri d’espoirs et de rêves malgré son père qui fait tout pour l’endurcir. C’est lui, notre guide à Tchernobyl. C’est lui, qui va nous faire passer de l’autre côté du miroir, qui va nous amener au secret que Ducoudray a voulu insérer dans son histoire.

La claque Christophe Alliel

J’avais déjà lu un livre du dessinateur Christophe Alliel, qui met en scène cette aventure (pour rappel, le découpage précis case à case est une création du dessinateur, avec Aurélien Ducoudray) et si j’en avais gardé un souvenir agréable, il était loin d’atteindre le niveau des chiens de Pripyat. Décidément, Grand Angle s’offre des dessinateurs de premier plan, de plus en plus souvent. Son dessin est sommes toute classique, mais il est exécuté avec une maîtrise impressionnante. Il ne dépareillerai pas aux côtés des grands de Dupuis, genre Gazotti ou Janry. Un trait réaliste mais un trait qui apporte de la rondeur, de la souplesse, aux scènes dessinées. Un dessin bienveillant, oserais-je le qualifier, qui fait du bien à ses lecteurs. Très habile dans les scènes de dialogues, quand il s’agit de faire parler les émotions, il est aussi sans aucun reproche dans les plans larges qui donnent à voir ce monde coupé de la temporalité humaine.
Son utilisation de la couleur pour enrichir les ambiances est là aussi sans défaut.

Un diptyque dont on attendra le tome 2

Que dire de plus maintenant? On a un très bel album, intelligemment réalisé, qui réserve un retournement de situation assez conséquent en toute fin d’album (je n’en ai volontairement pas parlé), bien dessiné… Les chiens de Pripyat figurera assurément dans les belles pièces du catalogue Grand Angle et c’est avec impatience que j’attendrai 2018 pour lire la seconde partie de ce récit.

Série: Les chiens de Pripyat
Tome: 1
Titre: Saint Christophe
Scénariste: Aurélien Ducoudray
Dessinateur: Christophe Alliel
Coloriste: Magalie Paillat
Editeur: Grand Angle
Date de publication: Janvier 2017

ET SI ON DONNE UNE NOTE?
18/20

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7 réflexions sur “Les chiens de Pripyat tome 1- Saint Christophe, Aurélien Ducoudray, Christophe Alliel, Grand Angle

  1. Le sujet, bien que lourd, me tente bien, mais je vais certainement attendre la sortie du tome 2 pour lire l’histoire en une seule fois, car sinon ça peut être frustrant.

  2. Rah, faut pas, les auteurs ont besoin de vendre leur tome 1, pour sortir dans de bonnes conditions leur tome 2 (de manière générale, hein, pas Ducoudray chez Grand Angle…)

  3. Je comprends bien, mais en tant que lecteur, c’est bien frustrant de ne pas avoir la suite (d’ailleurs, pourquoi est-ce que ça ne sort pas en un tome dès le début ? une histoire de sous ??)

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