Invisibles Awards 2016: Les scénaristes bd

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Non, ils ne font pas que remplir le texte dans les bulles.
Le scénariste de bande dessinée est évidemment le créateur de l’histoire, celui qui définit à la fois l’intrigue, les péripéties, les personnages et les dialogues. Parfois même, il est metteur en scène, réalisant les story-boards de l’album.

Cette année, le coup de projecteur est mis sur Aurélien Ducoudray au regard de la pléthore d’albums qu’il a sorti. La masse ne suffit pas,si la qualité n’est pas présente. Si ce scénariste s’essaye à des genres très différents, une constante demeure, son exigence dans la qualité des histoires. Il méritait bien, cette année, d’être mis à l’honneur.

Maintenant, allons voir face à qui il concourrait.

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Séverine Gauthier, Aliénor Mandragore/ L’épouvantable peur d’Epiphanie Frayeur, Rue de Sèvres/ Soleil

Scénariste déjà mise en avant l’an dernier, Séverine Gauthier n’a rien fait pour me contredire cette année, bien au contraire.
Il n’y aurait qu’Aliénor Mandragore, on aurait déjà une excellente histoire tout public, jouant avec fraîcheur avec les codes du mythe arthurien.
Mais il y a eu l’épouvantable peur d’Epiphanie Frayeur, et ça a bien suffit pour que j’envisage de lui décerner la première place. C’est une histoire profonde, symbolique, intelligente, écrit avec une précision d’horloger, autant dans les évènements que dans les dialogues. Deux lectures ne suffisent pas pour capter toutes les nuances, tous les sens cachés, qu’a placé Séverine Gauthier. C’est juste un petit bijou d’écriture. Et vous aurez noté que cet album apparaît dans de nombreuses catégories des Invisibles Awards, c’est vous dire sa qualité.

Régis Hautière, Alvin, Dargaud

Avant Epiphanie Frayeur, Régis Hautière a longtemps tenu la corde pour la première place de ce classement.
Ce tome 2, concentré d’humanité et de poésie vient enfoncer le clou après deux albums d’Abélard, et un premier d’Alvin. Il y a une profonde réflexion sur ce que l’humanité a de commun, sur le racisme, le rejet. Tout ça sous couvert de road-trip familial.

Alvin, c’est juste du très bon, bravo à Régis Hautière pour la qualité de son travail. Mais je n’ai lu qu’un album de lui, ce n’était pas suffisant pour dépasser les deux premiers scénaristes.

Zidrou, L’adoption/ Boule à zéro, Grand Angle/ Bamboo

Humanité au programme, là encore, avec Zidrou. Boule à Zéro, c’est vraiment une série très maline, une histoire qui parle aux enfants de sujets graves, sérieux voir chiants, sans jamais pouvoir les ennuyer. Le personnage de Zita apporte une respiration incroyable à ce qui aurait pu donner autrement une histoire très « pathos ».
Et puis il y a L’adoption. un des albums de l’année, clairement, avec un scénario inhabituel, autour de l’adoption, dont on sent vers quoi il nous mène mais qui nous gifle sèchement quand même à la fin. Mon seul regret, j’aurai aimé que ce soit un one-shot et que l’histoire se termine ainsi. D’après Arno Monin, le dessinateur, Zidrou a vraiment réussi à faire un excellent tome 2, je pense qu’on en reparlera en 2016.

Warren Ellis, Planetary, Urban Comics

Changeons de style avec Warren Ellis et son hommage aux comic-books de super-héros.
C’est déjà plus bourrin, mais ça reste incroyablement intelligent. A travers le trio de Planetary, le scénariste vient explorer les différentes facettes de l’univers DC Comics. On a des épisodes bourrés de référence, qui demanderont une véritable culture comics pour être parfaitement appréhendés. Et puis, il y a son épisode consacré à Batman. Un épisode hommage aux différents visages du personnage, dues au style propre des comic-book. C’est juste brillant. Rien de moins.

Kurt Busiek, The Autumnlands, Urban Comics

Kurt Busiek m’a surpris. C’est un excellent scénariste; ça, je le savais. Mais je ne connaissais pas The Autumnlands, la série était passée sous mes radars, alors que je suis normalement attentif à ce qui se passe aux US. J’ai aimé l’univers qu’il nous a proposé, cohérent, bien construit. Et j’ai adoré la façon qu’il a de le foutre en l’air en un retournement. Une très belle réflexion sur ce que l’on pense savoir de notre passé.
Intelligent, fun, bourré d’action et de beauté, vraiment, Kurt Busek a frappé fort là.

Hubert, Les ogres-dieux, Soleil

Ah, elle est élégante cette histoire. Elégante et cruelle, terriblement personnelle autant que symbolique.
C’est une vrai réflexion sur le pouvoir politique que nous offre Hubert à travers ce tome 2des Ogres-Dieux. Je ne pouvais donc pas y rester insensible.

Et puis, il y a cette volonté de construire un univers cohérent, qui tienne de bout en bout. Un univers de Conte à part entière. Mais des contes comme ils étaient à l’origine. Cruels, sombres.

Faire du Perrault et du Grimm réactualisé XXIe siècle, chapeau bas!

Luc Brunschwig, Le pouvoir des innocents Cycle 2/ Leviathan/ Bob Morane Renaissance

J’ai pinaillé sur son pouvoir des innocents, certainement, mais quand on regarde l’année de Luc Brunschwig, bon sang, elle a quand même la classe. Son Leviathan et son Bob Morane parviennent à proposer des visions intelligentes et pourtant grand public de grands stéréotypes tels que l’aventurier ou le scénario-catastrophe. Seul bémol qui l’empêche de figurer plus haut dans ce classement, deux œuvres sur trois sont faites à quatre mains. Il m’aura manqué la grosse baffe, le coup de coeur pour une œuvre écrite par lui seul, qui l’aurait fait grimper quelques places au dessus.

Il faut bien séparer le très bon de l’excellent.

Robert Kirkman, Walking Dead, Delcourt

La valeur sûre du comic-book. Son Walking Dead, plus de 23 tomes sortis et donc une grosse centaine d’épisodes, ne déçoit toujours pas. Il peut surprendre, dérouter, mais décevoir, impossible. Son écriture est toujours aussi forte et la façon dont il nous torture le cerveau autour de la relation Rick/ Negan est juste complètement tordue. Un vrai tour de force, après tant de temps.

Frédéric Maupomé, Supers, Editions de la Gouttière

Mon coup de coeur jeunesse de l’année ne pouvait pas voir son scénariste sortir de ce top 10.
Réussir à mêler une réflexion sur les rapports parents-enfants, sur l’enfance en danger et une histoire de super-héros, il fallait oser, Frédéric Maupomé l’a fait. Il propose une historie finalement très sombre à un public d’enfants qui n’est pas habitué à être traité si durement. Mais pourtant, il y a une alchimie qui fonctionne, qui fait que jamais le livre ne paraît trop sombre, trop dur.

Ce parfait équilibre scénaristique méritait d’être mis en avant aujourd’hui.

 

 

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