Bugaled Breizh- 37 secondes, par Pascal Bresson et Erwan Le Saec, aux éditions Locus Solus

bugaled-breizh-37-secondesBugaled Breizh- 37 secondes: Le JFK de la Bretagne?

Tout le monde a en tête le JFK d’Oliver Stone sorti en 1991? Ce film qui s’engage en montrant, de façon romancée, comment Lee Harvey Oswald n’est pas le véritable assassin de Kennedy?
Toute proportion gardée, Pascal Bresson adopte le point de vue similaire, vis à vis de l’affaire du Bugaled Breizhe chalutier breton coulé dans la manche en 2004.
Romancer son enquête pour démontrer l’existence d’un « complot », d’un silence coupable tout du moins.  On décrypte l’œuvre ensemble.

C’est pas la mer, qui prend l’homme

37 secondes. C’est le temps que va mettre le chalutier Bugaled Breizh pour couler dans les profondeurs de la Manche, pendant l’hiver 2004. Toute une région porte le deuil des cinq marins portés disparus, mais un homme va s’impliquer plus encore. Arthur Bossenec, journaliste d’investigation sur le déclin, n’arrive pas à se satisfaire des déclarations officielles. Son but, réussir à faire parler la Grande Muette qui, pour lui, cache le secret du véritable sort du Bugaled Breizh.

Bugaled Breizh, Pascal Bresson s’engage

Athur Bossenec n’existe pas, c’est un personnage inventé par le scénariste, Pascal Bresson, pour lui permettre de venir fourrer son nez dans les évènements liés au naufrage du Bugaled.
C’est toujours une question difficile à trancher, pour un scénariste qui veut se mêler d’actualité, qui veut faire du reportage militant en bande dessinée. Où doit-il se placer? Doit-il se mettre en scène, comme le fait par exemple Etienne Davodeau? Ou au contraire, doit-il se cacher, disparaître? Mais comment justifier la narration, l’histoire?

La solution adoptée par Bresson est la bonne réponse: si le scénariste n’apparaît pas, alors il lui faut un personnage qui puisse le faire à sa place. Quoi de mieux qu’un journaliste pour enquêter, à part à policier? Qui a dit Tintin, Spirou, Clark Kent…
Un journaliste, c’est possiblement indépendant des pouvoirs publiques, cela permet donc d’enquêter en parallèle quand la vérité officielle ne vous convient pas.
Alors ne faisons pas les naïfs. Arthur Bossenec, d’une certaine façon, c’est Pascal Bresson, même s’il a cherché à vraiment faire son travail de scénariste en développant une histoire personnelle à Arthur, en marge de l’affaire. On sent sa volonté de nous convaincre, on sent l’envie qu’il a de partager ses doutes, ses colères.

Les mots d’Arthur sont ceux de son créateur.

Complot, vous avez dit complot?

Sur le fond, rappelons que les pouvoirs publics nient l’implication d’un sous-marin militaire français ou étranger dans le naufrage du Bugaled Breizh. Cette hypothèse est largement démentie, alors pourtant qu’elle nourrit profondément les doutes des familles des victimes.

Alors quoi, il y a complot de la marine nationale pour cacher cette bavure militaire qui gênerait nos partenaires militaires?
Pascal Bresson prend le parti que oui. Il milite ardemment pour cette thèse, qu’il met en scène tout au long de l’album.

Ce qui est compliqué, c’est que comme pour Oliver Stone et son film, on ressort de cette lecture en prenant fait et cause pour la thèse du sous-marin. Parce que tous les doutes qui sont servis, le sont toujours pour démonter la thèse officielle. Rien ne vient jamais contredire le propos du scénariste, qui d’ailleurs met en scène lui-même le sous-marin. Pas dans l’acte de couler le bateau, mais la scène d’introduction nous place quand même dans un tel bâtiment.
On a envie d’y croire, à cette thèse. On a envie de suivre Arthur Bossenec dans son combat face à l’armée qui n’est jamais surnommée la Grande Muette pour rien. De ce point de vue là, il a donc réussi son pari, réussi son album. Mais il me reste quand même la question, la thèse n’est-elle pas trop romanesque pour être vraie? Ce livre est un appel à aller se renseigner par soi-même, si l’on veut se faire une idée définitive sur la question. Si tant est que ce soit possible.

La sobriété du dessin d’Erwan Le Saëc

Les bandes dessinées de reportage sont rarement réputées pour leur folie graphique. Le but n’est pas de sortir des planches dignes d’un musée, mais de transmettre des informations.
A ce titre, le choix de faire appel à Erwan Le Saëc a été le bon. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je n’ai pas écrit ni encore moins voulu dire que les dessins de bd de reportages étaient indignes. J’ai dit qu’ils avaient une vocation spécifique. Ils doivent favoriser la transmission d’un message, parce que c’est cela, l’important. La thèse à défendre, dans le cas présent.

Erwan Le Saëc a choisi de travailler en noir et blanc, avec des nuances de gris pour apporter densité, textures et profondeur aux cases. La mise en scène est classique, ne craint pas de faire usage du « gauffrier » de cases. Il fait le travail qu’on peut attendre de lui en cette occasion. Créer de l’attachement pour le témoin, favoriser l’immersion dans les situations données à voir.

Et de ce point de vue là, le travail d’Erwan Le Saëc est une complète réussite. C’est son apport qui fait de cette histoire une lecture passionnante et une véritable enquête qu’on prend plaisir à dévorer.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?
17/20

 

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Titre: Bugaled Breizh- 37 secondes
Scénariste: Pascal Bresson
Dessinateur: Erwan Le Saec
Editeur: Locus Solus
Date de publication: Octobre 2016
Nombre de pages: 144
Prix: 20€

 

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