Un bruit étrange et beau, Zep, rue de Sèvres

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Un bruit étrange et beau, par Zep: l’album qui va vous clouer le bec!

Un nouvel album pour Zep, le dessinateur de Titeuf, chez Rue de Sèvres, autant se dire que tous les blogs ou presque vont le faire, ainsi que les sites spécialisés bd.
Se posent donc deux questions, pour vous lecteurs: Avez-vous intérêt à lire cet album, et avez-vous intérêt à lire cette chronique?
La réponse est simple, oui, Zep a produit un excellent album, vous ne devez pas le rater.  Et pour cette chronique, sachez que cette histoire de moine sortant de sa retraite à réussi à faire taire le gros méchant anti-clérical que je suis. Si c’est pas une bonne raison de lire ce qui suit…

Il descend de sa montagne à ….

William est devenu moine. Cela fait plusieurs décennies qu’il a rejoint une communauté de chartreux, isolés dans la montagne. Il a fait vœux de silence, comme l’ensemble de ses frères. Et cette vie lui convient comme elle est, ce fût son choix que de chercher à trouver Dieu. Mais pourtant, un jour, il doit retourner dans le monde. Sa tante est morte, et il doit se présenter à l’ouverture du testament. Cela ne lui plaît guère, mais il y a peut-être opportunité à saisir pour la communauté.
Dans la ville-lumière, William va faire une rencontre qui va créer le doute en lui.

Zep: l’élégance du trait

Avant que je ne décrypte le scénario présenté ci-dessus, laissez-moi vous parler un peu du dessin de Zep.
Ces compétences graphiques ne sont plus un secret. Son premier album chez Rue de Sèvres avait déjà montré que l’artiste ne se limitait pas à son trait humoristique mis en place sur les albums de Titeuf.

Un bruit étrange et beau vient enfoncer le clou en nous offrant un dessin toujours aussi expressif et harmonieux. Un trait simple, économe, mais qui fait la démonstration que le superflu n’est jamais indispensable. D’une certaine façon, ce dessin est à la hauteur des enjeux scénaristiques: épuré, réfléchi, affiné. Il transmet les émotions, les doutes, les peurs, les joies.

Mais il n’y a pas que le dessin. Zep continue de réfléchir à l’utilisation de la couleur. Une fois encore, il travaille sur des cases mono-chromes. Parfois, pour signaler d’autres époques, il mêle au sein d’une même page, plusieurs couleurs. Sans doute nous propose-t-il une réflexion sur l’émotion. Comme s’il cherchait à partager avec nous la vibration de la longueur d’onde d’une couleur. Sans nous le dire, juste en partageant la dite couleur…

Décidément, ce Zep en la largement sous la pédale.

Un bruit étrange et beau: celui du renoncement au monde?

William est donc le héros de cette histoire. Comme je le disais, c’est un moine chartreux ayant fait vœux de silence. Autrement dit, à priori, un personnage avec lequel j’aurai assez peu d’affinités.
Mais la force de Zep, dans cette histoire, c’est qu’il nous offre une véritable compréhension de son personnage. En parcourant ses souvenirs, son passé, ses rencontres nouvelles, on cerne de plus en plus le personnage. Ou du moins, on s’en fait une image. Sans doute propre à chacun, mais nous y reviendrons au paragraphe suivant.

Dans la confrontation à la fameuse tante, on sent tout le malaise du jeune William. Toute son inadaptation au monde qu’on veut pour lui. Zep nous montre comment le personnage a fait ses choix et il n’hésite pas à donner de nombreux détails. Comme s’il cherchait à disséquer la psyché de William, en une sorte de psychanalyse du renoncement au monde.

Et puis vient cette tentation. En bonne question chrétienne, la tentatrice sera une femme. Une femme plus jeune que William, jolie, mais surtout mourante. Elle aussi a renoncé au monde, qui a renoncé à elle. Mais d’une façon différente. William va donc se voir proposer un miroir. Ses peurs, ses doutes, il va devoir y faire face. L’intérêt résidant dans le « comment« , je n’en dirai pas plus ici.

Une fin qui conviendra à chacun

Je me contenterai d’écrire quelques mots sur la conclusion de cette histoire, que je trouve TRES intelligente.
Parce qu’elle s’avère propice à deux analyses tout à fait différentes mais tout à fait légitimes. Que vous soyez croyant ou non-croyant, vous pourrez comprendre la fin selon vos valeurs, selon ce qui vous parle à vous. C’est vous qui ferrez la conclusion de cette histoire, qui pourrez dire si elle fini bien, ou si elle se termine tristement.

Et il faut en avoir, du talent de narrateur, pour s’offrir un tel luxe…

Quelqu’un veut encore l’ouvrir?

Lisez Un bruit étrange et beau, le nouvel album de Zep aux éditions Rue de Sèvres. L’auteur suisse montre combien son œuvre gagne en complexité au fil des années. Il serait dommage de rater une nouvelle étape dans son épanouissement.

 

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

18.75/20

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Titre: Un bruit étrange et beau
Auteur: Zep
Editeur: Rue de Sèvres
Date de publication: Octobre 2016

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12 réflexions sur “Un bruit étrange et beau, Zep, rue de Sèvres

  1. Pingback: Un bruit étrange et beau | Le Bibliocosme

  2. Bien envie de lire cet album, après avoir beaucoup aimé une histoire d’hommes… Je le mettrai peut-être sur ma liste de Noël… 😉

  3. Pingback: Invisible Awards 2016: Les One-Shots | Les Chroniques de l'invisible

  4. J’ai beaucoup aimé cette BD et ta critique est excellente, j’y trouve tout ce que j’ai ressenti à la lecture de la BD. Pas besoin d’écrire un article, tout est là !

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