7 Cannibales, Sylvain Runberg, Tirso, Delcourt

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7 Cannibales par Sylvain Runberg et Tirso: Promis, vous ne ferez pas la fine bouche!

Troisième saison en cours pour la série concept de chez Delcourt, 7. Et dix-neuvième album de la série. Est-il encore possible pour les auteurs de trouver de bonnes histoires à raconter autour de ces 7 personnages, autant le dire tout de suite, la réponse est oui. Si vous avez envie d’un bon petit thriller rythmé sur les chapeaux de roue, alors 7 Cannibales devrait pleinement vous satisfaire.
Alors, alléchés?

7 Connards sur la ligne de départ (Air connu)

Ils sont 7. Ils se sont connus à l’université, venus des quatre coins de l’occident. Persuadés de faire partie de l’élite, la représentant réellement, ils s’accordent chaque année une semaine loin de leurs vies, de leurs familles. Une semaine de stupre, de débauche. Et surtout, une semaine au cours de laquelle ils dévorent une jolie proie innocente. Et humaine.

7 Cannibales: Sylvain Runberg lance le chrono à la page 1

Je n’aurai de cesse de le dire, je trouve le scénario de Sylvain Runberg extrêmement bien mené, et je pense que c’est toute la force de cet album de bande dessinée concept.
Évidemment, il y a déjà cette idée de prendre pour « héros » 7 personnages cannibales. Et de le poser en plus quasi dès les premières planches. On va donc passer toute une grosse partie de l’album avec un profond sentiment de malaise. On a clairement des prédateurs, des êtres malades, pathologiquement égocentriques, que l’on voit à la fois dans leur quotidien et dans leurs exactions. Oui, parce qu’il y a une philosophie développée derrière leur cannibalisme. Une forme d’hyper-capitalisme, de darwinisme social méprisant poussé à l’extrême. Latter du clochard au petit matin, quoi de plus réjouissant?

On subit donc ces actes ignobles, et le scénariste enchaîne les situations gênantes avec la vitesse d’une voiture de sport (oui, les cannibales sont aussi amateurs de voitures, vous verrez).
Et dans le même temps, ce terrible scénariste nous oblige à assister au « recrutement » de leur future victime, à la voir évoluer dans toute son innocence, avec ses proches. Le parallèle en devient difficile à soutenir. On se demande quels outrages va nous infliger le scénariste.

Tu veux pas du spoile, tu passes au paragraphe suivant!

fly-you-fools

Non, je ne peux pas m’en empêcher, il faut que je parle du tournant du livre.
Comment, vous êtes encore là, vous qui ne voulez pas de cette révélation? Mais fuyez pauvres fous! Et plus vite que ça! Mais revenez quand vous aurez lu l’album, histoire qu’on se fasse plaisir ensemble.

 

Prêts, vous êtes sûrs?
Ok, on y va. Sylvain Runberg est un sacré petit malin. Après avoir bien créé une atmosphère oppressante, où l’on en vient à attendre les horreurs à venir, comme anesthésiés, il nous plante un électrochoc qui nous prend par surprise: la victime n’en est pas une.
Et à partir de là, le rythme accélère encore, et la chasse commence, pas du tout de la façon dont on s’y attendait. Claire s’avère être en fait une soldate complètement badass, en mode Steven Seagle dans sa jeunesse, qui va donc se faire un à un les monstres. Ca défouraille dans tous les sens, les salopards s’en prennent plein la tronche, et on peut donc se réjouir et s’enthousiasmer sur ce massacre à rebours.

Et quand je dis qu’il est fort, le Runberg, c’est qu’au final on prend parti pour un personnage sensiblement aussi amoral que les cannibales, puisque grande fan de torture sur civil innocents.
On a finalement deux illustrations différentes de la violence de nos sociétés. De ces violences en partie acceptées, plus ou moins valorisées ou considérées comme légitimes. La violence symbolique financières des classes dirigeantes, la violence aveugle des soldats qui protègent les intérêts de la dite classe. Claire fait partie du même monde que ses chasseurs. Et ce n’est sans doute pas un hasard si l’album se conclue sur une forme de match nul. Comme un refus, pour le scénariste, d’accepter la grandeur de l’une ou de l’autre des violences. Alors qu’il nous a fait aimé ça.

Un sacré contrepied qui mérite vraiment de s’apprécier à la lecture.
Alors j’espère bien que tout ce paragraphe ne sera pas lu à la sortie de l’album. Et que j’aurai donné envie aux lecteurs de revenir parler des sentiments forcément étranges que leur aura inspiré cet album.

Tirso, un dessin comico-sombre

Là, normalement, j’ai retrouvé tout le monde. Ne levez pas les yeux, Gandalf vous adjoint de revenir sur ces lignes…
J’en termine sur cet album en parlant du dessin de Tirso,

Ses deux traits principaux en faisaient un choix tout à fait logique.
D’abord, par sa noirceur. Il utilise l’encre noire avec une grande justesse pour assombrir ses ambiances sans perdre en lisibilité sur le dessin.  Avec son trait un peu acéré, on a là des éléments idéaux pour soutenir le propos du scénariste Sylvain Runberg.
Et puis il y a sa narration, le rythme qu’il donne à ses cases. Un style très américain, très inspiré par les comic-book et qui, notamment sur la dernière séquence, convient fort bien au rythme extrêmement soutenu des évènements.

Autrement dit, Tirso, c’est un excellent Chianti pour accompagner des fèves au beurre… euh, pardon, un excellent dessin pour accompagner un scénario aussi frappé.

7 Saison 3, ça le fait!

Après le monumental 7 Nains, après le très inspiré 7 héros, David Chauvel, le directeur de la collection 7 nous montre que sa série concept en a encore largement sous la pédale.
Voilà une série qui malgré son contexte pas évident, fait de la contrainte une source d’inspiration toujours aussi… mordante.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

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Titre: 7 Cannibales
Collection: 7
Scénariste: Sylvain Runberg
Dessinateur: Tirso
Coloriste: Tomeu Morey
Editeur: Delcourt
Date de publication: Octobre 2016
Nombre de pages: 64
Prix: 15.5€

LA COLLECTION 7

7 Clones7-missionnairesSept nains

 

 

 

 

UNE BELLE BROCHETTE DE SALOPARDS

blast-tome-1Henri-Desire-LandruLa faute aux chinois

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3 réflexions sur “7 Cannibales, Sylvain Runberg, Tirso, Delcourt

  1. Je trouve la série « 7 » très inégale. Certains épisodes sont passionnants, d’autres bien plus oubliables… Ton enthousiasme à l’égard de cet opus a éveillé fortement ma curiosité. Je vais m’empresser de me le procurer au plus vite. Merci pour le tuyau. Au plaisir de te relire…

  2. Pingback: Sylvain Runberg et Tirso – Sept Cannibales | Sin City

  3. Pingback: 7 Macchabées, Henri Meunier, Etienne Le Roux, Delcourt | Les Chroniques de l'invisible

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