Bob Morane Renaissance tome 2- Le village qui n’existait pas, par Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray, Dimitri Armand, aux éditions du Lombard.

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Bob Morane Renaissance tome 2- Le village qui n’existait pas,
par Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray, Dimitri Armand,
aux éditions du Lombard.

Cette fois-ci, c’est promis, je ne vous parle plus d’Aurélien Ducoudray jusqu’à la fin de 2016. Le scénariste a décidément la baraka puisque ce ne sont pas moins de quatre albums scénarisés par lui qui sont sortis en cette fin d’année. Et il termine en fanfare puisque c’est avec la reprise de Bob Morane qu’il co-scénarise avec Luc Brunschwig, qu’il en termine. Personnage connu de tous et grand public peut-être, mais surtout, album exigeant et intransigeant.

BOB MORANE, AU CŒUR DE L’ENNEMI

Attaqué par des drones au service de terroristes, Bob Morane a dû prendre la fuite dans la jungle du nord Nigéria. Se faisant, il a découvert une ville n’apparaissant sur aucune carte. Une ville à la technologie de pointe inattendue dans cette région du monde. Mais Morane n’est pas le bienvenu en ces lieux. M. Ming, le créateur de la cité, veut le voir mort. Mais Morane ignore tout des accusations de trahison portées contre lui.

BOB MORANE RENAISSANCE : LA FACE CACHEE DE LA GEOPOLITIQUE

Grand public, Bob Morane ? Oui sans doute… Parce que proposant une vraie bd d’aventure, avec des personnages qui parlent au plus grand nombre, avec un dessin lumineux et attirant. Mais sous ce vernis de surface, Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray vous proposent en fait un scénario à la noirceur assumée, critique des manipulations des peuples par leurs dirigeants, politiques ou économiques.

Les deux scénaristes nous avaient prévenu à la sortie du tome 1, qu’ils prendraient cette voie, fruit de leur réflexion sur la nature de l’aventure et de l’héroïsme dans notre monde (Consultez notre interview croisée des deux auteurs). Bob Morane découvre qu’il a été utilisé, qu’il a été une couverture médiatique pour permettre à une entreprise véreuse et à un Etat post-colonialiste (la France, n’ayons pas peur de le nommer) de manipuler les cerveaux de la population nigériane. Le geste altruiste que croyait défendre Morane se retrouve sévèrement entaché, amenant le personnage à prendre son autonomie vis-à-vis de toute organisation.

LUC BRUNSCHWIG ET AURELIEN DUCOUDRAY : SCENARISTES DE LA COMPLEXITE HUMAINE

Le duo Brunschwig/ Ducoudray se montre particulièrement efficace dans la caractérisation des personnages, entre autres choses. Déjà frappant sur Leviathan tome 1, sorti en début d’année chez Casterman, cette qualité s’exprime pleinement sur Bob Morane Renaissance tome 2.
En dehors peut-être du chef d’entreprise, encore peu esquissé, tous les personnages agissent avec un code moral propre qui empêche de les cataloguer dès le départ entre vilains et gentils. Le manichéisme, ce n’est pas la tasse de thé du duo de scénaristes, et ils jouent le contre-pied à fond.
Prenons M. Ming, qui à mon avis est l’exemple le plus flagrant. Caricatural dans l’œuvre originelle, il est doté d’une histoire tellement solide et ambigüe dans cet album, qu’il en acquière un charisme à toute épreuve. De ce qu’on en perçoit, Ming est un homme bon. Un homme qui agit pour changer la vie des autres vers le mieux. Ce qu’est ce village censé ne pas exister. Il semble exercer une surveillance sur cet endroit, mais en même temps, il développe des règles très démocratiques dans a gestion des conflits, dans les rapports entre les gens. C’est un homme qui combat la lobotomie de masse promise par les français et dont il sera fait la démonstration au cours du récit. C’est lui, qui est du bon côté, dans cette histoire. Mais Bob Morane l’est tout autant, et l’incapacité de Ming à lui accorder un quelconque crédit va justement le pousser à s’en faire un ennemi. Faisant de Ming un méchant, puisque combattant le héros pour de mauvaises raisons. Vous voyez à quel point le personnage est travaillé ? Tous les rôles actifs de cette pièce sont traités de la même façon.
Et les évènements sont faits pour que le lecteur hésite en permanence à choisir un camp. Jusqu’à ce que Bob Morane devienne cet aventurier charismatique, ce héros indépendant et valeureux dont on tombe forcément amoureux.

DECOUPAGE ET DESSIN : BOB MORANE RENAISSANCE, DU GRAND SPECTACLE SUR PAPIER

Si on parle découpage, on sait de suite qu’on ne va pas trop parler du dessinateur. Avec Luc Brunschwig aux manettes, le découpage est réglé comme du papier à musique. Le scénariste a cette capacité incroyable de visualiser les scènes aussi bien que ses dessinateurs. Et croyez-moi que vous allez en prendre plein les yeux. La séquence d’introduction, mettant en scène la jeune Tania Orloff prenant une leçon, est un modèle de dynamisme.

Mais ce n’est pas pour autant que Dimitri Armand, le dessinateur, peut se la couler douce. Il faut pouvoir l’assumer, le découpage exigeant. Il faut pouvoir mettre en images les scènes d’action survitaminées. Il faut être assez solide, pour exceller autant dans les scènes de combats que dans les échanges entre personnages, tout aussi fondamentaux dans cette intrigue.
Dimitri Armand a cette force. Il en avait déjà fait la démonstration sur le western Sykes qu’il a signé récemment. Son dessin est digne d’un blockbuster de cinéma. Puissant, maîtrisé, expressif, il a tout ce qu’on peut attendre d’une série au potentiel aussi fort que celui de Bob Morane Renaissance. Et il faut savoir qu’Armand met aussi en couleur. Et que la force de son dessin vient aussi de là. Son regard, sa perception de la lumière, de la couleur, est d’une justesse incroyable. Il n’y a jamais de fausse note avec lui, d’ambiance mal placée. Quel plaisir !

PINAILLAGE!

Allez, pour conclure, je vous trouve un bémol ? Un petit, pour pinailler et ne pas tomber dans l’éloge total. Deux cases, mettant en scène les deux scénaristes dans le rôle de techniciens de maintenance, et dont le clin d’œil aurait suffit sur une seule case, comme pour le dessinateur (qui s’est taillé un rôle badass pour l’occasion). Dur n’est-ce pas, comme critique ? Les puristes regretteront la présence secondaire de Bill Balantine, mais il est évident que le personnage prendra toute sa place dans le prochain cycle.

Il n’en reste pas moins que Bob Morane Renaissance tome 2 confirme que Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray et Dimitri Armand ont signé un des meilleurs reboot de la bd franco-belge. En misant sur l’intelligence de leur lectorat. Messieurs, surtout, restez le plus longtemps possible !

Série :  Bob Morane Renaissance
Tome :  2
Titre : Le village qui n’existait pas
Scénaristes : Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray
Dessinateur : Dimitri Armand
Editeur : Le Lombard
Date de publication : Octobre 2016
Nombre de pages : 56, couleur
Prix :13.99€

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

18.75/20

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4 réflexions sur “Bob Morane Renaissance tome 2- Le village qui n’existait pas, par Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray, Dimitri Armand, aux éditions du Lombard.

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