A coucher dehors tome 1, par Aurélien Ducoudray et Anlor, aux éditions Grand Angle.

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A coucher dehors tome 1, par Aurélien Ducoudray et Anlor, aux éditions Grand Angle.

C’est quoi les sujets sociétaux les plus plombants ? Non, mais des trucs un peu consensuels, pas trop clivant comme les migrants (déjà traité dans Békame tomes 1 et 2) ou le mariage pour tous. Les SDF ? Oui, c’est triste quand même, ces gens, à la rue. Et les handicapés. Téléthon, solidarité, ils sont gentils mais un peu bêtas…
Aurélien Ducoudray a donc décidé de prendre les deux sujets à la fois pour nous offrir une histoire énergique et piquante, mis en scène de la même façon par la dessinatrice Anlor chez Grand Angle.
J’vous fais l’état des lieux ?

Asociaux, sans logement : le miracle peut quand même vous tomber dessus.

Amédé est du genre vieux briscard de la rue. Le pavé, ça fait des années qu’il s’y frotte, il s’y est même fait des amis, La Merguez et Prie-Dieu. Et un matin que les poulets viennent leur chercher des noises, un notaire vient apprendre au bonhomme qu’il hérite de la maison d’une tante qu’Amédée croyait morte. Seul souci, pour avoir la maison, il faut aussi prendre le fils de la tante, adulte mais trisomique.
Irresponsable et sans logement jusque-là, Amédée voit son quotidien quelque peu révolutionné…

A coucher dehors tome 1 : Non, Ducoudray ne se rate toujours pas.

Il est productif, le scénariste Aurélien Ducoudray. Trois albums BD publiés en ce seul mois de septembre. Et un dernier à venir pour le mois d’octobre (Bob Morane Renaissance tome 2, pour ne pas le citer). Alors bon, sur le lot, il y aura bien du déchet, pourrait-on se dire. Mais non, toujours pas. Ducoudray se renouvelle, il explore des sujets très différents, mais la qualité demeure. Parce qu’il cultive ses points forts, et que le lecteur ne peut guère les bouder.

Premier point fort, la caractérisation des personnages. Dans A coucher Dehors tome 1, les quatre personnages principaux vous seront immédiatement sympathiques. Amédé, c’est le gros bourru au cœur tendre. Prie-Dieu, le gars qui cherche toujours à tout concilier, le trait d’union vivant. La Merguez, c’est le rescapé au regard très distancié sur la vie. Et puis il y a Nicolas, l’enfant porteur de trisomie 21 (Alors oui, moi, je suis aussi éducateur, donc attendez-vous à trouver les mots adéquats pour parler du handicap), touchant parce que dans la lune, touchant parce que terriblement dans la compréhension des choses qui l’entourent. Non, ce n’est pas antinomique.
Et quand ces personnages se mettent à parler, le scénariste vous en met plein les oreilles. Ses dialogues sonnent avec une incroyable justesse. On les entend, on les savoure et on sourit devant tant de bons mots.

Aurélien Ducoudray : le scénariste social-roublard

Son deuxième point fort, c’est incontestablement sa capacité à digérer les sujets les plus rebutants pour nous les faire vivre intensément. Sa précédente série avec la dessinatrice Anlor, Amère Russie, avait déjà réussi à nous faire nous intéresser à la complexe guerre de Tchétchénie. Il nous donne l’impression de parfaitement maîtriser son sujet. Et des sujets, il en traite de multiples et variés. Alors, Aurélien Ducoudray est-il un monstre de connaissance ?

Je pense plutôt qu’il est malin. Qu’il a de bonnes capacités de synthétisation et de compréhension du monde. Ce qui fait qu’avec peu de connaissances théoriques, il parvient toujours à nous offrir des récits qui sonnent juste et vrai.
Il ne fait pas une étude sur l’errance, ou sur le handicap. Pour connaître un peu des deux, je vois bien qu’il sait de quoi il parle, tout en restant en surface. Mais comme son fond est pertinent, qu’il introduit les bons rebondissements que peuvent lui offrir le dit fond, et que ses personnages font mouche dès qu’ils apparaissent, l’histoire est tout simplement très réussie.

Une dessinatrice piquante et en constante évolution : Anlor

Regardez donc les productions albums BD d’Anlor ces dernières années, chez Grand Angle. Les innocents coupables, avec Laurent Galandon, et Amère Russie dont je vous ai déjà parlé. Comparez-les donc. Ils possèdent tous une même identité, sans doute une certaine nervosité dans le coup de crayon, une énergie que la dessinatrice veut nous transmettre. Mais regardez aussi ce qui les différencie. Il me semble que pour Amère Russie, son trait était somme toute un peu plus doux. Comme si le personnage de la petite mère, et la cruauté du sujet, l’avaient amené à arrondir son trait pour nous rendre le propos plus acceptable. Dans A coucher dehors, il me semble qu’Anlor se montre en harmonie avec son scénariste et que son dessin se fait plus piquant, un peu plus caricatural dans les portraits dessinés. Comme si elle avait voulu rajouter de la légèreté, de petites bulles graphiques pour venir nous aérer la tête et nous faire partager les caractères « too much » des personnages. C’est une belle marque d’intelligence, que de réussir ainsi à faire évoluer son style à l’histoire qu’on est chargé de mettre en dessins.

 

Sans doute plus léger que L’anniversaire de Kim Jong-Il qu’Aurélien Ducoudray vient de sortir chez Delcourt, A coucher dehors tome 1 est un album intelligent, qui nous dit beaucoup de choses, pour peu qu’on veille bien regarder au-delà de l’exubérance des personnages.
Une troisième réussite pour le scénariste en cette rentrée, donc.
Ah, et dans le doute, achetez les trois bouquins, avec Mort aux Vaches paru aux éditions Futuropolis. Vous ne regretterez aucun des achats.

Série : A coucher dehors
Tome :  1
Scénariste : Aurélien Ducoudray
Dessinatrice : Anlor
Editeur : Grand Angle
Date de publication : Septembre 2016
48 Pages Couleurs
Prix: 13.90€

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2 réflexions sur “A coucher dehors tome 1, par Aurélien Ducoudray et Anlor, aux éditions Grand Angle.

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