S’enfuir, récit d’un otage, Guy Delisle, Dargaud

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Titre : S’enfuir, récit d’un otage
Auteur : Guy Delisle
Editeur : Dargaud
Date de publication : Septembre 2016

Un nouveau Guy Delisle ? Mais bien volontiers. La description de l’éditeur ? Oula, du calme, faut pas s’enflammer comme ça… Oui, Delisle, c’est bien ça a du succès, mais quand même…
Ca, c’était avant ma lecture de l’album. Après, il a fallu à tout prix que je vienne poser mes mots ici. C’est vous dire si l’éditeur avait raison, en fait.

Christophe travaille dans l’humanitaire. Ca fait quelques mois qu’il bosse dans une République russe, du côté de la Tchétchénie, l’Ingouchie. Il s’occupe des finances, de l’administratif. Une nuit, il est tiré de son sommeil par des hommes en armes. Le coffre-fort est plein, la paye tombe le lendemain, Christophe pense que les types vont faire un casse tandis qu’ils commencent à l’emmener. Mais le coffre, ils s’en moquent. Ils emmènent Christophe qui comprend que la cible, c’était lui. Le voilà devenu otage. L’affaire de quelques jours pense-t-il d’abord. Le temps que les contacts se fassent et ce sera vite réglé. N’est-ce pas ? Ca ne va pas durer quand même ?

QUI EST PRIS EN OTAGE ?

Ben voilà, disons-le de manière un peu familière, il m’a claqué le beignet, le Delisle. On le connaissait bien pour ses reportages, je peux vous dire que cette biographie est plus puissante encore.
Elle fait 413 pages. L’action commence dans les trente dernières. Entre les deux ? L’auteur nous enlève, nous prend en otage. Allons, vous avez commencé à lire, vous ne pouvez pas ne pas connaître la fin hein ? Comment ça il ne se passe rien ? Mais si, regardez-bien… Vous vous ennuyez ? Si vous arrêtez, vous ne saurez pas comment ça se termine…

D’accord, le propos est outrancier. Mais je trouve qu’il décrit pourtant parfaitement mon ressenti au fil de la lecture. Je n’ai pas pu m’arracher au fil des pages. Delisle est un artiste TRES intelligent. La composition de son récit subjugue. Il nous nourrit de minuscules détails qui deviennent de vraies péripéties et qui entretiennent lentement notre intérêt. En fait, il nous donne à voir la vie d’un otage au plus près de lui. Des récits de prise d’otage, la bd en connaît de nombreux. Mais sans doute aucun n’était venu à ce point dans l’ennui que peuvent vivre les otages dans des discussions qui s’enlisent.
Il passe par le décompte des jours. Des chapitres courts, Une journée décrite seulement, dans laquelle il ne se passe pas grand-chose, mais où l’on vie véritablement le processus mental de Christophe André. Les plans choisis nous plongent dans son quotidien. On est totalement immergé, on s’ennuie avec lui, on vit avec intensité, comme lui, le moindre petit évènement changeant cette routine insupportable. C’est incroyable… Le comble du suspens. Va-t-il se passer quelque chose dans ce chapitre ? Non, il reste trop de pages. Ces pages, venant comme un décompte auquel le personnage lui n’a pas droit. Nous, nous savons que le dénouement arrivera. On voit le nombre de pages qu’il nous reste à lire. On se dit qu’il ne se passera rien. Mais on espère, avec le héros.
J’ai vraiment du mal à me remettre de l’intensité de cette lecture. Chapeau bas monsieur Delisle, c’est juste du très grand art. Faire un récit aussi empathique avec aussi peu d’éléments scénaristiques, avec aussi peu de décors, avec une telle simplicité du dessin… La marque des plus grands, pas moins.

Allez, je vais chipoter un peu quand même, ça ne fera pas de mal. Après une si lente et progressive montée en pression, j’ai trouvé la conclusion bien trop abrupte. Trop rapide à venir, je n’ai pas eu le temps de redescendre. J’aurai aimé passer encore un peu de temps avec Christophe André, le voir appréhender cette nouvelle vie post-enlèvement. Pour que nous redescendions ensemble de ce stress incroyable que nous a communiqué l’auteur.
Je tacle hein ?

Non… Parce qu’il n’y a pas nécessité. Quand on est face à un grand album de bande dessinée, qui exploite la narration, cet atout ultime de notre média, à son paroxysme, on ne peut que se réjouir du pied qu’on a pris à vivre une telle expérience. Ce sera au moins une bonne chose dans l’enlèvement qu’a réellement vécu Christophe André. C’est devenu un grand livre.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

18,75/20

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5 réflexions sur “S’enfuir, récit d’un otage, Guy Delisle, Dargaud

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