L’anniversaire de Kim Jong-Il, Ducoudray, Allag, Delcourt

ANNIV DE KIM JON IL - C1C4.indd

Titre: L’anniversaire de Kim Jong-Il
Scénariste: Aurélien Ducoudray
Dessinatrice: Mélanie Allag
Editeur: Delcourt
Collection: Mirages
Date de publication: Août 2016

Cette rentrée 2016 sera très Ducoudray. En tous cas, vous n’en raterez rien sur ce blog. Trois albums de prévus, chez trois éditeurs différents, difficile de passer à côté de ce scénariste polymorphe.
Pour ce premier, on est chez Delcourt, un projet prévu initialement pour Juin, et qui sort seulement maintenant. Un album coup de poing. Si vous aviez trouvé le Pyongyang de Guy Delisle un peu gentil, nul doute que vous apprécierez ce livre-là.

Jun Sang a huit an, il vit en Corée du Nord. Il est né le même jour que le grand leader Kim Jong-Il. Mais on ne fête que les anniversaire de lui et son fils, pas ceux des autres gens. Jun Sang est très impliqué dans la défense de son pays, et il applique avec fierté les ordres qui sont donnés. Mais il va découvrir ce qu’est la vie réelle dans son pays, et l’enfant va y perdre sa naïveté.

JOUER SUR LES APPARENCES

Aurélien Ducoudray a été très fort, en proposant cette histoire à Mélanie Allag, une dessinatrice qu’on avait lu jusque là surtout dans un registre enfantin. Elle conserve ce style pour son dessin, mais le scénariste, lui, adopte un point de vue extrêmement dur, très premier degré, qui constitue un grand écart assez radical avec le dessin. Mais le pari fonctionne, et il faut bien dire que sans Mélanie Allag et son coup de crayon, le résultat aurait sans doute été extrêmement difficile à lire. Je pense que Ducoudray le savait pertinemment, et a donc profité de l’occasion pour charger la barque.

Parce que même s’il nous offre le point de vue d’un enfant sur le régime Nord-Coréen, il n’édulcolore rien du propos. Voir même, les éléments présentés sont-ils encore plus dur du fait que ce soit un enfant de huit qui les mettent en avant. On constate tout le poids de la propagande du régime nord-coréen. Les faits présentés sont terribles, en fait. On constate une fois encore les méthodes incroyables de lobotomie de masse, celles qui font qu’une masse incroyable de personnes se soumet aux desidératas d’une poignée de fous. Pour une absence totale de résultats, puisqu’on constate bien que le chemin vers le miracle socialiste, entamé dans les années 50 quand même, n’a rien produit du tout à part des famines et des morts. C’est terrible de nous montrer les illustrés de propagande présentant des enfants sud-coréens morts de fin, obligés de travailler dans les champs, alors que c’est exactement ce qui arrive aux enfants nord-coréens.
Ce qui est sans doute le plus violent, c’est que le scénariste nous emmène jusque dans un camp de prisonniers politiques. L’endroit où la propagande se fait à la fois la plus forte et la moins policée. On constate la violence extrême, la destruction volontaire de personnes ayant cessés de croire aux mensonges d’Etat…
Ducoudray nous propose pourtant une petite lueur d’espoir. Elle est pas très grosse, elle est amère, mais c’est pourtant un espoir. Jun Sang devient porteur de quelque chose, d’un combat, d’une réelle solidarité oserais-je dire. Une solidarité d’humains, bien éloignée des mots creux et mensongers de la Corée du Nord.

UN DESSIN QUI MET A DISTANCE

J’ai déjà commencé à évoqué le travail de la dessinatrice Mélanie Allag, mais il me semble important d’y revenir, tant l’association est adéquat. Je l’ai dit, il y a quelque chose de naïf, dans l’apparence qu’elle donne à son dessin. Un ton cultivé évidemment à dessein. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est sans doute sa capacité à donner de véritables identités graphiques à ses personnages, malgré la simplicité du trait. Aucun personnage ne ressemble, parce qu’elle semble tous leur donner une personnalité graphique différente. Elle travaille ses gueules, ses corps, module les traits, élargi des visages, épate des nez… Le travail est là derrière l’apparente facilité, croyez-le bien.
Et puis, il y a le travail qu’elle a fait sur la couleur. Par les tons qu’elle emploie, d’abord, elle nous annonce qu’une rupture scénaristique se prépare. Elle met fin peu à peu aux couleurs vives ou criardes adaptées aux scènes de propagandes, pour finir sur des nuances de gris et du blanc, une fois que le filtre (le masque, oserais-je dire) est tombé. C’est intelligent, ça renforce la dureté du propos sur cette séquence précise, tout en rendant l’ensemble beaucoup plus léger, beaucoup plus respirable. Sans Mélanie Allag, l’anniversaire de Kim Jong-Il n’aurait pas pu se faire.

On se connaît, Aurélien et moi. Mais autant vous le dire, il n’y a pas de complaisance en moi pour son travail. Je n’ai que de l’intérêt pour la qualité de ses écrits, pour le choix de ses collaborations. Et avec cet album, il frappe très fort. Voilà une bd qui figurera indéniablement parmi les excellents titres de cette année 2016. Et dire qu’il reste encore deux albums à venir ce mois-ci pour suivre ce scénariste…

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

18.5/20

L'anniversaire de Kim Jong-Il_ planche

Publicités

2 réflexions sur “L’anniversaire de Kim Jong-Il, Ducoudray, Allag, Delcourt

  1. Cela me tente bien comme sujet, et le dessin a l’air pas mal non plus. Je note pour une prochaine virée en librairie, sait-on jamais !

  2. Pingback: Invisible Awards 2016: Les One-Shots | Les Chroniques de l'invisible

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s