La maison, Paco Roca, Delcourt (La BD de la Semaine)

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Titre: La maison
Auteur: Paco Roca
Editeur VO: Astiberri Ediciones
Editeur VF: Delcourt
Collection: Mirage
Date de publication VF: Mai 2016

Paco Roca, c’est un auteur espagnol qu’il vous faut découvrir. Rides, retitré La tête en l’air après un passage en film d’animation, autant que La nueve, sont deux albums touchants, venant explorer autant les méandres de l’humains, que ceux de notre histoire. L’arrivée d’un nouvel album ne pouvait pas m’interpeller. Et lecture faite, cet album se devait de vous être présenté.

Antonio, un vieil homme, quitte sa maison un peu précipitamment, sous le coup d’un malaise. Un an plus tard, se sont ses enfants qui y reviennent, après le long décès de leur père. José d’abord, puis Vicente et enfin Carla. Ils se retrouvent tous les trois pour rafraîchir la maison avant de la mettre en vente. Mais les souvenirs vont affluer, bons comme mauvais, de même que les rancœurs. Tout ce qui ne s’est pas dit. Tout ce qui reste à dire.

UNE HISTOIRE UNIVERSELLE

Ben voilà, je me suis fait encore avoir. Paco Roca est décidément un auteur exceptionnel. Un narrateur hors-pair qui vous emmène avec lui quel que soit le voyage. La grande force de La maison, c’est la simplicité de son pitch. Une maison de famille, un décès, les retrouvailles familiales, les règlements de compte. Mais justement, c’est tellement simple, que je pense que tout le monde est susceptible de se projeter dans le récit. Que tout le monde trouvera des éléments de vie susceptible de lui parler.
Roca construit son histoire avec une grande intelligence. Deux premières pages, le départ du père. Puis l’arrivée d’un des fils, et les premières clés de l’histoire. Ensuite, il enchaîne les souvenirs, les moments présents, puis passe à un autre avant. Petit à petit, c’est toute une histoire familiale qui se tisse devant nous, avec ses différentes personnalités, et son point central, Antonio. J’ai aimé ce personnage, ses aspirations. Cet ouvrier espagnol qui se battit toute sa vie pour construire sa maison, embringuant ses enfants chaque week-end pour construire des murs, une terrasse, une piscine…  Ce bonhomme a la fierté solidement ancrée, et aux convictions de même. S’attachant à des détails comme seul un prolétaire saurait le faire. Parce qu’ils sont devenus symboles de réussite sociale.
Ce n’est pas une histoire à proprement engagée, politisée, que nous livre Paco Roca. Ce n’est pas l’objectif, mais il y a largement de quoi prendre aussi de ce côté là.
Et quelle sensibilité, quelle justesse dans l’interprétation des personnages. Aucun ne paraît caricatural, tous semblent différents, et pourtant, leur réunion devient rapidement une évidence. Comme souvent dans ce genre de familles. Chacun a sa place, chacun à son rôle. Et c’est la mort des parents qui vient mettre tout cela en évidence.

UNE NARRATION GRAPHIQUE VRAIMENT PENSEE

Avec La Maison, Paco Roca se livre à un véritable défi. Les planches ne sont pas au format classique, elles sont conçues pour un format à l’italienne. Format où elles sont publiées. Et ça amène l’auteur à innover dans la façon dont on lit une planche. Parfois, on lit la première ligne de cases avant de passer à la seconde. Parfois la première colonne avant de repasser en lignes. Alors soyons honnêtes, toutes les planches ne sont pas évidentes à lire. La composition est parfois un peu nébuleuse. Mais ça autorise à Paco Roca de belles idées de mise en scène. Je pense à cette scène à l’hôpital, qui prend plusieurs planches, et qui se compose d’une colonne de trois images donnant des indications de saisons, et de deux lignes donnant la scène à voir. Sur plusieurs pages, on a donc à la fois la notion de temps qui passe et le caractère répétitif mais néanmoins évolutif de la scène. C’est brillant, tout simplement.
Et pour accompagner ce découpage, Roca utilise un dessin tout en finesse, comme il l’avait déjà montré sur la Nueve. Un dessin qui permet de faire passer un éventail d’émotions plus large, du positif au négatif.

 

Voilà, j’en ai fini. A vous d’aller lire ce superbe album, qui devrait sans mal venir vous toucher au cœur. Parce qu’il n’y a pas besoin de grandes péripéties, pour faire une belle histoire susceptible de parler au plus grand nombre.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

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Cette semaine on se rassemble chez Jacques!

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13 réflexions sur “La maison, Paco Roca, Delcourt (La BD de la Semaine)

  1. Quel enthousiasme (mérité) pour ce bel album, Yanneck,
    Je plussoie.
    Merci aussi pour ton analyse sur les planches que j’ai zappé.
    A plus

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