La menuiserie, Aurel, Futuropolis

La menuiserie

Titre: La menuiserie
Auteur: Aurel
Editeur: Futuropolis
Date de publication: Mars 2016

J’aime beaucoup le travail d’Aurel. Que ce soit en dessin de presse ou en bande dessinée, je me retrouve dans sa façon de penser, dans ses inclinaisons philosophiques. Alors j’ai eu envie de le découvrir dans un ton plus intime, possibilité offerte par La menuiserie.

Aurel est fils de menuisier. Son père dirige l’entreprise familiale, dans son petit village d’Ardèche. Cette usine, il la tenait de son père. Il est la quatrième génération de patrons. Mais Aurel, lui, ne reprendra pas la boîte. Elle va sûrement fermer. Alors l’artiste décide d’en laisser une trace. De donner à voir ce petit patron qu’est son père, ses employés. Un microcosme très différent de celui porté par le Médef dans tous les médias.

JE SERAI CELUI QUI NE REPRENDRA PAS LA MENUISERIE

Cette phrase, je l’ai ressentie comme un leitmotiv au fil de l’album. Un sujet que l’auteur met en avant, met qu’il n’aborde qu’à la toute fin. Il préfère laisser parler ceux qui sont au boulot. Et pourtant, cette question de la filiation est évidente, c’est toute l’histoire de cette entreprise. Comment les fils de, en sont venus à prendre la place de leur père. C’est vrai que la « défection » d’Aurel ne pose pas de soucis pour son père, il le dit. Mais j’ai le sentiment d’une petite pointe de culpabilité chez l’auteur, qui aurait largement eu sa place dans le livre. Une pointe de doute aussi. Evidemment, cela fait longtemps qu’Aurel sait qu’il fera autre chose de sa vie. Mais alors que son père arrive en âge de prendre sa retraite, on voit ces sentiments revenir en avant. Une pointe de culpabilité vis à vis du père, un besoin de vérifier ce qu’en pense le géniteur. Et une oeuvre en forme d’ultime hommage à une autre forme d’oeuvre, à un héritage familial.
Mais au delà de la dimension personnelle de l’auteur, La menuiserie a ceci d’intéressant qu’elle donne à voir des gens qui n’ont plus de place dans le champ de la culture. Des ouvriers. Des petits ouvriers, pourraient-on dire. Non par mépris, mais parce qu’ils sont salariés d’une petite entreprise. Ce qu’ils sont, ce qu’ils pensent, qui aujourd’hui, le donne à voir? Qui donne à voir ces hésitations autour d’un projet de reprise collective de l’outil de travail? Qui donne à voir la solitude de certains hommes isolés en milieu rural? Ou le désir de réussite à tout crin de ceux qui refusent de suivre la même voie que leurs semblables? Aurel prend ce temps là. Nous offre ces rencontres-là.  Et les préoccupations qui sont les leurs sont autant respectables que celles des médecins et professeurs dont on entend habituellement parler.

UNE PALETTE GRAPHIQUE TRES LARGE

J’ai beaucoup aimé la proposition graphique faite par Aurel dans cet album. Elle démontre toute l’ampleur de son talent et de ses possibles. On le retrouve tour à tour dessinateur d’humour, incisif et précis. Reporter rigoureux.  Mais aussi aquarelliste, tout en sensibilité. J’ai notamment beaucoup apprécié de découvrir cette dernière facette de lui qu’il n’a que rarement la possibilité d’exprimer habituellement. J’aimerai le lire plus souvent dans cette veine là, il a du talent.

 

La menuiserie est un album qui peut redonner de la fierté à ces hommes et ces femmes d’Ardèche.  Et si cet album a la possibilité et la chance de toucher d’autres personnes comme elle, à travers la France, il pourrait bien avoir cet effet là sur elles aussi.
Mais il ne faut jamais oublier que derrière cet amour du travail bien fait, se cache une peur sourde. Celle de l’avenir. Le chômage aveugle, qui n’a que faire de leurs compétences et de leurs savoir-faire. Chouette monde non?

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

17/20

La menuiserie_ planche

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4 réflexions sur “La menuiserie, Aurel, Futuropolis

  1. Je comprends cette culpabilité de l’auteur, mon père a connu la même quand la tannerie de son père a fermé.Une BD qui pourrait me plaire.

  2. J’ai cru voir qu’il a sorti la première BD sur Macron récemment. J’aime bien ton analyse, finalement sa BD sur la loi Macron serait l’exact contrepoint de « la Menuiserie ». Donner la parole à ceux qui la monopolisent, la France parisienne très contente d’elle même et qui ne fait que détruire les vies des gens. On en discute à Quai des bulles à l’okaz?

  3. Intéressant point de vue, en effet.
    Et avant Quai des Bulles tu peux parler BD tous les mois à l’Heure du Jeu à Rennes, le premier mercredi ou jeudi soir, en mon auguste présence. 🙂

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