Le maître des crocodiles, Piatzszek, Pendanx, Futuropolis

Le maître des crocodiles

Titre:Le maître des crocodiles
Scénariste: Stéphane Piatzszek
Dessinateur: Jean-Denis Pendanx
Editeur: Futuropolis
Date de publication: Février 2016

Cela fait deux trois ans, que je n’hésite plus quand je découvre qu’un nouvel album de Piatzszek et Pendanx est annoncé. Je sais que je vais le lire, et que j’ai toutes les chances d’aimer ça. Parce qu’indéniablement, ce duo d’artiste est parfait pour se faire dépayser le temps d’une lecture. Ce sont des formidables organisateurs de voyages en bande dessinée. Et ce nouvel opus ne fait pas exception.

Années 80. Un trio de cinéastes militants écologistes, se rend dans un petit archipel au large de Sumatra, pour y dénoncer l’exploitation désastreuse des ressources marines par la population locale. Un point de vue qu’ils n’hésitent pas à assumer devant leurs hôtes et qui va leur valoir quelques tensions. Mais rapidement, un évènement bouleversant va mobiliser leur attention. L’attaque d’un gigantesque crocodile, qui va dévorer Isabelle, une des membres du trio. La nature s’est retournée contre ceux qui la défendaient. Mais la main de l’homme n’y serait-elle pas pour quelque chose?

PARADOXES DE L’ENGAGEMENT MILITANT

Ce que j’ai préféré dans cet album, c’est d’abord ce regard porté par Piatzszek sur l’engagement écologiste militant des années 80. Il prend pour héros des partisans d’une ligne dure, qui voit l’humain comme une menace directe contre la planète qui l’accueille. Aujourd’hui, ce ne sont pas ces lignes radicales qui dominent le débat écologique, mais j’ai trouvé intéressant de redonner à voir par quoi est passé une idéologie que l’on voit globalement aujourd’hui comme de plus en plus bienveillante.
Et j’ai encore plus apprécié, du coup, de voir la nature venir attaquer ses défenseurs. Il y a un paradoxe extrêmement réjouissant à développer dans une histoire. La violence n’est pas seulement le fait des hommes, et cette nature si ardemment défendue, peut s’avérer aussi être une menace. Simpliste? rassurez-vous, le scénariste ne se contente pas de cela, et il rajoute un autre retournement de situation qui vient complexifier toute interprétation. Je ne vous en dis pas plus pour préserver le suspens, mais j’y tiens, il n’y a rien de simple dans cette histoire. Et cela donne des personnages extrêmement ambivalents. Des salops, des gens arrogants, revanchards. Pas des personnages qu’on apprend à aimer, mais assurément, des personnages qui nous provoquent des sentiments.
Allez, pour la fine bouche, je dirai que j’ai été un peu frustré par la fin… Mais c’est vraiment pour chipoter, parce que cette fin proposée a du sens. La volonté de ne pas totalement conclure, de nous laisser nous lecteurs, apporter le sens que nous souhaitons à cette histoire. Belle démarche, mais là, j’avais un peu envie d’autre chose.

PENDANX, TOUJOURS ENTRE CARNET DE VOYAGE ET NARRATION

Ce que j’aime, dans les albums du duo Piatzszek/ Pendanx, c’est leur capacité à nous faire voyager. Et si les scénarios y sont pour beaucoup, il faut quand même mettre en avant le travail du dessinateur, qui semble vraiment au diapason de son scénariste. Les deux bons artistes, rassemblés pour les bons albums. Pendanx, c’est dans mon esprit un dessin de carnet de voyage, avec de superbes couleurs à l’aquarelle. C’est le plus souvent sa marque de fabrique. Mais j’ai apprécié, sur cet album, de lui trouver une légère évolution vers un trait légèrement moins réaliste, légèrement moins dans l’instantanéité. Il me semble qu’il avance vers un dessin plus adapté à la fiction, plus en harmonie avec la bande dessinée franco-belge. On retrouve toute ce qu’on aime chez cet artiste, ce n’est pas du tout un soucis. Mais on sent qu’il a adapté son dessin pour proposer des styles différents suivant les temps de l’albums, suivant les attendus de l’histoire. Un dessinateur qui ose évoluer, c’est toujours extrêmement plaisant à observer.

 

De beaux enjeux scénaristiques, tant pour les personnages que pour nous lecteurs, un dessin en harmonie qui nous emmène loin vers ces îles indonésiennes, le pari est réussi, le duo Piatzszek/ Pendanx fonctionne toujours aussi bien. N’hésitez pas à faire ce voyage.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

17.5/20

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Le maître des crocodiles_ planche

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4 réflexions sur “Le maître des crocodiles, Piatzszek, Pendanx, Futuropolis

  1. La couverture est juste superbe, et la chronique donne bien envie de découvrir cet univers! Merci du partage, je note 😉

  2. Pingback: LE MAÎTRE DES CROCODILES | TEMPS DE LIVRES

  3. Repéré depuis quelques temps aussi.
    Avec le même dessinateur que pour L’Or, ça me va parfaitement. 🙂

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