Cher pays de notre enfance (Mardi Chronique)

Cher pays de notre enfance

Titre: Cher pays de notre enfance
Auteur: Etienne Davodeau
Co-Scénariste: Benoît Collombat
Editeur: Futuropolis
Date de publication: Octobre 2015

Je vais vous la jouer honnête. J’ai eu du mal à écrire cette chronique. En fait, pour être précis, j’ai eu du mal à relire l’album de sorte à être le plus juste possible dans mon traitement.
Sûrement pas parce qu’il serait mauvais. Non, bien au contraire, c’est un superbe album. De l’excellent Davodeau, et plus encore. Mais mon idéalisme politique a pris tellement de coups au fil des pages, que j’en ai presque eu la nausée. Soyez les bienvenus, chers lectures, dans l’arrière-cour de la politique française. Attention, c’est vraiment sordide.

 

Benoît Collombat est journaliste. On lui doit notamment une grosse enquête sur la mort d’un ministre de la Ve République, Robert Boullin. Avec Etienne Davodeau, bédéiste dont on ne présente plus le travail, ils mènent ensemble l’enquête sur les petits secrets de la Ve République. Ou du moins, d’une certaine époque, celle où la violence rongeait la société, à travers la Résistance, à travers la guerre d’Algérie. Le général de Gaulle se moquait de la façon dont ses hommes le soutenaient. Seul comptait pour lui le résultat, les grandes victoires politiques, la grandeur de la France. Cet aveuglement, cet arrangement avec sa conscience aura permis à une officine, le SAC, de prospérer. Truands et militants politiques, rassemblés dans un seul but, défendre A TOUT PRIX, le pouvoir gaulliste de tout adversaire. Et même d’une alternance démocratique.

PUISQU’ON VOUS DIT QU’IL FAUT PASSER A LA VIe…

Ce pavé est réellement impressionnant, et il ne fait que confirmer tout ce que j’aime chez Etienne Davodeau depuis Rural!. Il nous offre une enquête fouillée, sérieuse, mémorable, et fait encore la démonstration que les plus nobles ambitions peuvent êtres défendues via la bande dessinée.
sur cet album, la noble ambition, c’est celle de lever le secret sur les travers d’une époque. Les années 60 à 80. Les années marquées par des évènements violents. D’ailleurs, ce livre nous permet aussi de relativiser la soi-disant violence de notre époque. On s’offusque pour une chemise arrachée, symbole de toutes les chienlits, mais que dire de cette époque.
Avec Benoît Collombat, Davodeau vient questionner la notion de violence légitime. C’est cette notion qui, finalement, guide l’action Etatique au sortir des années 40 et ensuite. Rappelons quand même le contexte. Pour libérer notre pays, des hommes et des femmes ont du s’engager à commettre des sabotages, des attentats, des meurtres, n’ayons pas peur des mots. C’était la GUERRE, la seconde guerre mondiale. Et puis ensuite, ce fût à nouveau la GUERRE, même si cela fût longtemps nié. La guerre d’Algérie, qui là, vint à nouveau reposer la question de la violence légitime. Je ne m’étends pas sur la torture, aujourd’hui nous savons quel prix la France était prête à payer pour conserver sa colonie dans son giron.
Ces deux évènements créèrent des combattants. Des soldats, comme des civils, pour qui la violence était nécessaire pour soutenir une action politique. Et ce sont ces deux générations qui ont gouverné la France jusque dans les années 2000. Sarkozy et Hollande n’ont pas fait la guerre d’Algérie eux. Alors que Chirac et Mitterrand furent pleinement impliqués dans ces différents conflits, à différentes places.

Voilà donc le cadre d’enquête des deux auteurs. Et donc, précisément, sur quoi nous informent-t-ils? de la mort du juge Renaud, un juge qui menaça de trop près les financements du parti du Général de Gaulle et qui y laissa la vie. Du massacre d’Auriol, règlement de compte interne au Service d’Action Civique qui fit de nombreuses victimes innocentes. Du noyautage de la structure étatique par les membres du SAC, usant de toute leur influence pour servir un clan et maintenir une famille politique au pouvoir. De la mort suspecte et régulièrement remise en question du ministre Robert Boullin.
Derrière tout cela, encore et toujours la présence du SAC. Dont personne n’est jamais membre, où personne ne fait jamais rien. Mais qui dispose des plus gros appuis étatique que l’on puisse soupçonner. Charles Pasqua, Jacques Focart, Jacques Chirac…. je ne prends que les trois noms les plus connus. Ceux qui ont eu le plus d’influence sur le destin de notre démocratie.

C’est d’ailleurs un axe développé dans le livre, qui m’a tout particulièrement interpellé. L’idée que la fin de ces « années de plombs », de la fin de l’utilisation de la violence physique systématique comme moyen d’action étatique informel, est l’illustration qu’enfin peut-être, la France serait une démocratie. Ou du moins, une démocratie plus apaisée. Il ne faut sans doute pas oublier, pour nous générations récentes, le coût de la violence politique, dans une société humaine. Une violence qui, je crains, n’est pas si éloignée de nous.

LE DAVODEAU GRAPHIQUE QU’ON AIME

Zou, cruelle injustice, je fais des dizaines de lignes sur le scénario, et toujours trop peu sur le dessin. En même temps, que dire du dessin d’Etienne Davodeau? Il ne bâcle pas ses pages, il propose des compositions intéressantes, mêlant cases de bd et documents réels, il nous donne à voir des séries d’entretiens sans que cela ne paraisse ennuyeux… Que demander de plus, pour un tel bd-reportage?

 

Enfin, j’ai triomphé de cette chronique, j’ai eu du mal. Je pense que cet album va me donner à réfléchir, que je vais garder précieusement certaines de ses réflexions pour alimenter ma réflexion politique. Notre société ne va pas bien, elle regarde un passé qu’elle idéalise. Mais ce passé sent aussi mauvais si ce n’est plus que le présent. Alors, quel avenir allons-nous nous construire, tous ensemble?

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

18.5/20

Cher pays de notre enfance_ planche

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4 réflexions sur “Cher pays de notre enfance (Mardi Chronique)

  1. Je l’ai acheté pendant les vacances, les yeux fermés puisque c’est un Davodeau… Pourtant, le sujet me tente moyennement, mais je n’ai jamais été déçue avec cet auteur, donc j’espère bien que ce dernier album me plaira !

  2. Pingback: Top 10 2015: Les one-shots Franco-belge | Les Chroniques de l'invisible

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