Buffalo Runner (Lundi One-Shot)

Buffalo Runner

Titre : Buffalo Runner
Auteur : Tiburce Oger
Editeur : Rue de Sèvres
Date de publication : Janvier 2015

Il m’aura fallu quelques mois pour y venir à cet album. Un certain nombre de mes camarades, Jacques d’Un amour de BD en tête, en pensaient le plus grand bien, mais moi je ne me sentais pas trop attiré par le dessin de Tiburce Oger. Mais je suis tombé dessus en bibliothèque avant de partir en vacances, alors je me suis dis que c’était une bonne occasion de me pencher sur ce cas.

Une famille tente de rejoindre la Californie dans une petite carriole. Mais sur leur chemin, ils vont tomber sur une bande de desperados qui vont tuer le père et le fils, et violer la fille. Edmund Fisher n’arrivera pas à temps pour sauver les hommes, mais la fille, si. Sauf que le reste de la bande ne tardera pas à les rejoindre pour venger leurs hommes. Alors Fisher décide qu’ils resteront la nuit dans la maison miteuse pour se préparer à les recevoir. Leur seule chance de sortie. Il s’y connaît en moyens de donner la mort. La jeune Amélia va s’en rendre compte au fil de la nuit, quand le vieil homme va lui raconter sa vie.

La couverture de cet album est un hommage aux représentations graphiques de l’Ouest qui se faisaient pendant le 19e siècle. L’album est presque similaire. Sauf qu’en guise d’hommage, ce serait plutôt la face sombre mais malheureusement réelle de la conquête de l’Ouest et de l’histoire Américaine. Tiburce Oger se livre à une critique acide de cette époque, sous couvert de raconter la vie haute en couleur d’un cow-boy aux portes du XXe siècle. Il dézingue un pays construit par la violence, la haine et le meurtre. Il déglorifie la guerre de Sécession en la ramenant à ce qu’elle fût, un embrigadement massif de la jeunesse du pays pour servir des intérêts économiques qui ne la concernait pas réellement. Le Buffalo Runner vient mettre une claque au mythe de Buffalo Bill en replaçant ces actes pour ce qu’ils étaient, des massacres de masse des bisons. Pas des massacres gratuit, non, des massacres avec un but tout à fait présent même si pas nécessairement compris par les runners en question : la fin de l’home rouge, de cette population indigène qui avait construit sa civilisation autour du Bison. Et puis il y a le modèle de réussite à l’américaine, le rêve américain, qu’Oger violente tout autant. Par l’épisode du noble français venu créer de toute pièce une filière boucherie, de l’animal à la boîte de conserve. Un rêve étranglé par les intérêts et les actions des grands consortiums d’entreprises déjà installées. Ce qui permet par ailleurs à l’auteur de placer quelques petites piques à nous autres français et à l’antisémitisme prégnant de cette époque dans notre pays. Ah, le fantasme de la « gloutonne juiverie internationale »…

Seul bémol de l’histoire, en ce qui me concerne, son introduction et sa conclusion. La première, je la trouve inutile. Deux planches qui n’apportent pas grand-chose. Montrer comment l’Histoire américaine s’est construite sur des mythes, l’auteur en fait la démonstration tout au long de l’album, je trouve ces deux pages un peu redondantes. Et la conclusion… Je ne la comprends pas. Il arrive quelque chose à un personnage, que rien ne laisse attendre. J’ai lu deux fois l’album et j’ai guetté les signes éventuels qui auraient pu amener à ce que le lecteur devine, et ils sont absents ou vraiment trop difficiles à percevoir. Cet artifice me semble inutile. Il y avait bien d’autres moyens d’en finir tristement avec Edmund Fisher, tout en lui laissant la possibilité de raconter son histoire au fil de la nuit.

Pour ce qui est du dessin, je dois reconnaître que cet album ne m’a pas fait tellement changer d’avis. Je ne formule aucun reproche à Tiburce Oger, je n’en vois aucun. C’est un bon dessinateur, c’est indéniable. Constant, solide. Mais je n’entre juste pas en empathie avec le dessin. C’est donc du très personnel qui ne doit pas entraver le sentiment global de réussite de cet album. Par contre, j’ai beaucoup aimé les illustrations pleines pages, à l’image de la couverture, qui sont utilisées fort à propos.

J’émets des réserve, c’est certain, mais dans l’ensemble j’ai plutôt passé un agréable moment de lecture. Buffalo Runner renouvelle bien le genre du Western, en venant explorer cette fin de règne des porteurs de colt.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

16.75/20

Buffalo Runner_ planche

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3 réflexions sur “Buffalo Runner (Lundi One-Shot)

  1. Tout comme toi, je ne suis pas sensible au trait de Tiburce Oger malgré sa qualité certaine. Comme quoi, les goûts et les couleurs… Au plaisir de te relire…

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