Toi au moins, tu es mort avant (Lundi One-Shot)

Toi au moins, tu es mort avant

Titre: Toi au moins, tu es mort avant
Scénariste: Sylvain Ricard
Dessinateur: Daniel Casanave
Editeur: Futuropolis
Date de publication: Avril 2013
D’après l’oeuvre de Chronis Missios, traduite par Michel Volkovitch

Cet album est la preuve qu’avec la meilleur intention du monde, et la disponibilité d’esprit adéquat, même un lecteur assidu comme moi peut passer à travers certains livres. J’aurai pu recevoir ce livre à sa sortie. J’aurai même du demander à la recevoir, je savais qu’il avait ce qu’il fallait pour me plaire. Mais je suis passé à côté, sans raison. Je rattrape mon retard aujourd’hui et comme je m’en doutais, je vous en propose une chronique. Parce qu’évidemment, qu’il allait me plaire ce livre…

Chronis Missios était communiste et Grec. Pendant la seconde guerre mondiale, il a été résistant contre l’envahisseur allemand, malgré son très jeune âge, à peine seize ans. Mais la fin de la guerre n’a mis fin qu’à la présence allemande, pas au régime fasciste grec que Missios a à son tour combattu. Ce qui lui a valu d’être emprisonné de longues années durant, torturé à de nombreuses reprises. Voici la vie de Missios, celle d’un homme qui a survécu par et pour ses idées.

Quelle lecture passionnante! La vie de Chronis Missios est tellement instructive…
On croit souvent que la fin de l’allemagne Nazie a signifiée la victoire de la démocratie, mais ce n’est qu’en partie vrai. Espagne et Grèce, notamment, ont longuement perduré dans leurs régimes fascistes. On connaît plutôt bien, en France, le franquisme, mais beaucoup moins les années de dictature en Grèce. Cet ouvrage est donc à la fois une leçon d’Histoire et une leçon morale. Parce que Chronis Missios est impressionnant. Il va trouver la force de résister à tous les sévices imposés par ceux qui n’osent pas le tuer mais voudraient reformater son esprit pour qu’il devienne un bon citoyen bien adapté au fascisme. Sylvain Ricard ne nous épargne rien, on assiste à tout. On souffre pour le personnage principal, on entre très vite en empathie. Ce qui ne nous empêche pas de questionner certains points qui lui sont propres. Le livre le fait aussi d’ailleurs. Mais le rôle du Parti Communiste est largement évoqué, aussi pour mettre en lumière ses abus, cette façon de considérer ses militants de base comme une matière première sacrifiable. Ricard nous propose une histoire en nuances de gris, où les alliés peuvent êtres des criminels, où ses propres amis peuvent vous trahir, et des gardes de camps faire preuve de la plus grande humanité. Ce récit est dur, mais il sonne juste.

Et j’ai beaucoup aimé la proposition graphique de Daniel Casanave. Il adopte un style très intéressant, qui n’est pas sans rappeler les grands classiques du franco-belge (le nez de Missios fait penser à celui de Fantasio), mais qui durcit suffisamment le trait pour être parfaitement adapté à l’histoire. Plus encore, cette dimension plus comique, du dessin, donne une hauteur de vue qui permet de rendre plus audible un propos très dur, au final. C’était la bonne proposition, le bon artiste pour cette histoire.

Je suis ravi d’avoir pu rattraper ma bévue et de donner, deux ans plus tard, à nouveau un peu de visibilité à un livre qui le mérite. Qui nous rappelle que la démocratie a un coup, et que toutes les luttes ne sont pas vaines, même si elles semblent perdues d’avance.

ET SI ON DONNE UNE NOTE?

17.5/20

Toi au moins, tu es mort avant_ planche

 

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