Le sculpteur (La BD de la Semaine)

Le sculpteur

Titre: Le sculpteur
Auteur: Scott McCloud
Editeur VO: First Second
Editeur VF: Rue de Sèvres
Date de publication VF: Mars 2015

Certains le savent, d’autre non, le nom de ce blog est une référence à Scott McCloud, dont j’avais lu la théorisation marquante de la bande dessinée. Cet homme était pour moi une référence en la matière. Mais je n’avais jamais lu d’œuvre narrative de lui. Uniquement ses essais en cases et bulles. Alors lorsque j’ai appris que sa dernière œuvre sortait en France, j’ai fait des pieds et des mains pour pouvoir me le procurer. Et je n’ai pas été déçu, assurément, non.

 

David Smith aurait pu être un artiste brillant, une référence de la sculpture, mais sa carrière a été descendue en flèche par un intermédiaire trop malhonnête. Aujourd’hui, David n’est plus grand chose. Il n’a plus d’argent, vivote grâce à de vieilles œuvres bradées. Jusqu’à l’arrivée de son grand-oncle Harry, qui lui fait une proposition étonnante. Il lui offre de pouvoir se relancer dans la sculpture et s’il y prend plaisir, cela pour une durée de deux cent jours au bout duquel David mourra. Mais au fait, il n’était pas mort, le grand-oncle Harry?

 

Brillant théoricien de la bd, brillant auteur de bd. Scott McCloud est les deux à la fois. C’était la troisième fois que je lisais ce livre, pour écrire cette chronique (avant pour écrire un article pour le journal zoo), et j’en suis ressorti encore tout ému. Avec le sentiment de faire une lecture magnifique, une lecture qui compte. Certains blogueurs ont comparé cet album avec le Blankets de Craig Thompson, et je le comprends. McCloud est un peu moins fort en termes de capacités de dessin, mais il compense par un sens de la narration incroyable. Ce roman graphique fait 486 pages mais il se dévore d’une seule traite.
L’idée de base est belle. Cet artiste perdu qui se retrouve en obtenant le droit de manipuler la matière elle-même à sa guise. Mais la puissance de cet ouvrage, c’est la capacité de l’auteur à adjoindre une quantité impressionnante de questionnements à ce simple deus ex-machina, tout en rendant son histoire parfaitement lisible. On y parle de conception artistique, de la perte des proches, de maladie mentale, de parentalité, d’amour, de loyauté, d’amitié… Je suis sûr que j’oublie encore des thèmes, mais si ceux-là reviennent, c’est sans doute parce que ce sont ceux qui me parlent le plus. Qu’est-ce qu’on se sent bien, dans cet univers…
David et Meg sont deux incroyables personnages, on a envie de les aimer l’un et l’autre. On a envie de les voir heureux. On espère jusqu’au bout que le plan initial n’ira pas à son terme. Ces deux personnages ne vont pas bien, ne sont pas bien, et pourtant, McCloud les traite avec respect, avec douceur, pour ce qu’ils sont. Cet amour, il nous le transmet, on le partage. Alors que tout tourne autour de l’introduction du fantastique dans l’univers de David, ces personnages sont tout ce qu’il y a de plus réalistes. Ils sont humains. Et ça fait du bien, de lire de l’humanité. La conclusion est magnifique, parfaitement à la hauteur du voyage entrepris par David et qui y trouve là sa plus belle destination.

Que vous dire encore? Je n’ai même pas envie d’argumenter, de décrypter plus cette histoire. Le Sculpteur fait partie de ces albums qui sont des rencontres. Je peux vous en dire pendant des pages ce qu’a été cette rencontre pour moi, ce ne sera pas la votre. Alors je ne vais pas chercher à aller plus loin sur ce sujet.

Je garde quelques mots, quand même, pour les questions graphiques. Malgré ma lecture des ouvrages de conceptualisation de l’auteur, j’ai toujours du mal à rendre justice aux dessinateurs. Ce n’est pas parfait, loin de là. McCloud n’est pas un grand illustrateur qui vous mettra une claque par la puissance de son trait. Ses personnages sont simples, son style parfois un peu rigide. Mais voilà, il sait raconter une histoire. Il sait découper ses cases, agencer son propos pour que la succession de dessins soit une langue à part entière. Et ça, ça fait toute la différence. Ca fait toute la vraie bonne bande dessinée.

 

Rue de Sèvres a signé un grand nom, mais l’a signé pour une grande oeuvre. Très belle réactivité de la part de ce « jeune » éditeur bd. Scott McCloud livre un roman graphique à la fois puissant et intime, intelligent et passionnel. Comment ne pas lui rendre hommage?

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22 réflexions sur “Le sculpteur (La BD de la Semaine)

  1. Si tu as eu besoin de trois lectures avant d’écrire ce billet, j’imagine tout à fait à quel point cet album a pu te bouleverser… Il faut que le découvre très vite !

  2. c’est un ouvrage qui me fait terriblement envie et ce que tu en dis ne fait que renforcer ce sentiment.
    seul la référence à Blankets pourrait me refroidir car à vrai dire je n’ai pas tellement aimé cette bd (ne me jette pas la pierre).
    à mercredi prochain

  3. Pingback: Le Sculpteur – Scott McCloud | Au milieu des livres

  4. Pingback: Scott McCloud – Le Sculpteur | Sin City

  5. Merci beaucoup Louise.
    C’est toujours un grand bonheur quand on entre en harmonie avec un album, avec une oeuvre, et qu’on réussit à transmettre un peu de ce ressenti.
    Merci à toi

  6. J’ai cité Blankets, mais je n’en suis pas super fan non plus. Moi c’était la bondieuserie qui me gênait. Qu’est-ce qui te gênait toi, que je te dise si tu peux le retrouver dans ce livre là?

  7. Ce n’est pas tant un besoin… Que les aléas liés aux différents temps où j’ai écrit sur ce livre. J’ai lu une première fois il y a de cela un moment, en pdf. Je l’ai relu pour écrire mon article pour zoo, plus rapidement. Un mois plus tard, je reçois le bouquin physique, et je le relis pour être bien frais pour écrire cette chronique ci.
    Mais ce qui est fort, au delà de ces aspects techniques, c’est que chaque lecture m’a davantage convaincu des qualités de ce livre. Il se bonifie avec le temps.

  8. Pingback: Le sculpteur | Bedea Jacta Est

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