L’arabe du futur tome 1- Une jeunesse au Moyen-Orient 1978-1982 (La BD fait son festival)

L'arabe du futur tome 1

Série: L’arabe du futur
Tome: 1
Titre: Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)
Auteur: Riad Sattouf
Editeur: Allary Editions
Date de publication: Mai 2014

Je participe avec cet album à l’opération La BD fait son festival, lancée par le site web Price Minister. C’est un petit concours de printemps, dirons-nous, autour d’un certain nombre de gros succès récents de la bd. L’arabe du futur était le seul de la sélection que je n’avais pas lu. Oui, presqu’un an après sa sortie. Parce que je n’étais pas convaincu à priori. J’ai donc vu là une bonne occasion de passer outre mes ressentis pour juger sur pièce la dernière production de Riad Sattouf.

 

C’est l’histoire de Riad. De sa famille, de ses premières années. Fils d’une bretonne et d’un syrien venu faire ses études supérieures en France, Riad a beaucoup voyagé pendant son enfance, suivant les envies de son père de travailler dans les pays arabes pour aider à la construction du futur de la nation arabe. Des années passées en Lybie sous le règne de Kadhafi, jusqu’à la vie en Syrie dans le village familiale, voici les souvenirs d’un petit garçon devenu auteur de bd.

 

Bon, ben je ne comprends pas vraiment l’intérêt de cet album. Sattouf livre un réquisitoire violemment à charge des pays arabes de la fin des années 70, sans y ajouter une seule parcelle d’amour. Il ne propose aucune empathie avec ses personnages, c’est terrible.
Son père, notamment, y apparaît comme une sorte d’imbécile faisant la démonstration qu’on peut être docteur en Histoire et un parfait idiot. Il ne semble jamais réfléchir, ou quand il s’y essaye, il le fait toujours de travers. Il semble pétri d’un dogmatisme effrayant. D’autant plus effrayant qu’il est d’une incohérence folle. L’homme est successivement capable de servir le régime lybien qui met fin à toute propriété privé dans le pays, et capable de cracher que les chars russes vont envahir Paris après l’élection de Miterrand. Il est à la fois non-croyant et bêtement religieux. Si l’objectif est de charger la figure du père, Riad Sattouf atteint son but. Il n’y a aucune scène qui permettrait d’apprécier un peu cet homme. Même vis à vis de son fils il est d’une bêtise affligeante. Rien ne le sauve. Et la mère est tellement absente qu’on en vient vraiment à se poser des questions.

Un psychanalyste pourrait vraiment se faire plaisir avec un livre pareil. Avec une dénonciation aussi violente de la culture du père et de son image à lui. Parce que Lybie et Syrie nous sont décrits comme des endroits affreux, insalubres, peuplés d’imbéciles violents. Il ne semble y avoir rien à sauver. En dehors des arbres aux fruits-chenilles, Sattouf ne propose aucun souvenir positif. Ceci dit, reconnaissons qu’il n’est pas tendre non plus avec la Bretagne. Visiblement, si l’on en croit l’auteur, les bretons qu’il a fréquenté dans son enfance sont des débiles congénitaux incultes.

Mais alors, pourquoi cet album? Pourquoi prendre des pages et des pages pour mettre en scène une époque que l’auteur semble détester, dont il ne garde AUCUN souvenir positif? A quoi sert donc cet album? Quel intérêt a-t-il pour nous lecteur alors qu’il n’y a là qu’un portrait à charge?

Je termine avec quelques mots sur le dessin. Sattouf n’est pas un auteur que l’on attend sur cette question, son trait est humoristique avant tout. Mais reconnaissons qu’il maîtrise parfaitement son sujet, que son trait est souple et harmonieux. Ses choix de mise en couleur, une teinte par chapitre, son intéressants, ils donnent à réfléchir.

 

Mais donc non, je ne suis vraiment pas convaincu par cet album. Et je ne comprends ABSOLUMENT PAS pourquoi il a été primé à Angoulême. Je vais être mesquin, mais je ne vois pas d’autre raison que l’entregent. Il y avait bien meilleur en 2014 que cet album là. Bien plus intéressant en terme de graphismes, bien plus pertinent sur le fond. En dehors d’être en phase avec l’actualité mortifère syrienne, mais ce n’est pas en primant ce livre qu’on va rendre un quelconque hommage au peuple syrien dont l’auteur semble se moquer éperdument.

L'arabe du futur tome 1_ plancheLa bd fait son festival

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10 réflexions sur “L’arabe du futur tome 1- Une jeunesse au Moyen-Orient 1978-1982 (La BD fait son festival)

  1. Je ne pense pas être conquise par cet album grand prix mais j’ai dit que je le lirai histoire de me faire mon propre avis… Affaire à suivre.

  2. whaouh, tu es dur! cet album a sans doute un but thérapeutique pour l’auteur, pourquoi ne pourrait-il pas raconter son enfance même si elle n’est pas positive? Moi j’ai trouvé l’ensemble très intéressant, cruel parfois, mais passionnant par moments. Il me tarde de lire la suite. Pour la récompense d’Angoulême, je te rejoins un peu parce que je pense que, malgré tout, on trouve beaucoup mieux.

  3. En fait, je trouve douteux qu’une oeuvre de souvenirs ne comporte quasi pas de souvenirs positifs. J’écris moi-même depuis un an dans ce champs là, ce sera mon premier projet de roman graphique. Et même dans les moments difficiles, avec des accidents violents, des trahisons, il y a de quoi extraire du positif, de l’amour. Là, l’amour, je ne le vois pas, dans le récit de Sattouf. Au vu de ce livre, et juste de ce livre, je ne peux que penser qu’il n’a pas été réellement aimé.

  4. Parce que je travaille avec des enfants battus, abusés, mal éduqués, et qu’il y a toujours un peu d’amour, même dans ces vies difficiles. Du coup, je trouve que ce livre manque singulièrement de sincérité.
    J’aime les livres durs et cruels, mais j’aime surtout les livres justes et celui-ci ne me semble pas l’être.
    Il sonne faux.

    J’essaye d’aller te lire demain dans la journée.

  5. Pingback: L’arabe du futur – Une jeunesse au Moyen-Orient #1 et #2 | Bedea Jacta Est

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