Cases blanches (Lundi one-shot)

Cases blanches

Titre: Cases blanches
Scénariste: Sylvain Runberg
Dessinateur: Olivier Martin
Editeur: Grand Angle
Date de publication: 07 Janvier 2015

Et si la bande dessinée racontait le quotidien de la bande dessinée? D’un de ses auteurs, en particuliers? Le franco-belge le fait peu, et encore moins souvent de manière romancée. Les journaux de bord de type blog, ou mise en scène des ateliers, ça on connaît. Mais la situation particulière de l’auteur de bd seul face à sa planche, c’est moins souvent l’objet d’une histoire longue. Alors heureusement, il y a Sylvain Runberg.

Vincent Marbier est auteur de bd. Bédéiste, comme disent les québécois. Histoire de mettre du beurre dans ses pâtes, il a accepté de dessiner un premier tome de série heroïc-fantasy, lui qui était très éloigné de cet univers. Comble de malchance, il fonctionne, l’album et se vend par palettes entière. Tout le monde attend le tome 2 avec impatience, de l’éditeur au lecteur. Sauf que Vincent n’arrive pas à sortir ses planches. C’est le vide. Il bloque. Et que la pression commence à s’accumuler.

Ah, les jobs alimentaires… Sylvain Runberg a du bien s’amuser à écrire la situation de Vincent Marbier, parce que le gars n’a vraiment pas de chance. Il lui arrive ce que n’importe quel bédéiste souhaiterait aujourd’hui, et cela ne lui convient pas… Au premier abord, on pourrait lui jeter la pierre, lui reprocher de cracher dans la soupe. Mais le scénariste arrive bien à crédibiliser le personnage, à nous faire accepter ses doutes. Par là, Runberg nous rappelle que le métier de bédéiste est aussi et avant tout un métier de création, et non pas un métier de production. Bien sûr, il est possible de débiter des planches à la va vite, histoire d’assurer un revenu. Mais cela n’est pas nourrissant intellectuellement parlant. Et il faut tenir compte de cet aspect des choses, pour compenser la masse énorme de travail que représente la réalisation d’un album de bande dessinée. Pourtant, Vincent a des responsabilités à assumer, ce qu’il ne fait pas. Et cela, on ne peut l’ignorer non plus. Une série qui fonctionne, ce sont des sous qui rentrent, pour un éditeur, et des dépenses rendues possibles. Runberg met bien en scène tout ce paradoxe du métier. Ce numéro d’équilibriste entre œuvre d’art et produit de consommation culturel.
En passant, Sylvain Runberg s’amuse aussi à mettre en scène l’ensemble du milieu. Du lecteur hypocrite symbolisé par le maire du village de Vincent, en passant par les libraires, les attachés de presse, les commerciaux et les festivals bd. On se sent un peu à la maison, nous autres lecteurs. Ceux qui connaissent bien cet univers auront droit à de nombreux clins d’œil, ceux qui n’ont pas encore approché cet univers mystérieux apprendront beaucoup de choses sur le fonctionnement de la branche éditoriale bd.

Si cet album m’a interpellé, c’est bien entendu pour son scénario, mais aussi pour son dessinateur, Olivier Martin. J’avais découvert cet artiste avec la reprise de Lloyd Singer, j’avais envie de voir ce qu’il était devenu, ayant plutôt apprécié sa prestation trop courte sur la série de Luc Brunschwig. Et force est de constater que sur Cases blanches, il a pris une belle envergure. Il travaille différemment, tant dans le trait que dans la couleur. Le trait se fait volontairement moins abouti, plus jeté. Il y a de l’énergie, un peu de rugosité. Et côté couleur, il y va tout en sobriété, en nuances de sépia. Il laisse beaucoup de place au blanc, aussi, pour mettre en avant les personnage. C’est un travail vraiment très intéressant, qui apporte beaucoup de légèreté à un sujet un peu sombre.

Un petit reproche, peut-être, pour finir, et ce sera sur le fond. Peut-être que Sylvain Runberg aurait pu un peu plus charger la figure de l’éditeur, pour entrer en résonance avec les problématiques exprimées par pas mal d’auteurs aujourd’hui. D’autant que Grand Angle ne semble pas, d’après ce que les auteurs m’en disent, souffrir de ces difficultés. Mais peut-être serait-on sortie de l’histoire racontée pour entrer dans le militantisme. Et je ne crois pas que c’était la direction que souhaitait prendre le scénariste. Tant pis, d’autres occasions se présenteront pour la férocité.

Cases blanches_ planche

Logo top bd16.75/20

3 réflexions sur “Cases blanches (Lundi one-shot)

  1. En fait, j’enlève plus des quarts de point que je n’en donne. 17/20 on est pour moi dans le très bon. Si je sens qu’un album est vraiment bien, mais qu’il n’arrive pas à me convaincre suffisamment pour atteindre le 17, alors je retire un quart de point ^^

  2. Pingback: CASES BLANCHES | TEMPS DE LIVRES

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