Michel Rabagliati: Le compositeur du quotidien (Interview)

Michel RabagliatiPhoto : Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Les éditions de la Pastèque avaient organisé la venue de Michel Rabagliati, leur auteur phare, au festival Quai des Bulles de Saint Malo. Autant vous dire que j’ai sauté sur l’occasion en croisant les doigts. Une pointure telle que lui, j’espérais qu’une rencontre serait possible…
Et ce fût très simple, comme le monsieur. Une belle âme, une voix chantante, un sourire qui vous gagne dès les premières minutes…

Partons sur les traces de Paul et de son créateur…

PPaul à la campagneour les quinze ans de la série Paul, et de la Pastèque, l’éditeur vous offre une très belle réédition du premier tome de la série, Paul à la Campagne. Grand format, couleur, un prix accessible, avec de nombreuses pages explicatives en plus, comment vous êtes-vous impliqué dans ce livre-là?

C’est vraiment un projet d’éditeur, ce n’est pas moi qui ais eu l’idée de souligner mon propre anniversaire. La Pastèque m’a proposé ce projet, en sachant qu’ils savent que je n’aime pas les trucs Kétaine (Kétaine, ça veut dire ringard) du genre poupées gonflables, ou commercial. Mais je trouvais ça plaisant comme idée. Une réédition de l’album « un » en format original… Parce que les planches sont sur ce format là. Plus la colorisation et la possibilité de m’exprimer, de rajouter des pages, des anecdotes, parler des débuts de la série… J’étais content de pouvoir parler des débuts de la série, de faire un update quinze ans plus tard. C’est quand même un évènement au Québec, une bd qui tient quinze ans, un éditeur de bd qui tient quinze ans. C’est du jamais vu. Même le journal Croc n’a pas tenu quinze ans, donc c’est un évènement. Un cadeau qu’on voulait faire à nos lecteurs. Je me suis impliqué dans ce sens là, c’est tout. J’ai pas fait la colorisation, j’ai horreur de faire la couleur. Je ne ferai jamais de couleur dans mes albums. C’est juste un one-shot pour souligner le quinzième anniversaire.

Justement, comment est-ce que vous trouvez vos planches, votre histoire, dans cette version là?

Je trouve que la couleur n’améliore pas l’histoire. [Rires]. Je ne travaille pas dans le sens de faire des jolis dessins, j’essaye de synthétiser des idées, de rendre la lecture le plus fluide possible. C’est ça qui m’intéresse. Moi, qu’il y ait de la couleur ou pas, ça change pas grand chose à la lecture. Et les lecteurs me le disent. Ca change rien. C’est plus jolie peut-être, mais ça change rien à l’histoire. De toute façon, c’est le story-telling qui m’intéresse. C’est vraiment ça avant tout. Avant les beaux dessins. Des auteurs qui font des beaux dessins, il y en a des brouettes. J’apprécie le dessin, mais il sert avant tout à servir les textes. Le texte en premier, puis les images pour faire avancer le texte. Et réduire la narration. C’est ça qui est pratique avec la bande dessinée, on fait de la mise en scène, on n’est pas toujours obligé de bavarder comme des fous, là. C’est ça qui est chouette. [Rires]

Si je ne me trompe pas, vous êtes venu à la bande dessinée dans cet état d’esprit là. Dans les lectures que vous faisiez. Vous avez commencé au moment où L’Association en France, naissait…

Oui, et Drawn and Quaterly aussi, à Montreal. C’est un éditeur important, dont je connais le fondateur, Chris Oliveros. Au départ j’étais graphiste et j’ai eu un logo à faire, celui du magazine Drawn and Quaterly. Et toutes ces bande dessinées sont arrivées sur mon bureau, j’ai pu voir ce que faisaient Seth, Chester Brown, Joe Matt, même Julie Doucet que j’avais pas suivi et qui est une montréalaise de l’underground. Dans une publication en anglais, c’était quand même fou pour une francophone… Et donc toutes ces bandes dessinées, ça a été une révélation. J’avais oublié la bande dessinée pendant vingt ans, j’étais dans le monde du design, du graphisme, de l’illustration de presse, j’avais pas vraiment suivi ce qui se passait en bd. A la fin des années 80 j’ai vu comment ça avait évolué, au niveau bd adulte. Ca m’a charmé, ça m’a donné la piqure. Ca m’a donné envie de tenter ma chance moi aussi.Logo Drawn and Quaterly

Parmi les membres de l’Association, il y a eu une tendance à se mettre en scène, de raconter son histoire, avec des auteurs qui ont même mis leur nom en scène, Marjanne Satrapi, David B, Christian Blutch… Ils sont leur personnage. Et vous qui arrivez avec cette même envie, ce n’est pas Michel à la campagne que vous écrivez, mais Paul…

Oui c’est vrai, c’est Paul… Dès le départ j’avais envie de me laisser la possibilité de faire de l’autofiction, de la fiction. Je voulais pas que ça soit du 100% autobiographique à la Fabrice Neaud, c’était pas ça l’idée. Je voulais pouvoir me laisser de l’espace si je voulais introduire de la fiction. Et en effet c’est toujours un peu comme ça que je travaille aujourd’hui. C’est à 75% vrai, et à 25% de la fiction. Souvent c’est dans la chronologie des évènements, qui est renversée. Placée pour la plaisance des lecteurs. Des évènements que je vais aiguiser, que je vais rendre plus pétillant. Je beurre un peu plus épais, comme on dit, j’en mets un peu plus pour le plaisir du lecteur. L’autobiographie complète je n’y tiens pas, ce n’est pas important. Sinon, comme je dis tout le temps, je m’achète un journal intime avec un petit cadenas pour écrire le soir. Mais c’est pas ça l’idée, c’est de partager des choses avec le lecteur, tirées de faits réels, mais qui ont un peu d’allant, où il ya des surprises, une courbe dramatique… Je tiens à ça. Je pense beaucoup à mon lecteur donc j’ai aucune pudeur à ajouter de la fiction si ça fait mon affaire au niveau de l’arc dramatique.

Je reprends un peu le déroulé de votre biographie. Paul au parc est votre dernier album inédit paru, c’était en 2011. Depuis, rien. Avez-vous pris des vacances? Travaillez-vous sur un nouvel album? Ou bien est-ce l’adaptation cinéma de Paul à Québec qui vous prend du temps?

Y’a eu plusieurs choses, d’abord des problèmes familiaux, là. Ma mère est décédée, j’ai eu des problèmes de couples… Ca a pas aidé. Ensuite il y a eu l’écriture du film, un long-métrage c’est long à faire. Je sais pas en France comment ça fonctionne, mais chez nous au Québec, il faut quêter les subventions du gouvernement, il n’y a pas d’investisseur privé. Il faut y aller par à coups, faire un projet d’écriture, faire les demandes, on nous renvoi, on retourne à l’écriture… On nous a dit non trois fois.

Et puis oui, j’ai un autre album en cours, Paul dans le Nord, mon prochain. J’en suis à la moitié, il me reste encore 70 pages à faire ce qui veut dire environ une année. Donc tout va bien, mais j’ai été ralenti par certains aléas de la vie. J’ai quand même pédalé… En quinze ans, sept albums, le rythme est pas si mal.

Sur ce film qui vous occupe, vous êtes co-scénariste. Est-ce que c’est facile de lâcher son bébé, sur un nouveau support?

Ca dépend avec qui on travaille. Moi je travaille avec quelqu’un en qui j’ai confiance, qui est même plus catholique que le pape, comme on dit. Il aime beaucoup mon livre, mon univers, et il le respecte au maximum. Je me sens entre de bonnes mains. Dans un univers comme le mien, Paul et Lucie, c’est un couple tranquille. Un réalisateur ou un producteur pourrait dire « allez, on va leur faire quelques scènes de baise, ça va mettre un peu de pétillant là dedans ». Mais non, pas là, le réalisateur est resté très sobre. y’a pas de trucs de cul, d’humour vaseux. Je suis très content de ça. Est-ce que le film va être un hit ou non je ne sais pas mais au moins je suis très content de récolter ces images. La photo est magnifique. Je suis content du portrait familial qu’on est en train de brosser.

Parce que c’est ça, Paul à Québec, un portrait familial. Au début c’est la chronique d’une mort annoncée, on sait très vite que Roland va mourir, mais par la suite c’est à la famille qu’on s’attache, c’est là dessus qu’on travaille plus. Et donc je me suis senti tout de suite en confiance, avec le producteur, les productrices associées, le réalisateur. On va tous dans la même direction, on veut faire un joli projet, poétique, remuant, sensible. Avec un autre j’aurai peut-être eu de la difficulté.

Je suis content d’avoir co-scénarisé, c’est une expérience laborieuse. En bd, on peut faire un découpage, on a des images, en cinéma c’est sec, dry. « Scène 32, jour, extérieur. -Retour de chariot. Les personnages sont dehors. Dialogue. Roland dit: Bonjour. Il fait soleil. Paul répond- Tchac! » C’est pas le fun d’écrire ça… On travaille dans un scénographe, un logiciel de cinéma qui à la fin va tout réunir, toutes les scènes extérieures, les dialogues, répartir comme tu veux. C’est un logiciel qui va calculer le dépouillement du scénario. C’est une façon un peu rebutante de travailler.

Moi je suis seul, je travaille dans un petit calepin, dans le train, l’autobus, c’est sympathique. J’ai mes histoires avec moi, je les transporte près de moi. J’ai de comptes à rendre à personne. Laborieux mais une belle expérience.

Je me rends compte que le cinéma ne m’intéresse pas plus que ça.

Paul, Lucie, la famille, vous les avez imaginés à partir de personnes réelles. Quand le casting est arrivé, quel effet ça vous a fait de vous voir, vous/ Paul?Paul à Québec 2


Photo:
Paul à Québec, Copyright Pierre Dury


C’est là qu’il a fallu lâcher. Paul et Roland, les deux personnages principaux, on les avait en tête. Je suis très content. Roland, c’est vraiment le Roland de la bd, pareil pour Paul. François Létourneau il s’appelle. Un grand type affable, avec une candeur enfantine, un peu observateur. Il est très bien. Les autres personnages, c’est pas eux. C’est ma belle-famille, personne ne les connaît, je pouvais pas dire au réalisateur que c’étaient pas eux. Tout le monde s’en fout de ma famille à moi. Le producteur et le réalisateur essayent de réunir une famille agréable à l’écran, qui ait un peu de punch, avec des personnages typés. Là c’est leur affaire, il faut que je laisse aller. Mon ex-femme, tout le monde s’en fout en gros. Elle s’appelle Carole, qu’elle lui ressemble ou pas à l’écran c’est pas grave. Paul c’est autre chose, parce que les gens vont comparer. Les personnages secondaires j’ai laissé ça à la discrétion de la production. Ils ont choisi leurs vedettes, il fallait des têtes d’affiches pour attirer des gens en salle. Je trouve ça très correct. Les acteurs connaissaient tous déjà la série et ils sont assez fiers de faire partie du film. Ils veulent faire du bon travail sans pervertir l’histoire originale. Donc je suis très content avec ça.

Mais idéalement je préfère contrôler. Quand tu es auteur de bd à temps plein comme moi, c’est toi qui fais tout. Textes, dialogues, narration, direction d’acteur, décors, tout ça c’est mon univers. Je me rends compte que ça vaut de l’or de pouvoir tout contrôler. Je me verrai pas dans une chaîne genre Marvel, à faire les crayonnés ou l’encrage de Spider-Man, je ne serais pas heureux.

Continuons de parler de Paul à Québec, mais revenons au papier. C’est l’album qui vous a permis de vous faire connaître des lecteurs français en recevant le prix du public à Angoulême, est-ce que vous vous attendiez à une telle reconnaissance?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

Ben non… Au Québec y’a pas l’équivalent des prix d’Angoulême, de tels festivals. C’est difficile de savoir les tenants et aboutissants d’un prix comme ça. J’ai été surpris, c’est sûr que ça a donné un élan magnifique à la série. Une question d’exposition et de bassin de population ici en France. 70 millions de personnes , chez nous on est que 8 millions… On rejoint plus de lecteurs. Je suis très heureux. On vend pas des millions d’exemplaires, ça reste des petits tirages, dans le 20000 environ pour Paul à Québec et c’est déjà inespéré. On n’est pas dans les tirages de Franquin ou Achille Talon.

Quand le prix vous a été attribué, il y a quand même eu une interrogation chez certains lecteurs, qui se demandaient qui vous étiez. Est-ce que Paul avait déjà pris pied en France à cette époque?

Oui, on avait déjà été distribué par le Comptoir des Indépendants. Mais je suis pas sur place. A Montréal, je suis un peu le chouchou des médias, quand on parle de bande dessinée, tout de suite on m’appelle. Il n’y a personne. Le marché est quasiment vierge. Et c’est ça qui est chouette au Québec, de travailler en BD. Le marché est presque libre. Tandis qu’ici, je suis pas à la radio, à la télé, dans les journaux. Même à Toronto, par exemple, Seth est plus connu que moi.

Les médias et l’art, c’est lié. A Montréal je fais « tout le monde en parle ». Mais à Paris je suis juste une épine, pas grand chose. Dès fois, ton livre est rangé sur la tranche, tout ce que les gens voient de toi c’est un nom. Si on parle pas de nous dans les médias, on tombe rapidement dans l’oubli.

Du coup, on a réellement pu vous découvrir ensuite grâce au prix.

En fait, ça a mis le livre de face. Ce type existe, ah, bon, qui est-il?
En sachant qu’il y avait eu un problème de distribution. Quand le prix a été attribué, les livres s’en venaient en bateau, à vitesse char à boeuf et ça a pris plein de temps. Un mois et demi avant que le livre n’arrive, ça a été catastrophique pour la distribution. Ca aurait cartonné beaucoup plus fort si le livre avait été sur les rayons au moment du prix. L’éditeur s’est un peu trompé là, il a pas bougé les bonnes billes sur le jeu. Il n’avait pas anticipé ça… Les jury n’étaient même pas au courant que le livre n’était pas sur les rayons. Il a délibéré de bonne foi, y’avait sept livres, des exemplaires presses. Il ne se sont pas posé la question. Mais je suis très heureux de l’avoir eu, c’est une chance inouïe.

Paul-a-QuebecC’est un album un peu à part, Paul à Québec, dans votre histoire. C’est peut-être le plus grave?

Le plus grave oui, et celui aussi où le personnage est le plus en arrière. Il n’est pas à l’avant. C’est même le problème numéro un qu’on a eu en faisant le film. Le personnage passe son temps les mains dans les poches, il observe. Ca parle de sa femme et de ses deux soeurs, de son beau-père. Lui il conduit l’auto, conduit sa femme et sa fille au centre de soins palliatifs, les mains dans les poches, il regarde un peu. Il commente un peu ce qui se passe, mentalement. Mais ce n’est pas le personnage qui fait bouger l’action. Dans le film on a eu tout de suite ce problème, qu’est-ce qu’on fait avec ce personnage? Faut absolument le mettre en avant, et on a ramé pour le ramener au premier plan près de Roland le personnage principal. On a aussi mis Rose, la fille de Paul, beaucoup plus en avant. On s’est concentré là dessus.

Ceux qui le lisent trouvent une justesse incroyable dans la description de cette fin de vie, est-ce que c’était un sentiment, une expérience que vous aviez vécu alors?

Ca ne s’invente pas… Tu ne peux pas inventer l’histoire d’un père qui meurt d’un cancer du pancréas, faudrait être tordu pour imaginer une histoire comme ça. C’est une simple observation, j’avais ça sous la main et c’est triste à dire mais c’était une aubaine. Une super aventure humaine de voir cette famille là, quand tout le monde arrête de travailler. Tout le monde restructure ses horaires pour pouvoir être auprès du malade. Tout ce que ça brasse comme émotion dans la famille… J’ai été témoin de tous les choix. Ca s’écrivait presque tout seul, alors j’ai saisi l’occasion et j’ai pris des notes. Mais j’ai quand même laissé l’histoire murir cinq années avant de la faire. J’ai fait Paul à la pêche d’abord. J’ai laissé la poussière retomber. Ca a été dur de travailler sur cette histoire. J’adorais cet homme, donc c’est presque comme travailler sur la mort de mon propre père. Ca a été dur émotionnellement. C’est grave, mais il y avait quand même une histoire à faire, d’après moi. Je pense que j’ai travaillé comme il faut, ça valait la peine de le faire. Les gens ont beaucoup aimé cette histoire là.

Mais c’est une histoire banale. Ma mère est décédée l’année passée dans les mêmes circonstances: trois mois, presque le même centre de soins palliatifs, même genre de soins, une copie conforme. Et beaucoup de gens m’en parlent, me disent qu’ils ont vécu la même chose. C’est une histoire universelle, comme celles que je raconte, les colonies de vacances, les fausses couches, le premier appartement… Les gens viennent souvent me parler d’eux. Me disent que je dessine leur vie à travers ce personnage là.

Est-ce que ça pouvait être votre envie au début, de raconter les histoires de tout le monde?

Mon objectif, c’était de savoir si mes histoires ordinaires allaient intéresser un lecteur que je ne connaissais pas. C’est toujours comme ça que je me place. Je crée, je lance mes idées et après je regarde ces idées comme un lecteur extérieur qui ne me connaîtrait pas. Est-ce que c’est intéressant? Je veux juste me poser cette question. Je veux raconter des faits réels, mais tout n’est pas intéressant. Le journal, des fois ce n’est pas intéressant. Je ne raconte pas que je me fais un café et des toasts le matin. Ce qui va captiver le lecteur, au départ c’est ça.

Je voyage pas. Je suis pas comme Guy Delisle, qui va en Birmanie. Si j’étais comme Guy j’en profiterais, je ferais comme lui. Il est là, il s’emmerde, il se tourne les pouces, avec sa blonde et ses bébés dans des pays reculés. Qu’est-ce que tu fais pendant ce temps là, tu fais des sketchs de bande dessinée. Guy est paresseux, il prend ce qu’il y a sur place. Mais il a un sens de l’observation génial. Toute sa série, c’est ses commentaires. Il est à Pyongyang, « je vois ci, je vois ça ». C’est tout ce qu’il nous dit. « Je suis allé chez le dentiste, c’est comme ça ». Juste son observation est magnifique. Il ne porte jamais de jugement. Même dans Chroniques de Jérusalem, à la fin, on sent qu’il est prêt à lancer un statement personnel sur les colonies juives et qu’il se retire. Il donne des images pour que nous-mêmes on se fasse une idée.

Je fais ce qui vient naturellement. Je ne voyage pas, je vis à Montréal… Il ya des choses intéressantes qui se passent à Montréal, que j’ai envie de partager. Quelques trucs de ma vie que j’ai envie de montrer. Est-ce que ça durera toute ma vie, je ne sais pas. Je ne sais pas jusqu’où je vais aller avec ça. Je ne pense pas que je pourrai faire trente albums avec ça, j’ai une petite vie tellement plate… Je vis dans un cottage, dans un quartier résidentiel, j’sors presque pas… Une chose qui est sûre, si je continue à faire de la bande dessinée, ce sera de la relation humaine. J’ai pas envie de faire de la fiction pure, genre cape et baguette magique.

Paul bédéiste est à votre sens moins intéressant que Paul animateur de colonie de vacance?

J’y pense à ça… Est-ce que je vais lever la barrière à un moment donné et montrer le vrai gars qui est derrière? Dans le film on le fait d’ailleurs. Pour donner un peu plus de viande à Paul, Paul est un auteur en devenir, il dessine. On le voit un peu progresser.

Est-ce que c’est vous qui dessinez?

C’est moi. Le rôle 101D, c’est mon bras. Mais j’ai un peu plus de poils que François, le comédien, alors on se met des chandails. Et quand il ouvre un sketchbook, un carnet de croquis, c’est moi qui arrive et là je dessine un petit peu. Je dessine pas très bien, mais des choses en lien avec Paul à Québec, des cases qui apparaissent dans la bd.

Et je fais une ouverture animée. Que je dessine avec des animateurs. Ca sera très très Paul, avec le style de mes bd, avec la typographie. Après c’est le live action, ce n’est plus du dessin animé. Je voulais le live, pour mes livres. A cause des relations humaines… Pour moi c’est inutile l’animation… enfin Marjane Satrapi l’a fait très bien avec Persépolis, mais j’avais envie de voir des vrais comédiens, transmettre leurs émotions parlées.

C’est un film qui a peu de dialogues, l’histoire se raconte presque toute seule. Chaque scène est presque une case avec une mise en scène intérieure. C’est surprenant. On se rend compte qu’il n’y a pas beaucoup de dialogues. A peine cinq pages pour tout le film. C’est très sobre. Les gens trouveront pas le film trop bavard, on n’est pas dans un Xavier Dolan. [Rires]

Paul à Québec 1

Paul à Québec, Copyright Pierre Dury

Pour terminer revenons à vous, à votre prochain album dont vous nous donniez le titre, Paul dans le Nord, comment est-ce qu’il se situe dans la chronologie de Paul?

Il se situe avant Paul a un travail d’été.
Il a seize ans. Il est beaucoup plus… C’est l’âge ingrat, il n’est pas bien avec ses parents. Jusque là, il était dans une famille plutôt harmonieuse mais là il est en pleine crise d’adolescence, il a des boutons. Sa soeur est partie et il se retrouve seul avec ses parents. Il veut juste foutre le camp, s’acheter une mobylette. C’est l’été des olympics, à Montréal, en 1976. Il y a ce fond olympique en arrière. De nouvelles expériences, drogue, alcool, première histoire d’amour un peu sérieuse, première rupture.

Le sujet principal tarde un peu à arriver, mais l’idée c’est que quand on est adolescent, qu’on a seize ans, et qu’on est un amour, y’a pas de frein dans l’auto. Il pèse sur le gaz avec cette fille qui le laisse tomber parce qu’il est trop collant, trop fusionnel. Et lui il voit rien venir. C’est une peine d’amour dans la grande noirceur. C’est probablement mon dernier récit d’enfance du personnage. j’ai passablement tout dit à propos de Paul jeune. Les prochains seront sans doute sur l’âge que j’ai moi, la cinquantaine, ou un autre temps.

Vous allez laisser passer plus de temps après les évènements de Paul à Québec?

Oui. Je ne sais pas si je vais parler de ma rupture. Faudrait que je laisse du temps couler beaucoup pour voir si j’ai envie de parler de ça. Mais peut-être que j’ai envie de le garder privé. Je me demande si je vais continuer à parler de moi comme ça… Je peux vouloir parler d’autre monde aussi.

L’autofiction ça peut ne pas s’appliquer qu’à moi, il y a des amis qui ont des histoires intéressantes à raconter. C’est fou les histoires que les gens ont à raconter, et qu’ils gardent pour eux. C’est pas tout le monde qui écrit, alors qu’ils vivent des vies fabuleuses. Ils meurent et on entend jamais parler de leurs histoires. Mais des fois, tu te mets à écouter leur truc, et tu te dis « bon dieu c’est incroyable ce que t’as vécu et tu mets pas ça sur papier »? Et non. Juste c’est sa vie. Et des fois c’est plus passionnant et intéressant qu’un film Hollywoodien. Les gens ont vécu des trucs de fous, des voyages… Pour moi c’est à portée de main presque, il faut les formater un peu. Faire de la musique avec. Avec des crescendos, des nuances, t’as des mélodies, des émotions. L’histoire brute c’est la note, et il faut juste la raconter.

5 réflexions sur “Michel Rabagliati: Le compositeur du quotidien (Interview)

  1. Super interview, très intéressante, même s’il manque l’accent ! Tu as dû passer un agréable moment en sa compagnie. Je suis contente de savoir qu’il y aura un prochain Paul…! PS : il y a une faute dans le titre…

  2. J’ai corrigé merci. Quelle bête faute. Et oui, le moment fût TRES agréable. Pendant la retranscription, j’en venais même à prendre l’accent… ^^

  3. Vraiment super, Yaneck! Et comme tu le dis si bien, Michel, c’est une bel âme! Il est d’une ouverture et d’une simplicité qui attire la sympathie. Tu as vraiment bien su poser les bonnes questions, bravo! Et tu m’en as appris sur lui!! Je ne savais même pas pour sa rupture!…

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