Interview David S. Khara, Serge Le Tendre et Frédéric Peynet: Naissance d’une adaptation, naissance d’une collaboration

Khara Le Tendre Peynet

La librairie M’enfin à Rennes, accueillait fin Avril pas moins de trois auteurs. Les trois auteurs impliqués dans la réalisation des Vestiges de l’Aube tome 1, publié chez Dargaud. David S. Khara, romancier rennais, objet de l’adaptation par le célèbre scénariste de bd Serge Le Tendre et mis en image par Frédéric Peynet, ex-auteur Soleil. Profitant de la tournée promotionnelle, j’ai donc fait une triple interview, et la découverte de deux auteurs éminemment sympathique. Frédéric Peynet, je savais déjà qu’il était sympathique.

Les annotation Da S.K (initiales douteuses mon cher), SLT et FP désignent bien évidemment les différents intervenants.

LIRE LA CHRONIQUE DES VESTIGES DE L’AUBE TOME 1

VOIR LA DEDICACE DE FREDERIC PEYNET

 

 

Couverture les vestiges de l'aube romanComment est née l’adaptation de ce roman? Est-ce vous Serge Le Tendre qui en avez eu envie, ou bien est-ce une commande de l’éditeur?

SLT:_ Ah non, ce n’est pas l’éditeur. Non que je crache sur l’éditeur, bien au contraire, mais il faut une envie personnelle. S’il n’y a pas ça au départ, on risque de faire quelque chose de banal. Là, l’idée de l’adaptation est venue d’une rencontre, avec un bonhomme David Khara, avec une œuvre. Lorsqu’il m’a présenté son manuscrit, j’étais curieux mais sans plus dans la mesure où je ne le connaissais pas. Je pouvais facilement le prendre pour quelqu’un qui s’impose un petit peu pour me montrer ce qu’il fait. Bon, je suis toujours partant, mais il se trouve que d’une part David est quelqu’un d’éminemment sympathique et que d’autre part son manuscrit, quand je l’ai lu, n’avait rien à voir avec une œuvre de débutant. Il y avait plein de qualités, une histoire. Et cette histoire, j’en suis devenu partie prenante. Au fil de la discussion, on a évoqué différents points de la construction, et en plaisantant, presque, on en est venu à l’idée d’en faire une bonne bande dessinée. Ça a germé, et un jour j’ai pris mon courage à deux mains. Je m’y suis collé et j’ai eu confirmation que c’était un travail très intéressant parce que lorsque l’on travaille sur l’écrit de quelqu’un d’autre, on le dissèque, d’une certaine façon. Et j’ai eu confirmation que c’était un bon écrivain vu que depuis il avait commis plusieurs autres ouvrages, ce n’était pas donc une œuvre isolée. A partir de l’adaptation, moi j’essaye de retranscrire ce que je ressens, avec mes moyens techniques, narratifs, etc… En sachant que je suis obligé de faire quelque chose qui n’est pas bien du tout, c’est à dire de couper dans le texte. Mais il n’y a pas le choix. La lecture d’un scénario n’est pas celle d’un roman. Et je savais aussi d’instinct que c’était partie gagnée, parce que dès que Frédéric Peynet est arrivé dans l’histoire, c’est devenu réellement un régal, une petite pâtisserie bien chaude qui fond sous la langue, et on s’est amusé. On a travaillé sur le registre narratif, sachant que comme souvent, un bon dessin nous raconte dix lignes de textes. Donc là où je pouvais supprimer ces lignes, notamment sur les passages à la première personne, on pouvait grâce au dessin, au cadrage, au silence presque même parfois, évoquer quelque chose.

Donc, la collaboration s’est faite parce qu’il y avait une curiosité, une découverte, une envie. Et j’étais très soucieux et curieux de voir la réaction de David, à savoir est-ce que je n’allais pas le trahir? Encore que je sache que trahison… C’est dans le travail que ça se vérifie. Ca a eu l’air de lui plaire, je me suis retrouvé face à lui comme un jeune auteur débutant. Je fais l’adaptation d’un bouquin, je ne cherche pas à le séduire, je cherche à lui être fidèle. Avec mes moyens, avec mes registres. J’ai eu le bonheur d’avoir sa bénédiction, et à partir de là les choses se sont enchaînées, jusqu’à aujourd’hui où nous répondons à une interview dans laquelle je prends toute la place… ah ah ah.

_ Ce n’est pas grave, j’enchaîne. David S. Khara, Serge nous a expliqué comment il avait reçu le manuscrit des Vestiges de l’aube, comment il en avait été un des premiers lecteurs. Comment on envoie son écrit à un des scénaristes bd les plus en vue?

DaS.K :_ Ca n’a jamais été un envoi, ça a été une rencontre. Le hasard fait que l’on s’est rencontré dans un bar à Rennes, pas un lieu de perdition ni rien, mais le garçon qui tient le bar, je lui avais parlé des vestiges et il m’avait dit de le présenter à Serge. Je me suis permis de lui montrer, en lui disant: « si vous avez le temps ». Mais l’idée c’était de dire que comme à la base c’est son métier, l’écriture et raconter des histoires, j’étais curieux de savoir la différence entre ce que j’ai fait et un travail de professionnel. Ou du moins publiable. Mais rien ne me garantissais que Serge allais le lire… D’ailleurs il a été très franc dès le départ, il avait beaucoup de travail, c’était avant les vacances d’été… Honnêtement, je ne lui en aurai jamais tenu rigueur de ne pas le lire. Il n’était même pas question que ça soit publié à l’époque.

C’est donc un hasard total, la remise du manuscrit et c’était surtout pas dans l’idée de faire une bd. Ce qui s’est passé à ma grande surprise, c’est que Serge m’ait recontacté parce qu’il l’avait lu (et plus tôt qu’il l’avait pensé, même lui) . On s’est retrouvé et moi je repassais le bac. Mort de trouille, je me disais que je lui avais fait perdre son temps, qu’il allait plus vouloir me parler, et ça s’était plus grave pour moi que de savoir ce que valait le bouquin. En en discutant, je me suis rendu compte que les thématiques lui avaient parlé, que le fond du bouquin lui avait parlé. On a discuté aussi de la forme narrative, des choses à améliorer. C’est là qu’à la fin, Serge m’a dit que ça ferait une belle bd. Et moi bêtement je lui ai dit: « hé ben, hé? » Et Serge m’a fait ce petit sourire espiègle qu’il a, que j’ai appris à reconnaître et à décoder depuis. Qui fait comprendre qu’il y a une petite graine qui a été plantée et qui va murir.

Le livre a donc été publié dans une minuscule maison d’édition à la demande qui s’appelle Rivière Blanche, qui m’a appris beaucoup et que j’emmène avec moi chez Fleuve Noir par plein d’aspect. Serge a gentiment accepté de le préfacer. Enfin… Il a refusé de le préfacer, et un jour j’ai reçu un mail avec la préface. Ca, ça fait partie du goût pour le suspens du monsieur. Après, il y a eu l’histoire Bleiberg qui est arrivée, qui m’a projeté un peu sur le devant de la scène au niveau national, et Laffont est venu me chercher pour refaire une version des Vestiges. Tous les autres éditeurs m’avaient proposé de planter Critic, de pas finir la trilogie avec eux, et Michel a été le seul à me dire « voilà, t’as écrit autre chose, c’est pas mal mais tu peux faire mieux », et à me proposer de l’améliorer. C’est sur cette base améliorée que Serge a trouvé matière à faire la bd. C’était un atout aussi des éditeurs, de ne pas prendre un parfait inconnu. Ca aide…

Donc Serge me dit un jour qu’il va « essayer » de faire une adaptation. Au tout début, je pensais qu’il y avait une modestie… je vais pas dire de diva, parce que ce serait méprisant et ce serait pas vrai… une modestie du maître, même si lui ne se voit pas comme ça. Dans mon esprit, c’est ça. Mais je me suis rendu compte que je vivais la même chose quand il s’agissait d’écrire un roman. J’avais beau en avoir fait deux, trois, quatre, cinq, est-ce que j’allais réussir à aller au bout du suivant. J’ai compris que c’était cette démarche, de remettre sans arrêt le compteur à zéro, qui était fondamentale. Et puis il m’a filé le séquencier, que j’ai trouvé juste formidable parce que les modifications qui étaient faites étaient des plus très adaptés à la bd alors que le roman était pas en soit fait pour, et qu’il avait gardé le propos. J’ai donc été totalement conquis par ce séquencier. Et en plus, autre élément important, comme on a des cultures cinématographiques et même bd, visuelles assez communes (je suis un gros collectionneur de Marvel, notamment), quand Serge me disait que là il voyait un plan comme-ci comme-ça, moi je voyais tout de suite, il n’y avait pas d’inconnu complet.

Voilà comment la bd est née. Tout est né de cette rencontre, des thématiques communes. On a des références littéraires classiques communes.

_ Et donc, troisième intervenant, et non le moindre, Frédéric Peynet, comment es-tu arrivé dans le projet?

FP: _ Moi, lorsque j’arrive, tout le tome un est découpé. Serge et David étaient en contact avec Dargaud et cherchaient un dessinateur. De mon côté, je dois dire que je n’ai pas le temps de lire des livres, donc malheureusement je ne connaissais pas David. Dargaud ne me l’avait pas présenté à l’origine comme l’adaptation d’un roman, dans le tout premier mail. Ils m’ont écrit pour me dire qu’ils avaient un projet à me proposer, et me demandant si je voulais bien le lire. Donc je l’ai lu.

_ Tu savais que c’était Serge Le Tendre?

FP:_ Je ne le savais pas.

SLT:_ Très bien!

FP:_ J’avais vraiment envie, c’était un rêve depuis plusieurs années, mais je ne savais pas comment le rencontrer. Je ne savais pas si on aurait eu l’opportunité un jour ou pas. Ses albums, Tirésias, la Gloire d’Héra, Julius Antoine, l’Oiseau Noir, ça a été des très grands moments de lecture, des claques, des fous rires (Centaure, par exemple), de grands moments d’émotions… Sans oublier la quête, bien sûr. Bref, j’avais ça en tête, si un jour Serge le Tendre me proposait, dire oui.

Et donc Dargaud m’envoie le projet, sans me dire de qui il s’agit, qui est derrière. J’ai été touché par l’humanité qui se dégageait des personnages. Moi je raisonne en tant que dessinateur et j’ai été touché par des séquences où tout de suite je voyais ce que j’aurai pu apporter. Je sortais d’une histoire qui s’appelle Phoenix, et je me disais que graphiquement c’était dans ce que j’avais pu faire déjà. Que je me sentirais à l’aise dans cet univers là. J’ai apprécié que ça ne soit PAS une histoire de vampire. Ca aurait été un Dracula, je ne sais pas si j’aurai été réellement intéressé. L’humanité de ces personnages… Ce qu’a vécu Barry et la façon dont c’est narré dans le découpage, je me suis transporté, je vois toutes les émotions, je vois Werner qui vit cela pour lui, qui retourne chez lui en se disant qu’il a vécu des sensations oubliées depuis des années… Bref, ça m’intéresse, je répond oui, je suis partant, et là l’éditeur m’annonce que le scénariste c’est Serge Le Tendre, qu’il lui a envoyé mes coordonnées, et qu’il va me contacter… Très vite, Serge m’envoie un mail, je fais gloups. Il me dit qu’il est en vacances, mais que je peux le joindre à tel numéro. Pouf-pouf, il signe Serge. Je prends mon téléphone, je l’appelle tout tremblant, et on commence à discuter des vestiges de l’aube, et c’est là qu’il me parle de David et de l’adaptation d’un roman. Je me dis alors que ça doit expliquer pourquoi je n’ai pas reconnu l’écriture de Serge, le côté adaptation, même s’il y a des thèmes qui lui ressemblent beaucoup.

On a commencé à travailler là dessus. Moi j’ai rencontré David lors d’un passage à Rennes, on était déjà bien avancé.

SLT: _ Oui, on avait déjà commencé les recherches de personnages.

FP:_ Oui, tu avais du m’appeler déjà, David. Bref, j’ai fait quelques castings de personnages, avec les aides de Serge et de David pour m’aiguiller, qui me disaient de regarder tel acteur, tel personnage. Et une fois qu’on est tombé d’accord sur les recherches de personnages, j’ai fait quelques cases. Pas des planches. Pour voir si les personnages fonctionnaient. Quand on s’est aperçu que ça marchait, j’ai fait deux pages d’essai, et là on est allé voir Dargaud qui a validé ma présence dans l’équipe. Après, nous étions lancés.

_ Comment s’est passé le travail pour toi Frédéric? Tu es arrivé quand le premier découpage était fini, qu’est-ce que tu as reçu comme matière? Un découpage précis, case à case?

FP:_ Oui, case à case, les dialogues, les personnages, leurs actions… Un découpage final. Et en fait, c’est là que j’ai découvert la formidable façon de travailler de Serge. Il ne me serait jamais venu à l’idée de travailler comme ça avant… C’est « Viens chez moi, tu vas passer quatre-cinq jours, et on va faire le story-board tous les deux ». Alors c’est intense, mais au moins, quand tu repars c’est fait, et c’est prêt. Et c’est là que j’ai réalisé tout ce qu’on pouvait apporter à un découpage. Là où j’aurai eu tendance à croire que le découpage était figé, fini, ça a été une véritable partie de ping-pong, où on s’est renvoyé la balle constamment. En adaptant, modifiant le découpage, en intégrant une case, en en retirant, en modifiant carrément une mise en page complète. Par exemple, tu as tout l’épisode où les tours s’effondrent. Dans le découpage à l’origine, c’était trois cases noirs, avec les textes. Et puis on cherchait une mise en page… C’est moi qui ai du me dire que ces cases auraient pu symboliser des tours… alors j’ai fait trois cases noirs, trois tours. Serge me regarde et me fait « trois tours? Alors qu’on vient de traiter des Twin Towers? » Alors on a supprimé une case, et c’est comme ça que sont nées ces cases là. Autre moment bien rigolo, il y a cette scène du cadavre, où je me verrai toujours sur le canapé ou sur la table basse de Serge, on avait la tête tournée dans toutes les positions, on posait. Ailleurs, j’ai utilisé Serge comme acteur. Il voyait que sur mon story-board, j’étais pas assez dans le mouvement. Alors il est allé dans le canapé et il a pris la pose.Extrait vestiges de l'aube 1

SLT: _ C’est un échange permanent. Du coup ça tisse des liens professionnels, mais aussi des liens d’amitié.

FP: _ Ah mais complètement…

SLT: _ Du coup, quand on travaille ensemble, c’est pour le bonheur de faire ensemble un bel album. On va en être fier. Et depuis, on ne se quitte plus.

_ C’est votre marque de fabrique, Serge, cette méthode de travail?

SLT: _ Depuis longtemps, je privilégie ça. Je l’ai fait avec Olivier Taduc (ndlr: dessinateur de Chinaman), avec Jérôme Lereculey (ndlr: dessinateur de Golias)… Passer plusieurs journées ensemble à faire le story-board sur un coin de table. A aménager le scénario, même. Moi je ne m’accroche pas des quatre fers à mon scénario. Je le défends, évidemment, je défends ma vision, mais si le dessinateur sent qu’on peut la raconter d’une meilleur façon, je suis preneur, bien entendu… De toute façon, si je ne suis pas preneur, je le dis, et à partir de sa suggestion, je peux en faire une autre qui alliera nos deux points de vue et ce sera superbe. Lorsqu’on sort d’une séance de travail comme ça, on est rempli d’énergie.

FP:_ Tu rentres chez toi, t’as les planches à faire et tu t’y mets direct. Y’a un boost…

_ Y’a quelque chose de vécu, comme une évidence?

FP: _ Oui… Il me met le pied à l’étrier, il me pousse dans la ligne droite et il me dit vas-y, je te lance. Et moi je suis lancé et j’abats les planches. C’est une méthode qui, je trouve, permets d’enrichir considérablement le découpage, la narration, et de prévoir en amont les problèmes de lisibilité. Pour chaque page je pourrai te donner des anecdotes…

SLT: _ Tu te souviens de cette page-là? (ndlr: page 28/29) J’avais une idée de mise en scène qui était pas mal mais qui s’annulait parce qu’il y avait une double page qui faisait une grande image. Une représentation fragmentée en neuf image, trois bandes de trois cases, de la maison du vampire, avec le texte qui développe ses pensées. Et au fur et à mesure qu’on le lisait, en haut c’était la nuit et de strip en strip, l’aube venait à poindre. Et quand on a vu le vis à vis, ça ne fonctionnait pas. Du coup, m’est venu l’idée de reprendre la séquence des pages six et sept, la maison, le travelling avant. On visite, le texte accompagne, jusqu’au moment où on découvre l’identité de l’occupant de la maison. Je me suis dit qu’on n’avait qu’à faire de même avec d’autres éléments graphiques, récurrents pour certains, qui amèneront quelque chose de différent. On est en terrain connu, le lecteur n’est pas perdu. Le texte continue, on fait des raccourcis on ne reprend pas toutes les images. On en introduit de nouvelles, comme un portait qui n’était pas mis en évidence, qui auront une signification plus tard dans la dramaturgie, dans la résolution.

_ Et qui correspondent à ce que vous décriviez tout à l’heure, à des passages du texte de David S. Khara? C’est sur un tel exemple que vous avez pu synthétiser par le dessin ce que lui a détaillé?

SLT: _ Tout à fait. De toute façon, j’ai pris des libertés… Y’a une scène dans le roman où le vampire retrouve le flic. Normalement, dans le roman, ils vont prendre un pot dans un bar irlandais. Super… y’a un vrai moment d’émotion, parce que le flic, Barry, va raconter ce qui l’a traumatisé. Et c’est une évocation vraiment sensible. Mais le décor ne raconte rien. L’environnement, un bar irlandais, en plus on avait déjà eu une scène dans un bar, on n’allait pas en remettre un… Qu’est-ce qu’il faut montrer? Un point de vue. Narratif ET visuel. Donc je fais dire au vampire, d’aller dans un endroit plus approprié, et Barry connait un endroit, au sommet d’une tour dans Manhattan, de laquelle on a un point de vue sur l’absence des Twins, qui est juste suggérée par les fantômes de lumière. Quand il raconte, il fait lui-même un voyage dans sa nostalgie, dans sa douleur. Pas besoin d’aller dans un bar, on y est.

FP: _ Et surtout, tu nous emmènes dans un lieu qui est en reconstruction, en travaux…

_ Qui dit des choses sur le personnage?

SLT: _ Oui. Et là, l’image nous aide à accompagner le propos. Et bien entendu, le flash-back ensuite se justifie puisque le personnage dit « et du ciel est venu l’enfer », on voit ce qu’il voit, les tours de lumières et on embraye sur le flash-back. Ca se termine quand le flash-back est terminé, à la place des tours de lumière, on a les tours de nuit, de néant.

Tout ça, c’est des interprétations par rapport au roman, mais tout en gardant l’esprit.

Détail de l’histoire… On apprend peu à peu que Barry a perdu sa femme et sa fille dans les tours. Ses collègues y font doucement allusion, il s’effondre sur son lit après sa douche, serre une photo contre sa poitrine, et en zoomant dessus on se rend compte que c’est une maman et sa petite fille. Apparemment pour lui c’est une douleur, on ne sait pas ce qui s’est passé. Par la suite, il y a la chute des twins, on revoit cette photo comme une sorte de leitmotiv et qui petit à petit prend feu. Jusqu’à devenir un tas de cendre emporté par le vent. Et là on comprend, il dit dans le texte qui accompagne que la femme secouriste était venue aider les pompiers et que la fille était venue avec sa nourrice visiter quelqu’un qui travaillait dans les tours. Et là c’est la catastrophe. Mais il faut revenir sur cet évènement, c’est au milieu du scénario, on ne peut pas l’esquiver. Donc je profite d’un moment où il a fait le point sur son enquête, il a eu son rendez-vous avec Werner et il se repose. Et il rêve. Il rêve du moment où il a prit la photo, la boucle est bouclée. Ca c’est un ajout à moi. Parce qu’il fallait remettre en place ce qui est le cœur déchiré de Barry. Et on ne pouvait pas remettre la photo de Barry, symboliquement, elle a été détruite par les flammes. C’est le moment où il a prit la photo, c’est le moment où, dans le récit, ça bascule. D’ailleurs, la photo s’estompe, disparaît. C’est de petites astuces mais qui aide à l’écriture et à l’adaptation du roman.

Ceci dit, ça dépend de l’inspiration, c’est au coup par coup. Ca semble méthodique une fois qu’on explique, mais sur le moment, c’est l’instinct qui parle.

FP: _ Je me souviens, tu cherchais de la documentation sur internet, on cherchait un lieu… On trouve un truc, je me dis que c’est génial et là Serge se marre. Quand Serge rigole, c’est qu’il y a un truc. Et il m’amène directement à la page 33, reprend tout le scénario, me cite les paroles du tueur et il était tombé par hasard déjà sur la sculpture qu’on venait de trouver, qu’il avait intégré au scénario. Initialement, ce n’était pas dans le premier découpage… Cette méthode de travail apporte une richesse qu’on aurait pas autrement.

SLT: _ Je cherchais un endroit qui ait du sens par rapport à l’action. Je pensais à la patinoire, mais on l’a vue mille fois… Quelque chose de newyorkais mais qui ait du sens. La sculpture LOVE c’était idéal, d’où mon petit rire sardonique face à Frédéric.Extrait vestiges de l'aube 2

_ Quel est la suite pour vous sur cette série?

SLT:_ Les vestiges de l’aube, donc, ce sont deux albums. Le livre se conclue ainsi. David S. Khara vient de terminer le second roman, je vais le lire et puis on attend aussi les retours de vente de la bd. Bien entendu, il y a un impératif financier catégorique. Si on a fait un super album mais dont personne ne veut, on sait bien que ce n’est pas la peine de continuer. Si on a fait un album de merde qui se vend comme des petits pains… alors on négociera. Ah ah ah. Non, on espère juste des ventes raisonnables et que l’éditeur nous dise que ça va faire partie du fond. Et que plus tard encore, ce sera un album qui aura une vie.

_ Avez-vous déjà lu, vous, Serge, le second roman?

SLT: _ Non, je l’ai reçu hier soir.

Mais j’ai fait l’adaptation scénario du projet Bleiberg. C’est un truc très riche, très poignant. Je ne me sentais pas de taille à affronter ce mastodonte. Et puis un moment, je me suis réveillé au milieu de la nuit avec une voix qui chantait à mon oreille que si je ne le faisais pas, un autre que moi le ferait. Je me suis rendormi et au réveil je commençais l’adaptation. Je me suis lancé, et si je n’y arrivais pas c’était pas grave. J’ai fait la première version, je me suis fait plaisir… Dargaud est preneur mais il faut avancer un peu plus. David m’a donné le feu vert pour le découpage, reste à trouver un dessinateur avec qui je m’entende sur la méthode de travail. Quelques paramètres un peu compliqués à gérer mais qui en valent la peine.

 

Un grand merci aux trois auteurs, à Bernard de la librairie M’enfin et à Clotilde Palluat des Editions Dargaud.

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2 réflexions sur “Interview David S. Khara, Serge Le Tendre et Frédéric Peynet: Naissance d’une adaptation, naissance d’une collaboration

  1. Ah mais tu avais tout a fait raison, c était juste fait pour toi! Quelle belle rencontre!

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