Interview bd: Zidrou- Toujours se remettre en question.

zidrouZidrou ©Sylvain Piraux

Non, je n’ai pas rencontré Benoît Drousie, alias Zidrou, coqueluche de la blogosphère des chroniqueurs BD, au détour d’un festival ou lors d’une avent-première. L’homme déteste ces exercices, et il faut aller le chercher dans une région perdue d’Espagne pour pouvoir le faire parler un peu. J’aurai bien fait le voyage, mais la modernité a quelques avantages pour réduire les distances… Et je me suis dit que vous seriez quelques uns, par ici, à apprécier de lire ce scénariste parlant un peu de lui-même…

 

Toujours se remettre en question.

Zidrou, A l’origine, vous avez fait vos premiers pas dans Spirou, avec des séries d’aventure jeunesse, donc première question un peu piquante, si vous le permettez: Est-ce que vous vouliez remplacer Raoul Cauvin?
_ Non, pas du tout, c’est très journalistique ça. D’abord j’ai été le nouveau Cauvin, puis le nouveau machin et le nouveau truc. Non, j’essayais juste de faire mon boulot correctement, d’être moi-même, d’apprendre, de me tromper, de rebondir. Par contre, oui, ça me ferait plaisir d’arriver au niveau de Raoul Cauvin sur certaines de ses séries, ou de pouvoir scénariser des séries d’aventure humoristique, telles que sont (dans son catalogue à lui) les Tuniques Bleues. Mais c’est aussi valable pour d’autres auteurs. Je ne me targue pas de les concurrencer de quelque façon que ce soit, j’essaye juste d’être moi-même.

_ Vous êtes Belge, né à Anderlecht. Est-ce que ce sont les auteurs Spirou qui vous ont donné envie d’écrire?
_ J’ai fait tout autre chose à l’origine, j’étais instituteur. Directeur suppléant d’école. Quand j’ai arrêté d’enseigner, c’était pour faire autre chose, du théâtre pour enfant, par exemple. Et puis c’est la vie qui m’a ramené à la bande dessinée. Mais c’était assez logique, car lorsque j’étais petit, c’était un de mes médias favori, avec la télévision. Je suis de 62, donc explosion du média télévision, mais la vie m’a ramené à la bande dessinée. Malheureusement pour moi, j’étais du journal Tintin, c’était mon journal favori, et Tintin n’était plus là. J’ai donc essayé chez Dupuis, de rentrer par la porte, par la fenêtre… Jusqu’à me déguiser en St Nicolas et Père Fouettard avec un ami pour passer des planches. Petit à petit on y est arrivé… On s’est pris des claques, des trucs refusés, et voilà. Ca a fonctionné. Ma culture de base étant la bd grand public, puisque j’ai grandi là dedans. Mais actuellement, si je lis peu de bd et que je fais peu de salons, quand je lis de la bd c’est avec un regard de professionnel. Et je m’intéresse à des trucs beaucoup plus pointus, parce que ça me met plus en danger en tant qu’auteur. Je me demande comment le gars a fait ça, pour essayer d’évoluer. Logo journal de tintin

_ Est-ce que c’est ce passé d’instituteur qui vous a donné envie d’écrire d’abord pour le public jeunesse?
_ Oui… Non… C’était d’abord ma culture de base. On pense que j’ai fait Ducobu parce que j’étais instituteur mais ça n’a rien à voir, c’est un hasard total. Disons que c’était ce qui m’est venu en premier à l’esprit. Mais comme je l’ai pas mal répété ces derniers mois, personne ne voulait de mes scénarios réalistes à cette époque. Et certaines choses qui sortent actuellement m’ont été renvoyé à la gueule pendant quinze ans.
Mon premier album c’était Margot et Oscar Pluche, et c’est logique qu’après ça, les éditeurs essaient plutôt de vous faire travailler dans ce registre là. Quand il y a eu le succès de Ducobu, tout le monde a voulu que je fasse du gag, de la série pour enfant, et puis maintenant tout le monde veut que je fasse des trucs tristes, larmoyant, pour adulte. Moi je n’ai pas ce genre de calculs, je ne veux pas être comme certains scénaristes qui à tort, se spécialisent quand un truc a marché. Moi j’ai envie de faire de tout. Ce n’est pas parce que les gens ont aimé Lydie que je vais leur foutre un album plus dur après. Et si je fais un album plus dur, c’est pas pour ça que je vais pas faire de la poésie pour enfant après. Je peux avoir envie de faire un thriller, de la science-fiction, ou de faire un truc que j’avais jamais fait avant. Si je commence à me dire « faisons ce qui a plu au lecteur » -ou si je l’avais fait dans le temps, d’abord je serai mort. Créativement je me serai sclérosé. D’autre part, je ne me serais jamais battu pour essayer de placer des scénarios plus adultes et surtout, je serais toujours en décalage avec mon travail. Quand vous vous lisez un bouquin, parfois il est écrit cinq ans, huit ans, deux ans avant. Donc y’aurait quelque chose de relativement malsain.
Le temps que les gens réagissent, je suis ailleurs.
L'élève Ducobu

_ Au moment où l’élève Ducobu a commencé à être un succès, est-ce que vous avez ressenti une pression particulière, pour que cette série avance?
_ Non, ça s’est très bien passé. J’ai la chance de travailler avec un dessinateur vraiment professionnel (Bernard Godisiabois, dit Godi), qui a très bien géré le succès, humainement. Et puis avec un éditeur qui se redressait et qui a su investir sur notre série. On a eu la chance de monter dans le bon train au bon moment. Mais pression, non, non, au contraire, c’est une si ce n’est LA meilleure de mes collaborations éditoriales. Pas que pour le succès, mais parce qu’on me fout une paix royale. Là où y’a toujours des éditeurs qui se prennent pour votre papa, qui viennent regarder par dessus votre épaule, qui veulent lire votre scénario, là on me fout une paix royale. Du coup, quand Le Lombard vient me faire une remarque – c’est arrivé sur un scénario que vous lirez peut-être dans deux ans- j’écoute d’autant plus qu’ils viennent pas sans arrêt me « taquiner ». Je pars du principe qu’à un moment il faut laisser travailler les artistes. C’est leur métier, c’est leur nom sur la couverture. Et quand ils font un mauvais album, et ça arrive nécessairement comme tout le monde, c’est notre nom qui est dessus. Il faut les considérer comme des adultes. Mais ce n’est pas typique à l’édition, c’est notre société qui infantilise tout le monde. Horripilant… Mais là, Le Lombard, rien à redire.

_ A contrario, avec en plus l’adaptation cinéma de Ducobu, est-ce que ça vous permets d’être plus serein pour vos scénarios one-shots?
_ Ducobu a été une chance. C’est la résultante d’un travail régulier et appliqué, ne l’oublions pas. Toujours présent dans Mickey, dans Tremplin qui est un magazine qui se vend via un réseau scolaire en Belgique. Toujours on est là, réguliers, c’est important il faut le reconnaître. C’est comme pour un sportif professionnel, s’il arrête de s’entraîner, ça ne va plus.
Surtout, Ducobu m’a permis de dire non, et au moment où personne ne voulait de mes scénarios réalistes, m’a permis de revenir à la charge, c’est dans mon caractère, et donc d’accepter ces années difficiles. Car c’est vraiment dur qu’on vous jette vos scénarios à la gueule ou qu’on ne vous lise pas. Et donc ça m’a permis de traverser tout ça. Sans Ducobu je n’aurai pas pu me le permettre. Et en même temps, j’aurai pu tomber dans la facilité de sortir d’autres séries à gags et de me multiplier dans ce registre. Or, je ne suis pas un gagman, je le sais. Je peux me débrouiller, évidemment, mais je ne suis pas un gagman. Autant Midam l’est, autant moi je fais ce que je peux. Je suis une erreur de casting. Mes forces principales ne sont pas dans le gag, mais on fait avec ce qui vient, hein…

_ En observant votre bibliographie, on observe un tournant dans votre carrière en 2009, avec la publication d’un premier recueil de nouvelles, plus adultes, La vieille dame qui n’avait jamais joué au tennis. Alors comment passent ces premiers scénarios?
_ Moi ça fait des années que je voulais faire ça. Mais comme ça fait des années que je veux faire du 44 planches humoristiques. La plupart des histoires qui sont dans le premier recueil, avaient déjà été publiées dans Spirou avec un autre dessin. On a voulu les redessiner avec une coloration, un graphisme plus adulte. Mais certaines de ces histoires ont été publiées il y a vingt ans dans Spirou, sous l’ère de la rédaction en chef de Thierry Tinlot, qui m’a lui laissé beaucoup de libertés. Il est celui qui a accepté mon premier scénario réaliste, qui s’appelait Mèche Rebelle et a été renommé erronément Protecto quand ils avaient été déçus par les ventes. C’est lui qui avait accepté ça. Y’avait déjà des prémices. vieille_dame_image
Tout ça est un long chemin en parallèle, je veux dire. Comme une rivière qui coule sous la terre mais qui est là. Elle a essayé de sortir, et puis à un moment, elle y est arrivé.

_ Jolie image. Lydie est un de vos premiers scénario réaliste publié…
_ J’ai eu de la chance. C’est un hasard, du au retard de l’un, à la programmation d’un autre. J’ai eu de la chance parce qu’il venait confirmer le petit succès d’estime (et même de ventes) de la Vieille dame. C’était quand même de jeunes dessinateurs inconnus pour la plupart, avec des registres graphiques vraiment différents. C’était déjà Jordi (Lafebre) qui avait fait la couverture de la Vieille dame et il revient pour Lydie, qui est clairement un de mes meilleurs albums. Un album de sentiments positifs et grand public, moins exigeant que le Beau voyage. Or, le Beau voyage a été écrit avant et les Folies Bergères aurait du sortir avant aussi. Donc ça a un peu préparé le terrain, et les gens étaient plus réceptifs et plus ouverts à se prendre dans la gueule un Folies Bergères ou un Beau voyage, qui ne sont pas des albums à se remonter le moral le soir dans sa baignoire.

_ Et ce mouvement là s’est retranscrit sur internet. Par sa douceur, sa simplicité, ce que vous en disiez, le caractère positif de l’histoire, vous a fait une porte d’entrée fantastique pour ce public là, qui depuis, vous est d’une fidélité impressionnante. Il n’y a qu’à placer votre nom dans une chronique pour que les lecteurs affluent.
_ On m’a dit ça… J’en ai eu un aperçu dans une librairie à Bruxelles. Je suis à Bruxelles l’été dernier, j’allais avec des amis aux Francofolies. Je rentre dans une librairie pour chercher un album précis pour un de mes gamins, et puis un peu curieux je regarde ce qu’il y a. C’est l’été, mais il y avait encore beaucoup d’albums sur les tables, comme on dit. Et donc y’avait carrément un rayon « Zidrou », avec des autocollants, des coups de cœur, machin… Je suis vite sorti. Parce que si je commence à me gargariser sur ce que j’ai fait de bien, c’est la meilleur façon pour ne plus rien faire d’intéressant, ou ne plus se remettre en question. Ou ne plus se faire plaisir. Se dire que ça a marché et faire un Lydie 2 ou un truc super trash façon brouillage… Faut absolument que je garde la liberté de pouvoir, si je le veux, faire du Buck Danny (même si je déteste ça) ou de la poésie pour enfant, sans me sentir obligé, parce que le lecteur ou les blogueurs, préfèrent ça. Je sais que les blogueurs et les libraires risquent plus d’épingler Lydie ou les Folies Bergères, qu’un Ducobu ou un album pour les petits enfants. Un Yakari ça ne les intéressent pas, et pourtant, ça peut être très, très, bien.
Donc on me l’a dit, des auteurs présents en salons me l’ont dit. Il y a même des lecteurs qui découvrent seulement maintenant Lydie par ce petit « effet Zidrou ». Mais bon j’ai la chance d’habiter dans un coin perdu en Espagne où on ne sait même pas qu’on vend des bds dans le monde, et je n’ai pas cette forme de pression indirecte qui pourrait m’installer dans l’auto-complaisance. Je suis quelque part devenu un sportif d’élite. De la même façon que Nadal réussit mieux ses volées ou ses passing-shots, moi évidemment j’ai plus de chance d’être meilleur pour faire un dialogue ou une scène que si j’avais pas 20 ans de pratique derrière moi. Mais ça veut dire se remettre en question. On peut rater un match et réussir un autre, et c’est pas parce qu’on a gagné Wimbledon qu’on risque pas de perdre le tournoi suivant. C’est l’avantage d’être un peu à l’écart de tout ça, de ne pas faire les cocktails, les salons.

_ J’ai été touché par un certain nombre d’histoires, et je leur ai trouvé un point commun. Vous parliez de passer à l’humour, au gag, et un album comme Boule à zéro m’a beaucoup touché. Avec le Beau Voyage, le Roi de Prusse, je trouve que ça dit quelque chose sur les moments difficiles qu’on peut vivre en temps qu’être humain. Est-ce que c’est là dessus que vous avez envie d’écrire?
_ Non, je ne me pose pas de questions, ça vient comme ça vient. C’est ma nature. Alors oui j’ai des thèmes récurrents et il y a des traits de ma personnalité qui transparaissent puisqu’évidemment la seule chose qui m’intéresse comme je le dis souvent, c’est que dans la mesure du possible le scénario soit de moi. Raté ou réussi. Qu’on ne puisse pas se dire (ça arrive dans plein de bds. Je ne veux pas dire de mal de mes collègues, mais quand même), « mais qui a scénarisé ça? » Quand il n’y a aucune patte. Moi je préfère voir un David Lynch raté ou un Woody Allen qui fonctionne pas, qu’un film dont on voit même pas qui l’a fait tant il est standardisé.
Je trouve très important, que ce soit sur Ducobu, le Beau Voyage ou Zigo le clown, que ma petite musique à moi puisse retentir. Alors évidemment il y a des thèmes récurrents qui reviendront, souvent inconsciemment. C’est après quatre ou cinq albums que je me rendrai compte que je reviens avec le même thème et qu’il faut que je fasse attention. Et donc ça me paraît fondamental. Ce n’est pas un hasard si en tant que lecteur ou spectateur je suis attiré par les créations où il y a une patte, quelque chose de différent. Même si parfois le résultat ne m’enchante guère. Mais au moins il y a une personnalité. Les scénario politico-économico, avec des personnages archétypes, je vois pas où est l’intérêt. Ou alors on est jeune et on arrive dans le métier, et on accepte de faire le 257e épisode de Julie Lescaut ou le 39e tome de je ne sais pas quoi. Mais autant que ça soit quelque chose de personnel.

_ Vous me tendez la perche. Est-ce qu’on pourrait vous retrouver sur une série reprise, ou conceptuelle, qui demande à des auteurs récents de reprendre de vieux personnages.
_ Je me suis planté sur le Flagada, que j’ai fait pour faire plaisir à Berco… Ce que j’ai fait avec la Ribambelle, mais là je ne me suis pas planté. On a pas pu faire le tome 3, mais je pense qu’il aurait été encore mieux. Mais oui vous en aurez. Il y aura deux Spirou vu par Zidrou, dont un écrit il y a 355 ans, et puis j’ai fait un Ric Hochet vu par… et j’ai accepté Chlorophylle, qui m’a été poussé par le dessinateur de Ducobu qui me fait vivre depuis vingt-cinq ans, je pouvais quand même lui renvoyer l’ascenseur. Parfois c’est pour faire plaisir à l’éditeur, au dessinateur, parfois c’est pour le défi, ou pour faire plaisir au petit Benoît que j’étais à 9 ans… Mais j’essaye qu’il y ait toujours quelque chose dans le scénario qui soit ma signature.

Rosko tome 1

_ En terme de publications, vous avez eu un cycle très humain. Depuis quelques mois, avec la Mondaine, Tueur de mamans, Rosko, on vous sent sur des univers un peu plus sombres…
_ Je vais redire ce que je dis à tout le monde: ça n’a strictement rien à voir. Rosko a été écrit il y a quinze ans. Tueur de mamans, c’était l’éditeur qui voulait publier les deux albums coup sur coup, La Mondaine, c’était pour pas refaire du Lydie, faire du plus dur. Mais ça a été écrit il y a un certain temps vu que le tome 2 sort en Août. Donc la programmation n’a strictement rien à voir. Une fois j’avais réussi à me souvenir de l’ordre d’écriture, ça n’avait rien à voir. Le Beau voyage a été écrit il ya très longtemps alors que le Client qui était sorti dans la foulée avait été écrit peu de temps avant et dessiné en six mois.

_ Ces albums que vous avez gardé longtemps de côté, est-ce qu’il est plus facile pour vous de les présenter aujourd’hui à un éditeur?
_ La preuve, ils sont sortis. Mais ceci dit, je ne proposerai pas des trucs si je n’y croyais pas. Parfois, c’est en discutant avec les dessinateurs, je ressors de vieux trucs. Mais le stock diminue, je fais plutôt dans la création. Par contre, ça peut être des thèmes que j’ai en tête depuis très longtemps, ou des choses que j’ai amorcé il ya très longtemps.
_ Donc vous n’avez aucun mal à jongler avec les albums, dans leur réalisation? Ces scénarios étaient déjà très poussés?
_ Parfois, il y avait seize pages de faites… Alors certains sont tombés au champs d’honneur, mais il y en a d’autres auquel je crois toujours. Parfois on s’accroche et on a eu tort, parfois ça donne le Beau Voyage ou Boule à Zéro, mais je peux pas le dire avant. Parfois mon travail ne fonctionne pas, parfois c’est la collaboration… Si ça peut donner du boulot à quelqu’un… Et puis si on me donne 5000 euros, je prends… Si c’est de la daube je la brûle au fond du jardin. De toute façon je sais que quand je fais du Folie, certains me demandent pourquoi je fais pas du Ducobu, et que quand je fais de la petite bd légère, surtout en France, on se demande pourquoi je m’abaisse à faire ça. Moi, en temps que spectateur, je peux tout à fait passer de How I met your mother à du Grand Blond, à Homeland ou je ne sais quel film super pointu.

_ J’arrive à la fin de notre entretien, je voulais vous poser une dernière question. Vous avez collaboré avec beaucoup d’éditeurs, mais celle qui va m’intéresser là, c’est celle avec Sandawe, Pour Maître Corbaque, un des premiers albums en France financé par Crowdfunding (financement participatif)…
_ Sandawe m’a dit que c’était le premier financé et publié, mais c’était un peu de la triche, parce que tout avait déjà été publié dans Spirou 250 ans avant, et il restait juste à emballer un peu l’album. Alors que les autres devaient faire leurs planches, les mettre en ligne, donc on a un peu triché. Mais c’est une avocate marron, faut pas s’étonner. C’était amusant… Et quand Patrick Pinchart, un ancien rédacteur en chef de Spirou m’a contacté, il a fallu que je me souvienne d’abord de ce que c’était. Heureusement, j’ai des archives, j’ai pu retrouver. Et un, j’étais étonné que ça tienne aussi bien la route, deux, mais c’était sous l’ère Tinlot et on est pas comme aujourd’hui dans une France qui a peur de tout et censure un truc par semaine, il y avait des histoires qui tenaient plus de Fluide Glacial que de Spirou. Aujourd’hui, tout le monde a peur, on envoie les juristes…. La France est devenue tellement frileuse que ça en fait peur.
Donc j’ai dit oui, j’ai même écrit une histoire supplémentaire, pour amorcer les nouveaux investissements, mais ça ne s’est pas fait. Encore une histoire que je pourrai ressortir dans quinze ans… Mais c’était amusant. Et puis je crois que David Evrard, E411 le dessinateur de l’album, commence à émerger un petit peu, avec des albums en Belgique, avec une adaptation de Schumi, qu’on a fait chez Paquet, pour la télévision française. Il a super progressé, avec un dessin très rond, très empathique, un peu dans la lignée de Midam et autres, et je trouve qu’il mérite que le vent tourne en sa faveur.

e411 , maitre corbaque , T1 , malo , 2011

_ Et donc, pour finir, qu’est-ce qu’on va pouvoir lire de vous cette année? Un deuxième tome de la Mondaine, déjà…
_ Boule à zéro 3, Tamara 12 qui vient de sortir…. Il y a… Ducobu… Tournedisque, un one-shot deuxième volume d’un triptyque avec le Montreur d’histoires, au Lombard. Il ya Marina 2, un livre pour enfant, Tepee, avec Frédéric Rébéna à l’illustration, ça se vend tout seul on est content. Qu’est-ce qu’il y aura d’autres? Je m’y perds moi-même… Chlorophylle 1… Pas grand chose en fin d’années.
Et puis après il y aura un Spirou dessiné par Franck Pé, y’a pleins de trucs encore… J’ai fini le Rosko 2… Plein de choses quoi. J’essaye juste que le petit « effet Zidrou » ne crée pas un effet de goulot. Mais y’a rien à faire, ça sera encore comme ça pendant deux ans, comme y’a des choses amorcées y’a longtemps, beaucoup de choses vont arriver. Mais ce sont des lectorats différents, donc je marche pas sur mes propres pieds, mais je fais attention à ne pas tomber dans le travers de certains. A une époque, il ne se passait pas une semaine sans qu’on ait un Corbeyran ou un Morvan ou un Trondheim. Et le moins bon album en vient à handicaper le très bon qui sort un mois après.
Mais voilà, j’ai plein de projets, et si j’ai passé une année à des trucs un peu « ringard », les Ducobu, Tamara, Ric Hochet, Spirou- mais ça tient surtout aux disponibilités des dessinateurs, là je vais pouvoir me remettre un peu sur des scénarios plus de ceux dont on parlera sur la blogosphère. Avec des histoires que j’ai hâte de raconter depuis des années.

 

Un grand merci, Zidrou, pour le temps que vous nous avez consacré.

7 réflexions sur “Interview bd: Zidrou- Toujours se remettre en question.

  1. Génial ! Et encore plus génial de savoir qu’on va lire du Zidrou et du bon Zidrou encore longtemps ! Bravo pour cet interview ! Tu nous régales !

  2. Génial!! Merci de partager cette riche interview d’un auteur que j’aime tant!! Bravo pour ton audace : t’as vraiment du culot d’avoir pu le contacter!!

  3. Merci PG. J’avoue que j’ai du prendre mon courage à deux mains, pour le contacter, et que ça a pris un peu de temps. Pas facile à joindre l’animal…. Mais je ne regrette pas mon « audace » ^^

  4. Bravo à toi, c’est super ! J’ai appris plein de choses !
    J’ai offert « Lydie » à ma soeur le week-end dernier, alors qu’elle n’est pas lectrice de BD, elle ne peut pas ne pas aimer !! (ou sinon, je le lui reprends !! ^^)

  5. Pingback: La vieille dame qui n’avait jamais joué au tennis… | Les lectures de Caro

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