De l’autre côté (La BD du Mercredi)

De l'autre côté

Titre: De l’autre côté

Scénariste: Jason Aaron

Dessinateur: Cameron Stewart

Coloriste: Dave McCaig

Editeur VO: DC Comics

Collection VO: Vertigo

Editeur VF: Urban Comics

Date de publication VF: Octobre 2013

 

Cet ouvrage, je l’ai laissé passer en Octobre dernier, dans l’abondante production Urban Comics. Il avait été recommandé par un scénariste français que j’estime, Luc Brunschwig, mais je ne m’étais toujours pas penché dessus. Il a fallu que la sélection des Samb’or, du site Samba BD, en fasse état, pour que je me décide à me préoccuper du contenu de cet ouvrage. Tout ça pour dire que c’était sans foute une bonne boulette.

 

Septembre 1967, le jeune Bill Everette est appelé sous les drapeaux par l’Oncle Sam, afin de servir sa patrie dans la guerre opposant les USA contre les Nord-Vietnamiens. Vo Bin Daï, fils de paysan, vils de soldat vietnamien, répond à l’appel de sa patrie, le Nord Viet-Nam, afin de faire la guerre pour repousser les américains hors de la péninsule et réunifier enfin le pays. Ces deux jeunes hommes, ces deux soldats, sont dans deux camps opposés. Voici l’histoire croisée de leur parcours, un fusil à la main dans la jungle du Viet-Nam.

 

Grosse claque en perspective, grâce au duo Aaron/ Stewart. De la part du scénariste, ce n’est pas très étonnant puisqu’il est déjà l’auteur du sévèrement burné Scalped, série violente et agressive sur le point de vue des idées. Aaron décrit la guerre du Viet-Nam dans sa plus froide cruauté. Montre ses effets dévastateurs sur les hommes, tant sur le psychique que le physique. Sa force, me semble-t-il, c’est de proposer dans le même temps, et parfois même en face à face dans le livre, le point de vue des deux soldats ennemis, qui ne vivent pas la même chose en théorie. Et sans en donner l’impression, Aaron nous démontre au contraire tout ce que leur histoire a de commun. le poids de l’idéologie sur cette guerre, notamment. Cette façon de procéder l’aide manifestement à ne pas tomber dans la glorification d’un camps par rapport à l’autre. Une des premières scène montre justement comment les nouvelles recrues sont abreuvées de mensonges pour leur enlever toute humanité à l’égard de ceux qu’ils vont devoir mitrailler ensuite. Par la suite, Aaron ne se prive pas de montrer les exactions des deux camps, même si je le trouve un peu plus prudent avec les américains. Si l’on voit des Viet-minh tuer une famille entière, femmes et enfants compris, de soi-disant traîtres, le viol d’une jeune vietnamienne et sa défiguration au briquet n’est qu’évoquée, par la victime elle-même. Quand on sait que le personnage est guide pour l’armée du nord Viet-Nam, on peut toujours questionner la véracité de ses propos. Aaron ne donne pas à voir la scène, c’est fort regrettable, car son propos perd alors en pertinence. Cette légère différence de traitement, il va l’avoir jusqu’à la conclusion, et là encore, je trouve qu’Aaron a perdu une occasion de frapper fort. D’une certaine façon, le héros américain gagne (même s’il paye un prix élevé pour cela), et le Vietnamien perd. Il aurait été plus pertinent, me semble-t-il, de ne pas les confronter directement à la fin, tout en les blessant de la même façon. Cela aurait été moins pro-américain, un positionnement que le scénariste cherchait pourtant à éviter. C’est dommage, car son récit perd un peu en force.

Cette histoire puissante est formidablement bien illustrée par Cameron Stewart, un auteur que je ne connaissais pas jusque là. Peut-être ais-je déjà lu certains de ses travaux, mais ils ne m’avaient pas marqué. Il possède un style très expressif, très clair, et ce alors qu’il n’hésite pas à utiliser abondamment l’encrage pour donner une ambiance très sombre à l’histoire. Le dessin est précis, vif, c’est très agréable à regarder. Les couleurs de Dave McCaig sont un peu étranges. Sans doute ont-elles une teinte chromatique particulière, mais cela convient bien au récit. Elles apportent, ces couleurs, une légère distance sans doute salutaire pour un tel sujet.

 

Une pointe de regret sur ce qu’aurait pu être cette histoire, mais le sentiment de lire un livre vraiment utile et pertinent. Surtout pour une production américaine. Ajoutez à cela une édition soignée d’Urban Comics, avec ces bonus très intéressants, dont un carnet de voyage au Viet-Nam du dessinateur, et vous saurez pourquoi il ne faut pas hésiter à faire l’acquisition de ce livre.

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Logo top bd17,75/20

5 réflexions sur “De l’autre côté (La BD du Mercredi)

  1. non, je connais de nom par ton blog, mais je ne suis jamais tombé dessus jusque là. tu en penses le plus grand bien, je crois me souvenir?

  2. pas du tout mon registre, mais après tout, j’ai déjà été très agréablement surprise en repoussant mes « limites », et vu ton avis… à voir!

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