Le magasin des suicides (La BD du Mercredi)

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Titre : Le magasin des suicides

Scénariste : Olivier Ka

Dessinatrice : Domitille Collardey

Coloristes : Domitille Collardey et Max de Radiguès

Editeur : Delcourt

Date de publication : Septembre 2012

D’après le roman de Jean Teulé

 

J’aime beaucoup Jean Teulé. C’est un écrivain qui ne mésestime pas la bande dessinée, qui en est auteur parfois, et cette ouverture d’esprit fait du bien à ceux qui, comme moi, estiment au plus au point le 9e art. Et ce monde le lui rend bien, en adaptant régulièrement ses œuvres en dessins et en cases. Voici une nouvelle occasion de découvrir le travail de cet artiste. Qu’il faudra quand même que je lise un jour sans le support du dessin, quand même.

Le magasin des suicides est la grande fierté de la famille Tuvache. On y trouve tout le nécessaire pour se suicider de la façon que l’on souhaite. Discrètement ou avec flamboyance, traditionnellement ou avec un peu d’exotisme, tout est possible. Cordes à nœud coulant, bonbons empoisonnés, pistolet jetables à usage unique, tout, vous dis-je. Mais la famille Tuvache souffre. Le dernier-né semble sourire. Il semble heureux. Un état d’esprit totalement incompatible avec le standing d’une maison comme le Magasin des Suicides. Mais pourquoi ne devient-il pas artiste maudit comme son frère Vincent, ou pauvre fille désemparée comme sa sœur Maryline ?

Etonnant, cet ouvrage, mais je m’y attendais un peu, à vrai dire. La première lecture m’a laissé quelque peu de marbre, je pensais ne pas chroniquer cet album. Mais un second passage m’a permis de voir certaines choses que je n’avais pas perçues. Et notamment, le travail très réfléchi sur la mise en couleur. Tout est gris, dans le magasin des suicides. Les décors sont en nuances de gris. Les personnages aussi. Sauf le bébé, Alan. Qui lui est en couleur. Et qui peu à peu, va contaminer tout son entourage. Au fur et à mesure que son optimisme déteint, les couleurs font de même. Je ne l’avais pas vu la première fois, mais c’est une façon très intelligente de traduire l’esprit voulu par le romancier à l’origine. Je me demande comment les deux artistes se sont partagés le travail… Le concept théorique est devenu un concept graphique, et cela apporte un vrai plus à l’histoire.

Histoire attachante, mais encore plus dès lors que l’on connaît sa chute. Je ne vous en dis rien afin de ne pas vous priver de la conclusion d’un parcours que l’on fait en commençant la lecture. Ce serait trop dommage. Mais indéniablement, Teulé interroge sur le rôle que peut se donner un enfant dans une famille. Ou que les parents lui donnent inconsciemment. On connaît ces enfants qui portent le même prénom que leur prédécesseur mort-né. C’est tragique pour celui qui reçoit le poids de devoir remplacer le défunt. Alan, à mon avis, reçoit un tel fardeau. Rendre joyeuse une famille qui se complaît dans la tristesse. Il n’a pas le choix, c’est sa mission. Pour moi, Teulé et les auteurs qui l’adaptent, mettent ce principe en avant. Avec en plus une réflexion sur la satisfaction de tous les désirs. Une société doit-elle satisfaire les désirs morbides de ses membres en pleine décrépitude, ou doit-elle au contraire évoluer pour proposer quelque chose de différent, qui ne soit pas voulu, mais qui soit au final plus satisfaisant ? Vous avez quatre heures, deux copies doubles, je ramasse à la fin.

Une bonne adaptation de livre, à mon sens, doit réussir à capter l’esprit de l’ouvrage, pour le retraduire suivant une grammaire différente. C’est à mon sens un pari pleinement réussi pour Olivier Ka et Domitille Collardey, qui réussissent à l’aide des atouts de la bande dessinée, à nous faire réfléchir sûrement tout autant que les lecteurs originels de Teulé. Une adaptation utile, en somme.

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25 réflexions sur “Le magasin des suicides (La BD du Mercredi)

  1. J’ai beaucoup aimé le film d’animation, mais je ne savais pas que c’était un livre à l’origine ni qu’il existait une BD. Merci de la découverte

  2. D’abord, je vais lire le livre, après je passerai à la BD. Le livre est noté depuis très longtemps… faudrait juste que je le fasse remonter de ma lal !

  3. Je devrai vraiment prendre de lire teulé en version originale. Chacune de ses adaptations m’a plu. pas de raisons d’être déçu par l’original

  4. J’avais beaucoup aimé le roman. Une belle façon d’en prolonger la lecture, d’après ton billet…

  5. j’ai beaucoup aimé le roman qui était mon premier Teulé, j’ai très envie de lire l’adaptation (et Olivier Ka!)

  6. Il faut que je le fasse, oui… Et celui aussi sur le mec lapidé sur place par ses congénères au moyen-âge… en fait, je devrais lire tout Teulé…

  7. j’avais adoré le roman et j’ai trouvé cette BD pas mal du tout… j’avais mis 17 comme quoi … 🙂

  8. Album lu l’année dernière, j’avais passé un bon moment ! Je viens de me rappeler de la fin, effectivement, elle est originale ! Et puis pour les couleurs, c’est comme toi, je n’avais pas vu au départ, ça m’était apparu au cours de la lecture…

  9. J’avais d’autant plus aimé que je connaissais déjà le roman. Ceci dit, je trouve encore que le roman est de meilleure qualité mais cela n’enlève rien au fait que cet ouvrage est sympathique et que l’adaptation est plutôt bien foutue.

  10. Je ne suis pas fan du roman et je n’ai pas trop accroché à cette BD. Par contre, j’ai beaucoup aimé le principe des dessins qui se colorent au fur et à mesure que l’on progresse dans l’histoire

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