Au nom de la bombe (Samedi one-shot)

Au nom de la bombe

Titre : Au nom de la bombe

Scénariste : Albert Drandov

Dessinateur : Franckie Alarcon

Editeur : Delcourt

Date de publication : Décembre 2009

 

Récemment, alors que je discutais avec un proche d’Un printemps à Tchernobyl, d’Emmanuel Lepage, cette personne m’avait recommandé de lire Au nom de la bombe. Coup de chance, j’avais déjà emprunté le bouquin, que je n’avais pas encore lu. Ces histoires secrètes des essais atomiques français m’intéressaient grandement. Qu’allais-je donc y lire ?

 

1967. L’année où la France acquis la bombe nucléaire, entrant dans le cercle restreint des pays capables de faire exploser la planète si tel était leur bon plaisir. Les premiers essais eurent lieu en Afrique, dans le désert algérien, que les accords d’Evian nous laissaient exploiter à notre guise. Puis les essais furent délocalisés dans l’archipel tahitien. Les plus de trente ans connaissent maintenant bien Mururoa. Les essais y furent tirés jusqu’en 1995, année où la pression internationale poussa Jacques Chirac à cesser ces tests  à l’air libre. Pendant ces trente ans, des soldats, des civils, des populations indigènes, ont souffert des retombés de l’atome. Car on ne leur révéla jamais la réalité du danger de la bombe. Et le peu qu’ils en savaient, ils devaient le taire. Voici donc les histoires de ces hommes, de ces sacrifiés pour la grandeur de notre pays.

 

Je ne suis pas tout à fait convaincu par cet album. Non par son propos, qui met en lumière des comportements totalement inadmissible de la part des autorités françaises, mais par sa forme, succession d’histoires indépendantes, de petites histoires cachées par la grande. J’aurai préféré un récit unique, quelque chose qui aurait plus tenu du reportage, de l’enquête. Il manque un fil global à ces récits, un propos un peu plus explicite, même si les intentions du scénariste sont évidentes. Une plus grande implication des auteurs, sans doute, qui se cachent un peu derrière leurs personnages. Adopter une telle position aurait permis aussi d’expliquer comment ces récits ont été sélectionnés. Est-ce par simple travail de documentation, ou bien le scénariste a-t-il rencontré certains des témoins pour les amener à parler ? On ne le sait pas, et cela manque. Impossible de savoir si ce sont des récits romancés, par exemple. Mais si l’on passe outre ces considérations, évidemment, le propos est très intéressant et vient nous chahuter nous français, sur notre histoire proche. Combien d’algériens, de touaregs ou de tahitiens sont morts des effets des essais nucléaires français ? Nous ne le savons pas, parce que nous ne voulons pas vraiment le voir. Sans doute trop d’acteurs de l’époque encore présents à différents niveaux de décision aujourd’hui. Il serait bon qu’un universitaire étranger vienne se pencher là-dessus pour nous permettre d’y voir un peu plus clair. Cela fût nécessaire pour Vichy, pas sûr que ce passé là soit beaucoup moins honteux.

Côté dessin, je n’ai pas grand reproche à faire à Franckie Alarcon. Il possède un trait un peu abrupt, qui regarderait un peu du côté de Sfar, de Blain. Son travail se lit sans soucis, sans gêne aucune. Un travail honnête et sérieux.

 

Intéressante lecture donc, même si la méthode n’est sans doute pas optimale pour traiter de ce sujet. Avec l’arrivée de la revue « La revue dessinée », j’espère qu’une nouvelle génération d’auteurs-reporters va se développer afin de venir explorer plus encore ce genre de questions.

Au nom de la bombe_ planchetopbd_201314.5/20

2 réflexions sur “Au nom de la bombe (Samedi one-shot)

  1. Le reportage en bandes dessinées n’est pas un genre que j’affectionne particulièrement malgré des réussites certaines. Au plaisir de te relire…

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