Culture Manga (Semaine Livres Para-BD)

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Titre : Culture Manga

Auteur : Fabien Tillon

Editeur : Nouveau monde éditions

Date de publication : Septembre 2006

En préparant cette semaine à thème, j’avais à cœur de vous proposer des regards très différents sur le monde de la bande dessinée. J’avais notamment très envie de vous proposer des ouvrages traitant des différents genres géographiques. J’ai emprunté ce livre là en médiathèque, inspiré par sa maquette intérieure. C’est sur le fond qu’il m’a convaincu de vous en proposer la chronique.

Fabien Tillon propose un ouvrage assez didactique, qui a le mérite de contextualiser le manga au point de vue historique et au point de vue artistique. Depuis les estampes, jusqu’à l’utilisation des codes du genre dans l’art contemporain, Fabien Tillon replace efficacement le manga dans son héritage culturel, c’est vraiment très intéressant. Il nous décrit comment cette littérature s’est créée, avec quelles contraintes elle est devenue une industrie. Il permet du coup de répondre à une question que je me posais au vu du peu de place pour le genre dans le Top bd des blogueurs.

Je me demandais où étaient les grands artistes du manga, les Hergé, les Eisner, ce genre de monuments. Je connaissais bien Tezuka, un ou deux autres que j’avais repéré, autour du Gekiga, notamment, mais j’avais l’impression de rater des auteurs. Et si l’on en croit l’auteur, en fait, je n’ai pas raté grand-chose. Car l’industrie du manga se construit sur l’économie de guerre et la pénurie de papier, de ce qu’il en décrit, amenant la bande dessinée à se construire sur de petits moyens, avec donc cette forme d’exploitation des artistes que l’on connaît tous. On veut du pas cher, du produit rapidement et régulièrement. Difficile, donc, de magnifier l’auteur comme nous avons pu le faire dans la même période en Europe et d’une certaine manière en Amérique. Et là où Tillon est encore plus intéressant, c’est quand il décrypte comment ces questions économiques ont influencé les codes graphiques du manga : les effets de lumière prenant toute la case, supprimant toute nécessité de décor, c’est pour réduire le temps passé sur les planches, et donc le coût  unitaire. Il décrit comment les auteurs achetaient même il y a cinquante ans des gabarits « halo lumineux » qu’ils collaient pour aller plus vite. Alors non, il n’y a pas le culte du grand auteur/ artiste au Japon, en dehors de quelques grands noms. Mais le mangaka n’est pas encore vraiment un artiste. C’est un amuseur, un fournisseur de produits divertissants, mais pas un artiste à part entière. Ce pour quoi les artistes de la vague Gekiga tendent à ne pas se faire appeler mangaka, appellation symbole de ce système productif, mais Gekigaka. Un genre à part, pour une façon de produire très différente.

Dans ce livre, vous apprécierez aussi une mise au claire du « maquis des genres », comme le nomme Tillon, les différences entre Shonen, Shojo, Boys love et seinen. Vous lirez une intéressante analyse sur la façon dont des artistes comme Murakami prolongent le manga dans leurs œuvres, ou une présentation rapide de l’état de la production dans les différents pays d’Asie du Sud-Est. Un ouvrage très complet, qui fait donc un bon balayage de cet univers.

Mon seul bémol reposera sur l’articulation des chapitres de ce livre, que je trouve peu claire. Les sous-parties sont mal identifiées, dans les grandes parties séparées par des doubles pages illustrées. Il y a un flou en tous cas. De même, certaines incrustations du texte dans des formes un peu étranges, cassant la structure normale du livre, je ne suis pas convaincu. Sinon, les illustrations sont riches et variées et complètent bien le texte.

Voici donc un ouvrage parfait pour un lecteur qui commence à s’intéresser au manga, ou en tous cas qui veut connaître les bases culturelles de ce genre. Intéressant et didactique, il constitue, me semble-t-il, une bonne base de culture générale sur le manga.

Une réflexion sur “Culture Manga (Semaine Livres Para-BD)

  1. Je n’ai pas lu ce livre donc j’aurais bien du mal à avoir un avis critique là-dessus, en revanche, j’en ai lu quelques uns ces derniers temps sur l’histoire du manga car j’ai préparé une formation sur ce genre.
    Or, une chose est ressortie de mes lectures (en particulier à partir du article publié par Xavier Guibert dans Comicalités) c’est cette volonté d’appliquer des schémas de la BD occidentale (BD + Comics books) au manga. Et en lisant ta chronique et la synthèse que tu fais de la théorie de l’auteur, je retrouve un peu ces fantasmes.

    Je ne vais pas réécrire un bouquin dans ce commentaire, mais, et j’ai peut-être mal compris ton propos, écrire qu’il n’y a pas beaucoup de grands auteurs classiques en manga hormis Tezuka et à mon avis plutôt faux. Mais après tout on nous rabat les oreilles avec « le dieu du manga » depuis très longtemps. Pour ma part, en dressant un peu une liste, j’ai trouvé deux pages d’auteurs que je considère comme des maîtres : Otomo, Tezuka, Matsumoto, Tastumi, Yazawa, Ikeda, Hojo, Toriyama, Tsuge, Mizuki… pour ne citer que les plus connus.

    Notre problème (le mien, le tien et de la plupart des bédéphiles), est que nous jugeons les mangaka avec des critères d’occidentaux où le graphisme est la chose première de la bande dessinée. Mais, la BD japonaise se place au contraire sous le couvert du scénario comme élément primordial. Raconter des histoires… C’était le but ultime et avoué de Tezuka. Raconter des histoires, pas faire des beaux dessins. Et qui pourrait renier le statut d’artiste à un scénariste ou à un écrivain ?

    Et de ce côté là, plus je lis du manga, plus je m’emm**** en lisant de la « belle » BD. Et si la nouvelle BD a autant marcher au début des années 2000, c’était bien qu’ils avaient un peu compris ça aussi (et même si je ne suis pas très fan du Sfar d’aujourd’hui, on ne peut que s’incliner devant ses albums de l’époque).

    Bon, je m’arrête là car je vais écrire un roman. Il y a matière à discussion sur ce sujet en tout cas.

    Le lien vers l’article de Xavier Guibert dont je parlais plus haut
    http://comicalites.revues.org/733

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