SOS Bonheur Intégrale (Samedi One-shot)

SOS Bonheur intégrale

Titre: S.O.S. Bonheur- Intégrale

Scénariste: Jean Van Hamme

Dessinateur: Griffo

Editeur: Dupuis

Collection: Aire Libre

Date de publication: 2001

 

 

Je ne sais plus qui l’a recommandé la lecture de ce bouquin. Ca devait être sur le blog, mais impossible de remettre la main sur le nom de cette personne. Je ne sais pas si je dois remercier cette personne tant j’ai eu le sentiment de me faire cracher à la figure pendant des pages et des pages. En tous cas, indéniablement, j’ai des choses à dire sur cet album…

 

Six histoires différentes. Six personnes dans un monde d’anticipation, victimes des lois d’un état abusif. Entreprises impersonnelles, système de médecine étatisé et obligatoire, vacances encadrées, fichier administratif unique, autant de prisons légales que les personnages vont essayer de faire sauter. Jusqu’à le faire réellement.

 

Je reste vague dans la présentation, car je compte vous en dire plus, histoire par histoire. Jean Van Hamme livre un scénario extrêmement politique, fidèle à ses propres valeurs et insultant pour ceux qui croient en les valeurs qu’il dénigre. Mais avant de monter à l’assaut, quelques mots sur Griffo, qui ne mérite pas ce qui va suivre. J’ai beaucoup aimé son dessin, très fin, qui rappelle une certaine époque des Humanoïdes associés. Tant par le trait que par la couleur, il livre une prestation très agréable.

Ceci étant dit, revenons aux histoire.

La première parle de ces abrutis d’employés, incapables de réfléchir au sens de leur travail, réalisant des tâches idiotes pour une entreprise dont ils ne savent rien. Ils se content de travailler et d’empocher leur salaire. Ils ne peuvent pas dire ce qu’ils font, ce que produit la compagnie pour laquelle ils travaillent. Ils s’en moquent. Si je ne suis pas en désaccord avec le constat fait par Van Hamme, l’abrutissement du travailleur par une tâche répétitive, évidemment, je suis aux antipodes de ses explications. Car si on le comprend bien, ce sont les individus qui sont lâches, serviles et veules. C’est entièrement de leur faute, ils ne sont pas dotés des qualités nécessaires pour sortir de cet état, qui leur convient bien. Sauf que, c’est toujours un peu plus complexe que cela. Un ouvrier abruti par son travail, pour rappel, c’est du aux méthodes de productions, le Taylorisme notamment, qui ont transformé l’homme en travailleur remplaçable au même titre que les machines. Aucune prise d’initiative, répétition du même geste perpétuellement. Ont-ils le choix? Non, ils ne sont pas libres (ah, la liberté chère à Van Hamme) de faire autrement. Enfin, à moins de vouloir se priver de salaire. Mais donc, désolé mr Van Hamme, c’est l’esprit de libre entreprise et non l’esprit collectiviste qui est responsable de cet état que vous dénoncez. D’autant que sans éducation, sans enseignement de qualité, proposé à tous sans distinction, ils sera impossible de faire germer dans l’esprit des gens les belles et nobles valeurs que vous professez. Enfin, si, pardon, ce sera possible. Chez ceux qui peuvent se payer cette éducation de qualité, mais qui ne chercherons jamais à remettre en cause le système. Parce qu’il les sert bien. Sans éducation, pas d’émancipation.

La seconde histoire met en scène un système de santé obligatoire et totalitaire. Un système d’autant plus risible qu’il passe par une fonctionnarisation des médecins, qui existe depuis fort longtemps au Royaume-Uni sans que cela ne devienne l’enfer totalitaire (de gauche, hein, ne nous trompons pas quand même). Cette histoire est assez risible tant elle est peu crédible, avec sa police des accidents domestiques potentiels. Et pour rappel au scénariste, cette sécurité sociale qu’il dénigre tant en transparence, elle a aussi été instaurée par la droite…

Troisième histoire, et instauration d’un système de vacances obligatoires, avec obligation aussi de pratiquer dans la bonne humeur collective. Avec au milieu de ça un couple d’amoureux qui ne peuvent se rejoindre pour vivre leur amour librement. Très fort, le concept… Mais pour dénigrer le système de congés payés français, né des luttes sociales et syndicales, il n’y a pas mieux, merci Mr Van Hamme. Encore une histoire caricaturale et peu crédible.

La quatrième histoire, qui traite d’un fichier administratif unique, est à mon sens un peu plus intéressant, au sens où il montre bien ce qu’une bureaucratie (qu’elle soit de gauche ou de droite, pour ce coup là) pourrait faire d’un fichier centralisant l’ensemble des données individuelles d’une personne. Et pour une fois, c’est une belle personne, un important, qui est la cible de ces méfaits et non plus un petit. Ca change, mais en sortant des clichés, l’auteur rend aussi son propos plus pertinent. La machine se grippe et zou, notre bonhomme se retrouve placé hors de la société. Un risque  qui mérite vraiment d’être rappelé à notre époque du tout numérique.  Il est réel, ce risque, même si la France n’a pas atteint du tout le niveau de centralisme décrit dans cette histoire.

Cinquième histoire, traitant de la planification des naissances. Les méchants chefs de nations se rassemblent pour décider que la planète est trop peuplée et pour prendre des lois encadrant la natalité afin de gérer le niveau global. Evidemment, on a l’histoire de ce gosse né contre la loi, planqué par ses parents, qui se retrouvent emprisonnés pour l’avoir enfreinte, avec le gamin qui s’échappe et sort du système. Un portrait acide de président vient faire bon poids. Evidemment, aucune raisons que le peuple ait tenté quoi que ce soit pour bloquer ce projet, hein? Ou que d’autres solutions aient pu émerger. Bah non, on va faire comme les chinois, ces vils communistes planificateurs, et pas autrement. C’est tellement orienté comme propos que c’en est presque risible. Des moutons, tous des moutons, Van Hamme nous le dit…

Sixième histoire, l’écrivain officiel, l’écrivain d’état, dont la liberté de création est totalement brimée par une structure politique qui souhaite que ne soit raconté qu’une vérité officielle. L’artiste se rebelle et envoi tout péter pour défendre sa liberté. C’est beau non?

 

Et le pire dans tout ça, c’est que tout se passe dans le même univers. Toutes ces lois, c’est un seul et même pays. Les gens sont des… Ceci dit, il faut reconnaître le talent de Van Hamme, je n’avais rien vu venir. Je concevais ces histoires comme autant de parenthèses refermées. Mais donc, une histoire conclu toutes ces intrigues. Pas mal construite, notez bien, si elle n’enfonçait pas le peuple entré en Résistance dans le cliché des couillons de services manipulés. L’histoire se fini par une thèse conspirationnistes, avec les grands leaders économiques manipulant les résistants pour changer le système qu’ils contrôlaient déjà. Van Hamme nie donc au peuple la capacité à se révolter légitimement. Il est nécessairement et fondamentalement corrompu, même sans le savoir.

 

Plus que de droite, Van Hamme ne serait-il pas un anarchiste cynique? Ce qui n’est pas très différent, notez bien… Il crache sur les Etats, sur les structures étatiques, mais il crache aussi sur les institutions privées. Je me demande quel modèle de société a sa préférence? Sans doute une société où l’individu se fiche du reste, vis sa vie de son côté, en autarcie, libre tant vis à vis de ses semblables que des institutions qui contrôlent le monde. Oh? Tiens? Ce serait pas Thorgal, ce portrait?

SOS Bonheur intégrale_ planchetopbd_201314/20

4 réflexions sur “SOS Bonheur Intégrale (Samedi One-shot)

  1. C’est moi! 🙂
    http://www.vuesdebudapesthongrie.com/article-bd-s-o-s-bonheur-t1-de-van-hamme-et-griffo-65298918.html

    Par contre, je me demande vraiment si on a lu la même BD? Pourtant on sait que l’on a la même formation au moins politique. Cette BD se lit en gardent en tête Orwell (comme je l’écris dans le cours article sur mon blog), mais aussi Lénine et Soljenitsyne, Thomas More et le fameux « temps de cerveau disponible » de Le Lay etc…
    Il se lit en étudiant le système totalitaire des « démocraties » populaires et celui que je qualifierais également de totalitaire de nos « démocraties » émotionnelles et consuméristes.

    Bonne journée

  2. C’est sans doute nos sensibilité différentes qui s’expriment. Pas pour rien sans doute qu’on ne se retrouve pas exactement sur les mêmes partis politique.

  3. Je garde un bon souvenir de cette BD. Par contre, il va falloir que je la relise pour me faire un avis par rapport à ta critique. Parce que là comme ça, je ne me souviens pas du tout des points soulevés.

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