Houppeland tome 1 (Mardi Chronique)

Houppeland tome 1

Série : Houppeland

Tome : 1

Auteur : Didier Tronchet

Editeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Date de publication : 1997

 

Il y a des auteurs, comme Didier Tronchet, qui ne parviennent pas à me convaincre immédiatement, mais dont la réputation est telle que je veux leur donner plusieurs chances de m’amener à adhérer à leur propos. Si je ne suis pas adepte de Jean-Claude Tergal, j’ai voulu essayer de l’aborder par une collection différente et réputée pour sa qualité, Aire Libre.

 

C’est Noël. Attention, c’est réveillon obligatoire et y’a intérêt que ça guinche ! Bonne humeur obligatoire et cadeaux pertinents de rigueur. Aucune sinistrose acceptée. C’est Noël, on vous dit, c’est magique, c’est féérique. Et le Président a décidé que personne n’y couperait. Malheureusement on n’est jamais à l’abri d’actes terroristes de la part de tristes sires…

 

Oui, le concept est complètement barré, mais en même temps, il a du fond. D’abord, cet album est fait pour ceux qui détestent le côté obligatoire des réjouissances de Décembre. Tronchet pousse le bouchon, grossit le trait, mais finalement, il se place du côté de ceux qui n’ont pas envie d’adhérer au dogme dominant (j’assume, moi j’y adhère complètement) de la magie de Noël. Ca, d’une certaine façon, c’est le propos « léger » de l’auteur. C’est le prétexte, le décor dans lequel ses personnages évoluent. Mais il y a un propos plus profond, me semble-t-il, et c’est la figure du Président qui l’incarne. Il me semble que Tronchet dénonce l’application primaire de grands idéaux par les décideurs politiques. J’essaye de mieux m’expliquer… Le monde qu’il nous décrit est une dictature. Soit. Mais si l’on vit avec les citoyens lambdas ce réveillon, l’auteur nous présente pour quelques passages rapides le Président, qui a déclaré obligatoire deux choses : le noël festif et la bonne santé. Et ce qui est intéressant, c’est que le personnage exprime POURQUOI, il a pris cette décision. Et comme un gamin qui n’a pas grandit, on se rend compte que se sont ses expériences négatives qui l’ont marqué profondément, qui ont conduit à la promulgation de ces lois. Derrière ce côté infantile de l’homme de pouvoir qui en abuse pour satisfaire ses propres intérêts sans se préoccuper de ceux des autres. Et je crois qu’on tient là une véritable réflexion sur la démocratie et son usage. Une parabole qui parlerait de grands idéaux, de ces idéologies qui ne sont pas partagées par la majeure partie d’un peuple, mais que les urnes pourraient amener au pouvoir.  Etant partisan, à ma façon, d’une « idéologie », je prends l’avertissement pour moi. On peut penser agir pour le bien commun, mais si l’on ne vérifie pas la réalité de cette « communauté de pensée », alors on tombe dans la dictature et l’injustice. Il y a tout ça, je crois, dans cet album.

Pour ce qui est du dessin, ma foi, c’est du Tronchet. Un dessin simple qui caricature les personnages, mais un vrai travail sur les décors, sans doute plus que sur ses autres productions, afin d’amener un cadre vraiment crédible à son propos.

 

Ouvrage étonnant, donc, en ce sens qu’il tient finalement de la fable. On n’a pas l’impression que l’auteur nous parle sérieusement, et pourtant il déploie un fond d’une richesse étonnante. Comme c’est plaisant de se faire surprendre. Maintenant, allons lire le tome 2 qui conclue l’histoire.

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7 réflexions sur “Houppeland tome 1 (Mardi Chronique)

  1. Je trouve que Tronchet est un auteur subtil qui possède un univers à la personnalité forte. Je n’ai pas souvenir d’avoir été déçu par un seul de ses ouvrages. Au plaisir de te relire…

  2. L’humour n’est pas le genre le plus facile à manier, mais je suis aussi un fan de Tronchet qui, comme Binet (Bidochon, Kador), me fait toujours rire et réfléchir. J’avais eu le privilège de le voir au salon BD d’Artigues en 2001 dans son one-man show de J C Tergal où il s’était révélé aussi doué pour la comédie que pour l’écriture. Un auteur incontournable dont il faut avoir lu aussi l’inénarrable Raymond Calbuth ou les misérable Damnés de la terre associés. ☺

  3. Jean Claude Tergal, les personnages de loosers ultimes, ce n’est pas du tout ma came. Vraiment pas. Mais j’ai été ravi de découvrir cet album-ci.

  4. Pingback: Houppeland tome 2 (Vendredi Chronique) | Les Chroniques de l'invisible

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