Homeland Directive (Jeudi Comics)

Homeland-directive

Titre : Homeland Directive- La menace intérieure

Scénariste : Robert Venditti

Dessinateur : Mike Huddleston

Editeur VO : Top Shelf Productions

Editeur VF : Urban Comics

Date de publication VF : Juin 2013

 

J’aime bien regarder de près la production de one-shots made in Urban. L’éditeur français propose régulièrement des séries d’éditeurs de moindre audience, qu’il regroupe en album unique pour proposer de vrais bonnes découvertes au public français. Le thème de cet album-ci m’ayant beaucoup plu, j’ai décidé de me le procurer. S’il m’a fallu attendre un peu, je n’ai pas regretté mon choix.

 

Le président américain a donné une consigne claire, au secrétaire du département de la sécurité intérieure : Son mandat ne doit pas être entaché d’actes terroristes. Il veut et exige la sécurité totale pour le territoire américain. Albert Keene l’a bien entendu, mais il ne sent pas cep résident capable d’assumer toutes les conséquences logiques de sa demande. Alors il a mis au point un plan, qui entre en effet. Un plan qui sera coûteux en vies humaines, mais dont le pays se souviendra longtemps. Lorsque les bonnes mesures auront été prises, suite à ce drame, la sécurité pourra réellement être garantie. Mais pour cela, il faut d’abord éliminer deux acteurs gênants, deux médecins du CDC. Dont le docteur Laura Regan.

 

Je vais discuter un peu négativement autour de cet album, mais ce n’est pas ce que vous devrez retenir. Je commence par le plus important : cet album est une lecture vraiment très plaisante pour qui apprécie les ambiances de conspirations. C’est vraiment un excellent thriller, prenant du début à la fin, totalement crédible. J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture. J’aime l’équipe de pieds nickelés qui se réunit autour du docteur Regan, j’aime cette bande de petits fonctionnaires qui entrent en rébellion. J’aime la façon dont est mené le complot, j’aime surtout la façon dont il est résolu. Car là encore, l’idée de crédibilité est bien présente. On ne termine pas comme dans un film d’Hollywood, genre tout et bien qui finit bien, la vérité triomphant du mensonge. Venditti est beaucoup plus cynique que cela, beaucoup plus réaliste aussi.

 

Mais Venditti a produit une préface, pour l’édition française de sa série, et c’est avec ce qu’il dit dans cette préface, que j’entre en opposition. Selon lui, il aurait écrit cette série pour ne pas donner à  penser, pour présenter deux conceptions du rapport entre sécurité et liberté et laisser ses lecteurs choisir. Et je ne suis pas d’accord avec cela. En effet, il présente deux camps, opposés, mais je ne vois aucun défenseur des libertés. Tout tourne autour des traces que nous laissons à cause de l’informatisation des données. Comment on peut être retrouvé très facilement, et abusé, par ces traces que nous laissons sans y prendre garde, connections du portable aux antennes relais, d’un ordinateur à notre boîte mail, de notre carte de crédit au système bancaire, etc, etc… Mais Venditti nous montre à la fois comment on peut en abuser, et comment on peut utiliser ces données pour être protégés. L’outil supposément problématique ne l’est que par la volonté de celui qui l’utilise. Ce n’est pas logique. Les défenseurs de la Liberté, puisque c’est le camp censé être incarné par le docteur et ses alliés, devrait au contraire ne pas avoir recours à ces outils liberticides. Or, ils ne font que montrer eux aussi que ce système pose problème. Je ne vois pas en quoi l’auteur écrit à charge et à décharge. D’autant plus que son alternative est biaisée. Le camp de la Sécurité maximale, en vient à mettre les citoyens en insécurité pour leur supprimer des libertés (ce que l’histoire ne décrit pas, par ailleurs) supposément pour garantir leur sécurité future. C’est idiot comme raisonnement. Ou alors totalement américain, et nous autres européens ne pouvons pas comprendre. Car même si l’on prend un complot avéré, tel que celui des armes de destructions massive de Saddam Hussein, qui n’existaient pas et n’ont été inventées que pour légitimer l’attaque américaine, on sait qu’il n’y a aucun idéal derrière cela, que la volonté de faire de l’argent. Et si l’on tient compte du Patriot Act, qui a restreint les libertés individuelles (tel qu’on peut le voir en ce mois de Juin avec l’affaire du dossier Prism), on ne peut pas dire que l’administration Bush ait mis en danger son peuple pour accroître la sécurité. Qu’ils aient exploité une situation à leur avantage, après les attentats, sans doute, mais ils n’ont pas fait qu’Albert Keene met lui en place dans cette histoire. A moins de considérer que les thèses complotistes du 11 Septembre 2001 soient véridiques, alors que leur caractère affabulatoire est évident.

Je ne vois pas comment un lecteur pourrait prendre le parti d’Albert Keene dans cette histoire, ce que semble souhaiter Venditti. Si vous trouvez un lecteur qui peut me dire en toute sincérité que ce personnage a raison de faire ce qu’il fait, présentez-le moi, qu’on discute de son immoralité. Je ne crois pas qu’une telle immoralité soit réellement un choix global dans la pensée humaine.

 

Après un tel laïus, passons au dessin, qui mérite qu’on s’attarde sur lui, aussi. Je ne me souviens pas avoir déjà lu d’épisodes de Mike Huddleston, mais j’aime beaucoup l’esprit d’expérimentation qui le caractéristique sur cette série. Il développe de nombreux effets, notamment sur la mise en couleur, mais sur l’encrage aussi, ou même son style de dessin. Les scènes dans le bureau ovale, par exemple, ne ressemblent en rien à celles qui concernent Laura Regan, sans que cela ne paraisse désagréable. Il y a quelque chose de naturel, d’harmonieux. A ce titre, les petits commentaires de planche proposé par Urban à la fin de l’album est fort bienvenu, et démontre la volonté de l’artiste d’innover sur cette série.

 

Un scénario prenant, un dessin innovant, Urban Comics a encore mis la main sur une petite pépite que je ne sais que trop vous recommander. Robert Venditti a mis dix ans pour terminer cette série, mais le travail est vraiment d’une grande qualité. Et si je ne suis pas d’accord avec son commentaire, ce n’est pas important du tout. Ce qui compte, c’est l’œuvre elle-même.

Homeland-directive_planche

topbd_2013

18/20

Une réflexion sur “Homeland Directive (Jeudi Comics)

  1. Sur OB: Lunch 27/06/2013 09:55

    Excellent moment de divertissement pour moi aussi. Vraiment, une intrigue très prenante et bien menée, avec de l’action omniprésente.

    Je me suis posée moi aussi la question de cette préface. Je l’avais lu au départ, et je l’ai relue à la fin en cherchant cette « notion de libertés ». Maintenant, si je n’ai pas fait le lien
    aussitôt, je suis pas aussi sévère que toi dessus, parce qu’il est effectivement question de libertés, ou plutôt de privation de libertés. Le CDC surveille tout et sa fonction est en elle-même
    une privation des libertés. Et c’est l’état qui est en sous-main derrière ce bureau. De l’autre côté, l’équipe que tu compares aux pieds nickelés s’oppose à ce principe pour sauver la chercheuse.

    Il y a aussi cette idée de supprimer la monnaie pour sécuriser le pays de l’argent sale et des mafias. Ce que le ministre en charge de la sécurité considère « un mal pour un bien » est un acte
    terroriste en soi, et il le fait contre l’avis du président par ailleurs (et sûrement pour le compte des lobbies bancaires).
    Mais là, je spoile un peu 🙂

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