Saigon-Hanoï (Semaine choix des lecteurs)

saigon-hanoi

Titre : Saigon- Hanoï

Auteur : Cosey

Editeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Date de publication : Juin 1992

C’est Fred Grivaud, un lecteur rencontré sur le forum Buzz Comics, qui m’a suggéré cette lecture. Je lui laisse donc la parole pour vous expliquer pourquoi il me l’a proposée. Je crois que l’album est important pour lui…

Pour être honnête je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en commençant la lecture de Saigon-Hanoï ! Une amie m’avait conseillé de lire du Cosey, elle m’avait passé quelques albums et du coup j’y suis arrivé bien plus par curiosité, sans en avoir énormément entendu parler avant !

La trame n’est pas très compliquée, un soir, une jeune fille téléphone au hasard et tombe sur un homme, solitaire, dans sa maison, qui regarde un reportage à la télé. Entre ces deux inconnus s’enchaîne alors une discussion ou ils apprennent à découvrir l’autre, à se connaître, sans indiscrétion. Cela commence assez timidement, mais cette complicité qui s’installe est des plus touchantes.

Petit à petit, j’ai complètement été séduit par le rythme très lent, voir nonchalant, le ton de la confidence qui enveloppe toutes les planches. J’ai vraiment découvert une autre forme de narration moins codifiée, plus instinctive, avec, néanmoins une vraie science des dialogues, de la mise en page (les blocs de dialogues se superposant aux cases, gagnant presque une vie propre !). J’étais fasciné.

Dès le début Cosey fuit le récit traditionnel pour ne se concentrer que sur un aspect purement intimiste.

A ce moment là, cette « rencontre » a été vraiment primordiale pour moi, car ça répondait à pas mal d’envie de lecture, voir même d’écriture. Cosey ne développe par une histoire très « intéressante » en soi, il créé une sorte de pause de lecture, il transcende la notion du récit pour créer une atmosphère passionnante constituée pratiquement que d’un échange téléphonique. Mais ça n’est pas pour autant un exercice de style scénaristique, le dessin vient renforcer tout ça en appuyant le regard de l’homme sur les paysages extérieur, la neige, les commentaires à la télé…

Avec Saigon-Hanoï j’ai vraiment eu le sentiment de sortir de la BD telle que je la connaissais avant pour entrer dans un territoire extrêmement touchant, bourré d’émotion ! Et les autres albums de Cosey que j’ai lu ensuite n’ont fait que renforcer cette impression.

Un auteur qui écrit et dessine exactement le style d’album que j’attendais et que j’aimerais faire de mon côté !

 

Homer est venu passer le réveillon du jour de l’an dans la vieille maison de famille, perdue au cœur des Etats-Unis. La neige tombe drue, il est seul, mais cela ne le dérange pas. Il y a un programme qui l’intéresse à la télévision, un reportage sur le retour d’un vétéran américain au Viet-Nam. C’est un peu tard, mais cela lui rappellera des choses. Mais son programme est un peu chamboulé par Felicity, une enfant qui s’ennuie et qui appelle au hasard des gens du village. Homer va rester à discuter avec elle, et se laisser porter par ses souvenirs du Viet-Nam.

 

Ce n’est pas une œuvre facile, que m’a proposé Fred. J’ai bien sentit que ma première lecture avait été bien trop rapide. C’est un album qui demande de prendre le temps, de laisser mûrir sa réflexion. Il ne se passe pas grand-chose, mais c’est voulu. Comment le personnage et les lecteurs pourraient-ils prendre le temps de penser, s’ils étaient assaillis d’évènements en tous genres ?

Cosey propose une trame intelligente, en plusieurs couches. Celle du dessus, c’est la discussion téléphonique avec Felicity. Supposément banal. Celle du milieu, c’est le reportage télévisé. Le prétexte. Et la couche du dessous, ce sont les propres souvenirs d’Homer, de son retour à lui au Viet-Nam. Et c’est là qu’est l’intérêt de l’histoire. De ces cases qui ne sont pas directement appuyée par un texte. Les phylactères sont remplis du prétendu verbiage (qui n’en est pas tout à fait au final, tout de même), mais les scènes de souvenirs, elles, sont muettes. On suit, au final, les divagations de l’esprit d’Homer qui se laisse aller à la rêverie. On l’a tous fait, durant une conversation peu importante, de se laisser aller à penser à autre chose. Je crois que c’est le principe de cette histoire. A la première lecture, je me suis laissé prendre par le verbiage, je suis resté en surface et je n’ai pas compris l’intérêt de l’album. Et la seconde fois, j’ai pris mon temps, j’ai regardé autant que j’ai lu. Je me suis dit d’abord qu’on ne voyait pas la différence entre le reportage et les souvenirs. Puis j’ai compris la structure. Et je le suis enfoncé dans les souvenirs, dans ce qu’ils disent de ces hommes qui se sont battus là bas dans une guerre dont leur propre pays ne voulait pas, et qu’ils ont perdu. Comment ces vétérans peuvent vivre, avec les horreurs qu’ils ont vu, celles qu’ils ont pratiquées.

Graphiquement, c’est une période que j’affectionne déjà plus, pour Cosey. Son dessin se fait plus détaillé, plus fourni. Son trait garde sa simplicité, un assemblage simple qui parvient à croquer un visage en quelques coups de crayons. Cette sobriété fournie est idéale, que ce soit dans les dialogues au téléphone ou dans les scènes de souvenirs.

 

J’ai été touché par cette histoire sans lendemain, cette parenthèse hors du temps, qu’on doit prendre le temps de lire et de regarder. On ressort ému, par un petit rien qui est en fait si grand. Et comme Felicity et Homer, on passe à autre chose. Mais pourtant, on le sait, on y repensera…

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3 réflexions sur “Saigon-Hanoï (Semaine choix des lecteurs)

  1. Vues de Budapest – Hongrie 21/06/2013 10:39

    Cosey, voilà un auteur BD avec lequel j’aimerais bien échanger!

    Cette BD est très fine et poétique.

    Bon choix!

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