Douce France (Samedi one-shot)

Douce-France

Titre : Douce France

Scénariste : Simon Rochepeau

Dessinateur : Lionel Chouin

Editeur : Futuropolis

Date de publication : Mai 2013

 

Résistance, politique, lorsque j’ai vu cet album dans le catalogue Futuropolis, je me suis dit qu’il était fait pour moi. Avec de tels thèmes, je ne pouvais que me retrouver dans cet album. Pourtant, la première lecture me laissa circonspect, peu convaincu. Heureusement que je lis toujours deux fois les albums avant de les chroniquer…

Christian travaille pour Karbell, un gros groupe financier français, à la fois dans le BTP et dans les chaînes de télévision. Intégré quand sa petite boîte s’est fait absorber, après des négociations qu’il estime fructueuses pour les salariés de l’entreprise où il travaillait, il est maintenant à la tête d’un gros chantier, un Musée de la Résistance qui doit se construire dans sa région, en Bretagne. A Saint-Yves. L’occasion de faire travailler ses anciens collègues. Derrière ce projet, il y a un homme, Raymond Langlade, grand Résistant qui a participé à la bataille de Saint-Yves, haut-fonctionnaire, homme de pouvoir. Christian est impressionné par la prestance du vieil homme, par son histoire. Mais sa compréhension de l’époque reste limitée. Et pendant la guerre, les frontières étaient parfois floues, entre les gens bien et les sales types. Qu’est-ce, d’ailleurs, qu’être un type bien ?

 

Deux lectures. Il m’aura fallu deux lectures pour comprendre quel était le propos de Simon Rochepeau. Il faut être attentif, prendre son temps, car le scénariste ne nous mâche pas le travail. Il donne à réfléchir, à comprendre, mais il ne livre aucune réponse. Je pense avoir compris. C’est un parallèle, que trace Rochepeau, autour de la question de l’acte de Résistance. Qu’est-ce que résister ? Est-un concept qui n’a plus de sens aujourd’hui ?  Il me semble que la réponse est donnée, par l’exemple de Christian,  que le scénariste l’utilise pour montrer que les valeurs de la Résistance sont toujours modernes et nécessaires. Christian se pense « combattant », il a lutté pour que le rachat de sa boîte se passe le mieux possible, pour que le grand groupe (qui ne s’appelle pas Bouygues, mais que l’on reconnaît aisément dans l’évocation) fasse travailler le petit… Mais pour quels résultats au final ? Ceux pour qui Christian pensait se battre ont-ils été si gagnants que cela ? Certes, Christian défendait des valeurs, mais il s’est aussi beaucoup servi de ce combat pour sa propre promotion. Ecrasant au passage certains de ses collègues, sans le vouloir, sans y penser même. Juste parce que SA façon de livrer le combat était la meilleure pour lui, pas nécessairement la meilleure pour le collectif. Et c’est là qu’entre en scène la personnalité de Raymond Langlade, et le parallèle entre les deux époques. Le Résistant, qui lui s’est battu pour de vrai, avec le risque d’en mourir (pas comme le combat de Christian), est accusé d’avoir servi l’Etat Français comme fonctionnaire et d’être responsable de la déportation de plusieurs centaines de juifs. On pourrait penser à Maurice Papon, mais Langlade, lui, a réellement rejoint le maquis, ce que le véritable fonctionnaire n’a jamais fait, fournissant tout au plus des conseils de fonctionnaire à la France Libre. Ainsi donc, l’homme formidable et mémorable, qu’est-il vraiment ? Ce Résistant a-t-il pu être un salop, a-t-il pu écraser des innocents ? Peut-être, oui, sans doute même. Au nom d’idéaux, de conceptions particulières, comme celle très Pétainiste de ne pas fuir. Et pourtant, ce personnage là a su faire le chemin vers un engagement plus juste. Pas comme l’autre déjà cité. Ces deux hommes, Christian et Raymond, ont réellement des chemins qui devaient se croiser. Pour que l’un apprenne de l’autre ce que c’est que le combat, et que les héros n’existent pas. Qu’il n’y a que des humains, avec leurs erreurs, leurs croyances et leurs faiblesses. Il n’est pas, de sauveur suprême.

Vous me connaissez chers lecteurs, je suis plus un littéraire, un homme des idées, alors je m’étends beaucoup plus sur le travail de Simon Rochepeau que sur celui de Lionel Chouin, le dessinateur. Je m’en excuse auprès de lui par avance. J’ai apprécié son trait un peu gras, qui me fait penser à certaines techniques de dessin sur cuivre repoussé. C’est flagrant sur les premières pages, et cela met un peu la couleur en second plan, insistant beaucoup plus sur les traits. Sans que ça n’occulte le travail de colorisation, agréable, étonnant tant il s’avère tranché, avec des nuances différentes suivant les scènes, en dégradés, et peu de mélanges de couleurs, mis à part quelques cases. Le trait est simple, mais je le sens lorgner vers la peinture. Ma culture est encore assez pauvre dans le domaine, mais c’est mon ressenti.

 

Douce France est donc une œuvre qui mérite qu’on lui consacre du temps, qu’on ne la lise pas en vitesse. Les réponses ne sont pas là, juste des questions, des points de vue. Il n’y a aucune vérité révélée. C’est à nous de nous faire notre propre avis. Alors notez bien cet album, car cette exigence là est rare de nos jours. En espérant que cela ne lui soit pas fatal. Puisse le lecteur de bande dessinée passer outre cette quête de la (l’in-) satisfaction immédiate.

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7 réflexions sur “Douce France (Samedi one-shot)

  1. Yaneck Chareyre 17/06/2013 08:15

    Merci de votre passage. J’espère que cette chronique vous aura intéressé.

    Est-ce à dire que les débuts de vie de cet album sont un peu difficiles? J’espère modestement contribuer à le mettre un peu en valeur et à interpeller les dits lecteurs…

  2. Yaneck Chareyre 17/06/2013 09:59

    Merci d’être venu le dire. Je suis toujours très content d’avoir pu ressentir et comprendre une oeuvre, dans le sens voulu par son créateur. Celle-ci m’a donné du fil à retordre, je dois bien
    l’avouer ^^

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