Le sourire de Mao (Samedi one-shot)

Le-sourire-de-Mao

Titre : Le sourire de Mao

Scénariste : Jean-Luc Cornette

Dessinateur : Michel Constant

Coloriste : Béa Constant

Editeur : Futuropolis

Date de publication : Mai 2013

 

Sans que je ne sache trop pourquoi, le destin de la Belgique m’intéresse. Les tensions qui s’exercent dans ce petit pays fédéral, la cohabitation de deux langues totalement différentes, cette volonté sécessionniste de la part des flamands, j’ai envie d’en savoir plus. Alors quand j’ai appris la publication de cet album, qui vient justement jouer avec l’avenir potentiel de ce pays, j’ai tout de suite eut envie de le lire. Voilà donc une œuvre politique, à message, et que je traiterai comme tel.

 

Wallonie et Flandres se sont donc séparées. Du côté francophone, est née la République Démocratique de Wallonie, menée par un leader charismatique, le président capitaine Delcominette. Ce grand homme a de grandes ambitions pour son pays, qu’il mènera à un brillant avenir. Et pour ce faire, il entend se procurer un symbole fort pour réunir le peuple Wallon. Il veut acheter… la dépouille de Mao Tse-Toung. Mais dans le même temps, le régime se construit sur des bases bien peu avouables dont certains citoyens vont faire les frais.

 

Il y a peu de place pour l’humour, dans cet album, aussi vais-je traiter sérieusement cette chronique, ce qui va impliquer que je pinaille et que je discute les choix des auteurs. Préalable, disons donc que j’ai somme toute apprécié ma lecture, que j’ai notamment beaucoup aimé le style de Michel Constant, qui a un petit côté Dupuis, en un peu plus mâture, qui convient assez bien à cette histoire uchronique de la Belgique. Pour qui s’intéresse à ce pays, la lecture sera agréable.

Ceci dit, j’ai une difficulté dans le postulat de départ du scénariste. Il déploie en Wallonie un régime de type fascisant, avec ligues de jeunesses et culte de la personnalité. Sauf que dans le cadre de ce que je sais, de l’opposition entre Wallons et Flamands, ce sont ces derniers qui auraient le plus de chances de tomber dans ce travers là. Le discours exclusif et nationaliste, ce n’est pas du côté francophone que l’on peut l’entendre aujourd’hui. Il me semble que la Wallonie a plutôt tendance à voter pour le parti socialiste Belge ces dernières années. Le Vlam Belang, il est flamand, c’est de ce côté-là du pays, il me semble, que se développent les dérives autoritaires. Je ne comprends donc pas ce choix initial, et j’aimerai beaucoup lire des explications de Michel Constant à ce propos. J’imagine qu’il a du s’expliquer dans la presse. Voulait-il éviter de tomber dans la diabolisation des flamands, en renversant pour une fois les rôles de « méchants » ? A la lecture seule de cet album, on ne peut le dire, mais cela me dérange pour ma part, car l’histoire perd, pour moi qui suis attaché au fait politique, en crédibilité. Certes, le scénariste ne prétend pas écrire le futur officiel du pays, mais tout de même, je pense qu’il était possible de se baser sur des faits possibles et je ne crois pas que ça soit le cas.

Autre petite source de gêne pour moi, cette idée du rachat du corps de Mao. Qui devient réalité, dans cette histoire. Je ne comprends pas la volonté du scénariste de placer ceci au cœur de son intrigue. Surtout, il n’est pas du tout crédible de voir la Chine post-maoïste vendre le corps du leader de la révolution. Alors on peut toujours rétorquer que le scénario de Cornette ne date pas les évènements, qu’il peut donc s’agir d’un futur proche dans lequel l’influence de Mao serait retombée en Chine… Mais je trouve que cela reste peu crédible. Et je ne vois pas ce que cela apporte à l’intrigue. Si c’est pour mettre en avant le côté totalement fou du président, il y avait d’autres possibilités, il y avait aussi l’option que cette demande n’aboutisse jamais et demeure comme un rêve dingue formulé par un illuminé.

Sinon, l’intrigue qui lie Ludmilla, Antoine et Jacques reste sympathique à suivre, sur ces parcours croisés de profils différents. On pourrait chipoter un brin sur le destin d’Enzo, sur lequel le scénariste va un peu vite pour que ça arrange ses plans, mais j’ai déjà beaucoup chipoté.

 

Voilà, je crois avoir formulé des critiques précises, j’espère que je trouverai des réponses. Je m’en vais quérir les avis des belges sur cet album, aussi, pour voir comment il a été ressenti. La qualité d’une histoire dépend aussi du point de vue du lecteur, la façon dont il la reçoit. J’ai passé un agréable moment de lecture, mais le travail de Jean-Luc Cornette m’a donné envie de débattre. Mais c’était peut-être son objectif depuis le début ?

 

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7 réflexions sur “Le sourire de Mao (Samedi one-shot)

  1. Caro 08/06/2013 11:14

    J’ai du mal avec l’uchronie… A cause de ça, cet album ne me tente pas trop, même si la couv’ est assez sympa !

  2. Yaneck Chareyre 08/06/2013 11:49

    C’est plus une réflexion politique, à mon sens. Mais si on se moque de la Belgique, ça perd de l’intérêt ^^

  3. Mike 08/06/2013 11:35

    Je n’ai pas lu cet album mais le thème- tu t’en doutes- m’intéresse grandement.

    Quelques élèments pour enrichir ta réflexion. EN caricaturant un poil on va dire que jusqu’à la crise des années 1970 les Wallons étaient économiquement supérieur aux Flamands (la Flandre n’ayant
    ni charbon ni acier).

    Les Wallons ont également eu leur mouvement fasciste/fascisant dans l’entre-2-guerres (le Rexisme) et leur division SS sur le front de l’Est.

    Si le sujet t’intéresse, je ne peux que te recommander l’histoire de la Belgique de Bitsch.

    Du peu que je vois sur la couv’ et la planche que tu as mise, la Wallonie dans la BD semble plutôt s’orienter vers un totalitarisme de gauche.

    Bonne journée!

  4. Yaneck Chareyre 08/06/2013 11:48

    Merci pour la référence historique.

    Pour la référence à Mao sur cet album, c’est plus un délire perso du dictateur qu’une véritable inspiration politique. Je n’arriverai pas à mettre une idéologie en particulier en dehors du modèle
    fasciste, ligues de jeunesses et culte de la personnalité.

  5. Mike 08/06/2013 12:07

    Ligues de jeunesse et culte de la personnalité, tu trouves ça aussi bien à l’extrême droite que gauche.

  6. Yaneck Chareyre 08/06/2013 12:16

    Certes. Donc je ne peux pas donner une orientation politique à cette dictature.

    Il ne faut pas vouloir réfléchir après moins de 5 heures de sommeil…. ^^

  7. samba 11/06/2013 16:54

    Entant que belge et wallon , on n’y croit pas une seule seconde au postulat de départ .Le wallon est trop frondeur pour tomber dans une dictature fusse elle démocratique. Cette histoire aurait pu
    se passer en allemagne de l’est du temps de la stasi.Ici, on place quelques noms bien wallons comme Delcominette ,etc mais à part ça, c’est surtout une machination tragique , le coté farce
    d’une wallonie indépendante est très très peu poussé.

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