Pacifique (Samedi one-shot)

Pacifique

Titre: Pacifique
Auteurs: Martin Trystram, Romain Baudy
Coloriste: Kyung-eun Park, Romain Baudy
Editeur: Casterman
Date de publication: Janvier 2013

Vraiment, j’aurai eu de quoi alimenter deux semaines à thèmes, avec tout ce que je n’ai pas sélectionné pour celle de Mai.  Cet album en est encore un exemple. Le lien avec la seconde guerre mondiale était plus distant, je l’ai donc gardé pour une publication régulière. Et puis, ce livre est suffisamment intéressant pour qu’on prenne le temps de s’attarder sur lui hors de tout autre contexte.

Le U-Boat Ilda accueille un nouveau Radio. Un jeune fraichement formé par la Nation, qui n’a guère les moyens de prendre le temps pour ça. La guerre fait rage et elle est mal partie. Dans son paquetage, la bleusaille ramène un livre interdit par le Parti, et officiellement détruit par autodafé. Pourtant, même si le radio nie qu’il soit à lui, ce livre et bel et bien présent dans le sous-marin. Et il va déclencher d’étranges manifestations qui vont chambouler l’ordre établi au fond des mers.

Ce livre est vraiment particulier.
D’abord, par sa forme. C’est un format à l’italienne, allongé, qui s’avère excellent pour mettre en scène l’exiguïté d’un sous-marin. Il fallait en avoir l’idée, bravo à Casterman aussi d’avoir accepté un tel pari. Il fallait oser.
Particulier, aussi, sur le fond, car on ne nous donne jamais le fin mot de l’histoire. Il n’y a aucune explication à l’apparition fantastique de ce livre et au désordre qu’il sème. Et qui mène l’équipage jusqu’à une ultime destination elle aussi mystérieuse. Ayant lu la chronique d’Yvan à ce sujet, je sais qu’il est resté circonspect comme moi à la première lecture. Ainsi donc, en relisant l’ouvrage pour écrire cette chronique, j’ai essayé d’y trouver un sens, puisqu’on ne nous le donne pas. Je pense que le chemin sur lequel s’engage l’équipage à cause du livre, est une image du processus mental qui conduit à accepter la fin de la guerre. Puisque bon, même si ce n’est pas dit, acceptons que ce bouquin traite de la défaite de l’Allemagne nazie. Je pense que le livre, son essaimage dans le bateau, représente l’acceptation pré-capitulation, de la défaite. Un moyen, à mon avis, de basculer plus facilement dans la paix, quand on s’est battu corps et âme et que l’on perd. Ainsi donc, l’atoll aux navires de guerre, serait l’endroit où reposent les idéaux belliqueux, échoués, dans le sens du mot « échec », puisqu’une défaite en est un, d’échec. Voilà ce que je crois moi y trouver. Ce qui collerait avec le titre de l’album, que je ne parviens pas à relier à  l’océan.
Mais même si je me triture l’esprit, la lecture, elle, reste des plus agréables. Il faut accepter qu’on ne nous donne pas toutes les clés, mais ça reste très bien construit.
La partie graphique est elle aussi de qualité. Les deux auteurs œuvrent de concert, par navette successive, pour enrichir les planches. Le petit cahier de croquis en fin d’album est très intéressant pour faire le constat des apports des deux artistes. On est à la frontière entre le cartoony et le réaliste, ce que la mise en couleur accentue particulièrement. Certaines planches sont un véritable régal pour les yeux.

Je reprendrai une partie de la conclusion d’Yvan. On assiste sans doute à la naissance d’un duo d’auteur au potentiel assez important. Même si cet essai n’est pas totalement réussi, les qualités, l’audace dont ils font preuve, laisse présager du meilleur pour leur carrière dans la bande dessinée.

Pacifique_-planchetopbd_2013

16.75/20

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