La bête est morte (Semaine 2nde Guerre Mondiale)

La-bete-est-morte

Titre: La bête est morte!- La guerre mondiale chez les animaux
Auteur: Edmond-François Calvo
Editeur: Gallimard
Date de publication: 1995
Date de publication originale: 1944

 

Lorsque j’ai choisi de vous proposer cette semaine à thème, tournée autour de la commémoration de la fin de la seconde guerre mondiale le 8 mai 1945, j’ai immédiatement pensé à cet album que je laisse de côté depuis des années sans vraies bonnes raisons, alors qu’en maintes occasions j’ai lu l’intérêt qu’il représentait. A mes yeux, je ne pouvais commencer cette semaine par un autre album que celui-là. Un album écrit juste après la libération de la France par les armées alliées, alors même que les carcasses des panzers fumaient encore et que la guerre continuait hors de nos frontières.

Le Grand Loup, chef de la Barbarie, a décidé de déclarer la guerre aux autres animaux. Voici donc le récit de ce conflit, vu par un vieil écureuil, blessé à la bataille, mais vivant et qui en fait la description à ses petits enfants. Comment la Bête a mobilisé ses armées de loups, comment le peuple des écureuils, des grenouilles, des lapins et des cigognes a perdu la bataille, comment les dogs, eux, ont parvenu à résister sur leur île. Jusqu’à l’annonce de la chute du Grand Loup et de ses plans néfastes de conquête.

Bon, dit autrement, la seconde guerre mondiale avec des animaux en guise de personnages. J’aimerai d’ailleurs savoir si Art Spiegelman avait eu vent de cette publication avant de réaliser Maus. Pas certain, car elle est vraiment franco-centrée.
Intéressante œuvre, donc, d’abord par sa structure narrative. On a une succession de scénettes placées en vignettes, commentées par un petit texte. Pas de phylactère, pas de réel mouvement dans les cases, ce sont des tableaux expliqués qui nous sont proposés. Honnêtement, c’est assez long à lire et un peu rébarbatif. Et c’était une œuvre pour les enfants, en plus, quel courage, nos grands-parents… Mais c’est le fruit d’une époque, où la bande dessinée jeunesse devait être pédagogique et porteuse de valeurs. Quitte à proposer une vision des choses… orientée.
Sur le fond, il y a un peu de propagande, dans cet album. Soixante-dix ans plus tard, on peut le reconnaître, mais cet ouvrage avait aussi vocation à soutenir la rhétorique gaullienne de l’époque, à savoir que Vichy était une erreur, que l’État Français n’était pas la France et que le peuple français, lui, avait toujours été du côté des alliés. Un raisonnement sans nuance, mais qui fût la vérité historique de l’époque afin de rassembler un peuple et reconstruire un pays. Il fallût attendre La France de Vichy, ouvrage de Robert Paxton, universitaire américain, en 1973, pour que l’on vienne chatouiller un peu l’explication officielle. Oui, des français ont collaboré avec l’ennemi, ont dénoncé d’autres français, et non, de Gaulle n’était pas la France en 1940 lorsqu’il a lancé l’appel du 18 juin. Le gouvernement légal de la France restait Vichy, la 3e République s’étant elle-même sabordée en donnant les pleins pouvoirs à Pétain. Mais je digresse, toutes mes excuses, le bouquin de Paxton est un des rares que j’ai lu lorsque je faisais semblant d’étudier l’Histoire. Revenons à nos moutons, ou à nos loups et autres écureuils, en l’occurrence. Donc, si cette œuvre est orientée, elle n’en garde pas moins le mérite de balayer très largement le conflit en Europe (la guerre du pacifique est peu évoquée) et de ne pas faire preuve d’anti-communisme primaire, on sent l’influence de la Résistance dans cet ouvrage.

Alors aujourd’hui, évidemment, vous n’apprendrez rien, historiquement parlant, sur la seconde guerre mondiale. Mais nous avons là un morceau d’Histoire de la Bande Dessinée, qui mérite qu’on prenne le temps de s’y attarder. Les dessins de Calvo, très influencé par Walt Disney, sont en plus magnifiques. La scène de la liberté guidant le peuple version animaux est de toute beauté, par exemple.
Régal pour les yeux, morceau d’Histoire, décidément, non, je ne pouvais commencer autrement cette semaine à thème.

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2 réflexions sur “La bête est morte (Semaine 2nde Guerre Mondiale)

  1. Yaneck Chareyre 06/05/2013 08:26

    Je crois que c’est une de mes meilleures entame de semaine à thème. Je suis vraiment très content d’avoir sélectionné ce titre. Même si la lecture a été un peu laborieuse.

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