Au vent mauvais (Samedi one-shot)

Au-vent-mauvais

Titre: Au vent mauvais
Scénariste: Rascal
Dessinateur: Thierry Murat
Editeur: Futuropolis
Date de publication: Mars 2013

Ma première et seule rencontre avec Thierry Murat, c’est l’album Les larmes de l’assassin, un titre dans lequel je n’étais pas vraiment entré, laissé à distance par le scénario. Mais il y avait quelque chose d’intéressant, dans le dessin de l’auteur, qui m’a fait sélectionner ce livre là lorsque j’ai été informé de sa sortie. L’envie de laisser une seconde chance à l’artiste, en somme.

Abel Mérian sort juste de prison. Un passage dans le premier magasin de fringues, histoire de virer les frusques qui sentent la taule et les problèmes, et le voilà parti à la recherche de son petit matelas de sécurité. Du pognon planqué dans une vieille usine, en banlieue. L’occasion de bouger, aussi, après plusieurs années à ne voir que le même coin de ciel derrière du grillage. Mais une fois arrivé sur place, c’est la douche froide. La vieille usine est devenu un musé flambant neuf. Plus d’argent, plus d’avenir. Tout est perdu. Comme ce téléphone, perdu aussi sous une banquette. Abel le prend quand sa propriétaire appelle dessus, elle aimerait qu’elle lui renvoi en Italie, où elle s’apprête à retourner en avion. Abel accepte, mais séduit par l’opportunité et la voix de la jeune femme, décide de piquer une voiture et de traverser la France pour la rejoindre là-bas.

Etonnant road-trip, qu’il faut lire en étant vraiment disponible. Je le précise, car j’ai fais ma première lecture l’esprit peu concentré, et je suis arrivé à la fin en n’ayant pas compris ce qu’il s’était passé. Qui est pourtant évident, mais il faut prendre le temps. Il faut être disponible à cet album. Sinon, un perd quelque chose et c’est regrettable. Car en fait, les deux auteurs nous donnent des indices, petit à petit, de ce qui va arriver à la fin, si l’on sait les percevoir. Ils ne sont pas nombreux, mais ils sont bien présents pour nous expliquer une conclusion qui elle, ne nous explique rien. Mais que l’on comprend, donc.
Je dois reconnaître que j’ai beaucoup aimé l’ambiance de cet album. Très rapidement, on oublie les délits d’Abel, on ne se demande pas pourquoi il a fait de la prison, on lui pardonne le vol de voiture. Parce qu’il est prit par un vent de folie romantique et complètement irréaliste que l’on aimerait tous vivre un jour. Faire quelque chose de fou, d’incroyablement osé, d’irréfléchie mais le faire à fond. Croyez-moi, c’est aussi bon qu’on l’imagine. Et là, on sent la solitude de cet homme et on comprend son désir irrépressible d’un lien avec cette femme qu’il ne connaît pas. Lien qu’il entretiendra aussi pendant un moment avec un ado fugueur dont il va faire la rencontre. Peu importe, Abel Mérian a envie de remplir sa vie, de lui donner du sens, et je pense difficile d’en vouloir à quelqu’un pour cela. Alors on le suit, on vit ce voyage avec lui, son retour sur les terres de son enfance, en passant, ces liens à l’enfance qui sont cassés, qui ne tiennent même plus dans son maintenant. Alors on part avec lui. Et on lui donne le bon dieu sans confession…  Seul bémol, juste pour chipoter à la manière de mon ami PG Luneau, j’aimerai qu’on me dise depuis quand la mer méditerranée, ou même l’Adriatique, connaissent des marées. Les lecteurs comprendront l’allusion. Mais c’est bien le seul défaut que j’accorde à ce bouquin.
Livre que j’avais choisi par rapport à Thierry Murat, je vous le disais, séduit par son style. Et c’est toujours le cas. Son découpage est certes un peu statique, mais il y a une forme de contemplation dans ces grandes cases, on prend son temps, on développe beaucoup plus de moments dans notre propre imagination, et c’est un principe qui convient plutôt bien au scénario. Mais ces choix graphiques me parlent, j’y adhère. Ces cases presque monochromes me touchent. Comme une forme de simplicité qui viendrait là encore renforcer le propos du scénariste.

Une belle collaboration, donc, pour un scénario que j’ai trouvé touchant, avec une conclusion très belle mais dont je ne vous dirai rien, car la surprise fait partie de la lecture. Parcourez ces pages avec attention, prenez le temps, embarquez par ce voyage à travers la France et l’Italie. On se retrouve quand vous êtes arrivés à destination.

PS: Une petite note de Thierry Murat me signale qu’il a lui-même constaté les effets des marées sur les plages italiennes, qui existent donc bel et bien.

Je suis donc pris en flagrant délit de racisme anti-méditerranée, ce qui est logique pour un néo-breton. Les convertis sont toujours les plus farouches zélotes…

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4 réflexions sur “Au vent mauvais (Samedi one-shot)

  1. Pingback: Rascal et Thierry Murat – Au vent mauvais | Sin City

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