Bécassine tome 24- Les mésaventures de Bécassine (Semaine Bretagne)

Becassine-tome-24

Série: Bécassine
Tome: 24
Titre: Les mésaventures de Bécassine
Scénariste: Caumery
Dessinateur: Joseph P. Pinchon
Editeur: Gautier Languereau
Date de publication: 1993
Date de publication originelle: 1938

 

Attention messieurs dames, pour débuter cette semaine à thème consacrée à la Bretagne, ma nouvelle région d’adoption, je commence par la bretonne la plus connue de la bande dessinée, à savoir Bécassine. On a affaire à un grand classique, avec ce personnage là, que tout le monde connaît mais qu’à mon avis peu de gens ont lu. Rattrapons donc ce manquement.

Bécassine est bonne à tout faire auprès d’une Comtesse et de sa petite-fille, à Paris. C’est une finistérienne, portant costume traditionnel de sa région, et tout le monde s’accorde pour la trouver gentille mais naïve.
En tous cas, c’est le bazar chez madame la Comtesse. Il était temps de faire ravaler la façade et cette dernière a de plus en plus de mal à supporter la présence des ouvriers du bâtiment en sa demeure. Impossible de prendre le thé tranquillement entre bonnes amies sans êtres dérangés. Et que dire de l’état des tapis sous leurs chaussures sales… Madame décide donc de partir pour la mer avec Loulotte sa petite-fille et Bécassine pour les accompagner et les aider. Mais les vacances ne vont pas se passer tout à fait comme prévu.

Quelle purge, mais quelle purge… Pour tout vous dire, je n’ai pas terminé l’album tant il est insupportable à lire.
Techniquement parlant, il est très pesant, avec ses bandes de cases statiques, commentées en dessous par le texte. On est clairement dans une forme un peu primitive de la bande dessinée. Dans les débuts d’une certaine formalisation. Mais aujourd’hui, qu’est-ce que ça a vieilli. Le trait de Joseph Pinchon est simple, sans fioritures. Mais on perçoit en lui des caractéristiques que l’on retrouvera après-guerre par exemple chez Victor Hubinon, dans la façon d’illustrer les visages, notamment. Et puis il y a les textes. Très ampoulés, sans différences de niveau de langage. Il valait mieux inculquer aux jeunes filles de la semaine de Suzette (journal dans lequel est apparu Bécassine) le bien parlé que la vérité du peuple.
On y arrive, mais le problème fondamental de Bécassine, c’est le fond. Je vais avoir quelques accents marxiens, mais je n’y peux rien, cet album m’y oblige. On a clairement le point de vue bourgeois sur le petit peuple arriéré des paysans. C’est le regard de la Comtesse sur Bécassine, qui nous est livré à travers les pages. Caumery ne se place pas dans le champ de Bécassine. C’est elle qui évolue sous les regards condescendants. Les pires venant de l’insupportable Loulotte, jeune fille à l’âge indéfini, sans doute pas plus de seize ans, totalement ignoble et méprisante avec la bonne. Je n’ai pas pu continué à lire tant ces planches sentent le mauvais paternalisme d’une classe dirigeante et réputée de bon goût sur une classe dirigée et réputée intellectuellement crasse. Les bretons prennent mal cette caricature qui les place vraiment dans une position tout à fait inférieure. La paysanne bretonne est décrie ici comme bête et naïve. Et encore, je n’ai lu qu’un seul album, je n’ose imaginer quelles interprétations on peut faire en lisant toute la série.

J’ai fais l’effort, mais ma patience a des limites.
Voilà, Bécassine, vous voyez maintenant un peu mieux ce que c’est. Une lecture sans doute intéressante par son aspect « originel ». Certains décrivent Pinchon comme le premier des dessinateurs de la « ligne claire », ou du moins ce qui deviendra ce courant artistique. Mais il n’y a rien de distrayant dans cette lecture ou de sympathique. A réserver aux archéologues de la bd.

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4 réflexions sur “Bécassine tome 24- Les mésaventures de Bécassine (Semaine Bretagne)

  1. Caro 21/02/2013 11:05

    Je suis étonnée de voir que les albums de Bécassine datent de 1938, j’aurais dit beaucoup plus ancien. Et c’est sûr que ça ne donnait pas une bonne image des bretons, et des provinciaux en
    général…

    En tout cas, ton article ne donne vraiment pas envie d’essayer, ne serait-ce que quelques pages.

  2. Yaneck Chareyre 21/02/2013 11:32

    Le tome 24 est de 1938, les premiers sont en effet beaucoup plus anciens. On est au début du siècle. Mais en tous cas, Bécassine est une héroïne du XXe siècle.

    Oui, je sais, je ne donne pas envie. Mais parce qu’à mon avis, ces albums n’ont d’intérêt qu’au point de vue de l’Histoire de la bande dessinée. Pris en dehors de ce contexte, c’est très mauvais.

  3. PG Luneau 30/03/2013 16:28

    Qu’est-ce que tu es sévère!!!?? Comment ça, rien de distrayant?? Lire un Bécassine est un des petits plaisirs coupables auxquels je ne peux résister, un ou deux fois par année!! Rien de
    sympathique???!!! Mais J’ADORE cette petite bonnefemme, et je la voudrais sincèrement comme amie, avec sa bonté et sa naïveté!!

    C’est sûr que c’est suranné, que ça reflète toute une autre époque, que ça nous montre l’ascendant qu’avait les riches sur les pauvres (mais est-ce que ça a vraiment changé???)… Je comprends
    que les Bretons soient mitigés sur l’image que le personnage donne d’eux mêmes… Mais justement, il s’agit d’UN personnage… Peut-on juger un peuple entier aux agissements d’un seul de ses
    membres?? Le faire, ça s’appelle du racisme, non?

    Et pour ce qui est de la noblesse, elle n’a pas que le beau jeu : le personnage de Loulotte est dépeint comme une insupportable gamine, tu le dis toi-même, et je ne crois pas que les lectrices du
    Journal de Suzette prenaient son partie!?!

    Et puis, il y a l’intérêt historique, comme tu dis. Personnellement, j’ai chroniqué les tomes qui se déroulent durant la Guerre… la Première!!! C’est fascinant!! Caumery a écrit ça en 1917,
    1918!!! C’est un véritable témoignage du vécu de l’époque!! Un certain vécu, j’en conviens, celui des très favorisés, mais un vécu quand même! Ne serait-ce que pour ça, moi, je trouve qu’il vaut
    la peine de lire Bécassine (mes trois crtitiques portant sur elles sont d’ailleurs parmi les plus lues de ma Lucarne, c’est pas peu dire!!)

  4. Yaneck Chareyre 30/03/2013 22:23

    Ma foi, j’avoue que je ne peux écarter tout le cotnexte politique qui entoure cette oeuvre, pour quoi elle a été écrite, dans quel but. Le mépris d’une classe sociale pour une autre ne me procure
    aucun plaisir.

    Et par ailleurs, je peux t’assurer que même si bécassine est UNE bretonne, l’ensemble de la bretagne a souffert de sa réputation. Donc oui, c’est une forme de racisme, social. Même à cette
    époque, il était possible de penser autrement, je ne peux donc aucunement soutenir cette oeuvre.

    C’est une page d’histoire, nous sommes d’accord, mais la France qui lit de la bd s’en moque éperdument désormais. Je devais faire cette lecture, pour ma culture bd que je souhaite la plus
    éclectique possible, mais je ne me ferai pas le mal de poursuivre cette série plus loin.

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