Frères d’ombre (La BD du Mercredi)

Freres-d-Ombre

Titre: Frères d’ombre
Scénariste: Jérôme Piot
Dessinateur: Sébastien Vassant
Editeur: Futuropolis
Date de publication: Janvier 2013

 

Troisième et dernier livre reçu dans le cadre de mon partenariat avec Futuropolis. Un livre que j’ai demandé, cette fois-ci, sans connaître les auteurs, juste sur les promesses de l’album. Sur son pitch. Une petite prise de risque qui au final n’en n’aura pas été une.

Alain est contrôleur SNCF. Depuis le divorce avec sa femme, il vit chez sa mère, sans réellement refaire sa vie, dans un petit pavillon de la banlieue parisienne. A la gare de Marseille, un groupe de sans-papiers maghrébins se fait prendre. L’occasion pour les collègues contrôleurs de se prendre la tête sur ce qu’il convient de faire. Et puis par hasard, Alain tombe sur Kamel. Il faisait partie du groupe, il vient d’Algérie. Et sans trop savoir pourquoi, Alain va lui sauver la mise. Une relation va naître entre ces deux hommes, mais Alain connaît-il vraiment celui qu’il va accueillir chez lui?

Frères d’ombre sera un de mes premiers coups de cœur de cette année 2013 et occupera une place importante dans mon top des douze mois. Un scénario excellent, un dessin prenant, il n’y a rien à jeter.
Ce que j’aime dans ce scénario, c’est qu’il est construit comme un vrai thriller, alors qu’il traite plutôt d’histoire et de politique. Jérôme Piot fait monter la pression autour de Kamel et déroute complètement son personnage principal de la voie de garage dans laquelle il s’était fourré. Kamel est-il le jeune homme bien sous tout rapport qu’il semble être, ou n’est-il pas en fait un terroriste infiltré sur notre territoire? Le doute est savamment cultivé par le scénariste, qui plonge sa plume dans l’acide pour décrire comment notre société s’enferme dans la paranoïa et la suspicion permanente. Si l’on comprend bien le propos, pour Piot, les terroristes ont réussi leur coup: la France est terrorisée et de ce fait ne réfléchit plus, se repli dans des réflexes identitaires et primaires. La peur nous noie, on baigne dedans. Et on cultive l’injustice. Le parallèle qui est fait en toile de fond avec la guerre d’Algérie me semble là aussi intéressant. Une manière de montrer que la France n’a pas réglé ses relations à ce pays et à ces habitants. Dire qu’aujourd’hui, en 2013, il y a encore des gens pour regretter l’Algérie Française, pour ne pas accepter ce mouvement qui fût mondial, de refuser qu’un pays extérieur commande sur son propre sol. Le droit à l’autodétermination. Et la petite pique envoyée par Kamel au frère d’Alain, ancien militaire pendant la guerre, sur le fait que les Résistants au nazisme étaient qualifiés de « terroristes », illustre bien cela. Les mêmes hommes qui considèrent comme normal et grand que les français se soient révoltés contre l’occupant allemand, n’admettent pas que les algériens aient pu faire de même contre l’occupant français. Une vieille histoire de paille et de poutre…
Piot livre une histoire vraiment très riche, qui aborde aussi la question de la torture, l’exploitation des migrants et donc, notre peur du musulman. Ceci dit, son constat ne semble pas définitif, par Alain, il montre que la France a un passé un peu plus grand que ce que les gouvernements ont voulu nous en faire dire depuis une décade.
Scénario brillant et complexe, donc, mais dessin à la hauteur. Un dessin qui me rappelle un peu le Rabaté des petits ruisseaux, qui s’inscrit en tous cas clairement dans une veine moderne et actuelle. Vassant fait la part belle aux personnes, aux corps qu’il met bien en scène. C’est un langage aussi, le corps, qui vient donc renforcer le texte par la force du non-dit. Il limite ses décors, qu’il cadre sur les éléments essentiels à la bonne compréhension de l’intrigue. Ce qui apporte un dynamisme qui convient parfaitement à l’esprit de thriller dégagé par le scénario.

Je ne connaissais pas ces auteurs, mais leur coopération fait mouche et grandement. Si Jérôme Piot a d’autres scénarios dans le genre en stock, qu’il continue, parce qu’il est bon de lire un propos intelligent, réfléchi et pas pesant. Sébastien Vassant, lui, a sans doute de beaux jours devant lui. Il est parfaitement adapté à la bd de romans graphiques telle qu’on la connaît aujourd’hui. Je pense qu’il a de l’avenir.
Bon, je pense que vous aurez été convaincu maintenant (sauf PG, mais lui, c’est un québécois qui vit dans sa forêt isolée ;op . En même temps est-ce qu’on s’intéresse aux guerres indiennes au Canada, nous?). Frères d’Ombre fait partie des albums à lire en ce début d’année 2013.

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5 réflexions sur “Frères d’ombre (La BD du Mercredi)

  1. Noukette 06/02/2013 15:13

    Eh bien, on t’a rarement connu aussi emballé…! Je l’avais repéré aussi celle là, j’espère pouvoir lui mettre la main dessus…!

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